Coronavirus : Le stress du confinement a-t-il perturbé le cycle menstruel des femmes ?

FEMMES De nombreuses femmes témoignent d’un retard de règles, qu’elles associent aux peurs liées à la situation

Anissa Boumediene
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Depuis le début du confinement, de nombreuses femmes témoignent d'un retard de règles.
Depuis le début du confinement, de nombreuses femmes témoignent d'un retard de règles. — LOIC VENANCE / AFP
  • En avril, les ventes de tests de grossesse ont bondi de 37 %.
  • Depuis le début du confinement, beaucoup de femmes ont un retard de règles, ce qui laisserait à penser que le confinement aurait perturbé leur cycle menstruel.
  • Le stress pourrait être l’une des explications, les projets de grossesse qui aboutissent aussi.

Faut-il s’attendre à un baby-boom dans neuf mois ? Au mois d’avril, alors que les Françaises et Français s’habituaient tant bien que mal aux contraintes du confinement, l’Observatoire des ventes de la grande distribution pointait une explosion des ventes de tests de grossesse, avec un pic de vente de 37 % comparé à la même période un an plus tôt.

Outre les projets de grossesse couronnés de succès, ces retards de règles décrits par de nombreuses femmes ces dernières semaines pourraient également être liés à l’impact du confinement et de la peur du coronavirus, qui généreraient chez de nombreuses femmes un stress accru de nature à perturber leur cycle menstruel.

Une sécrétion plus élevée d’hormone du stress

Après deux mois sans règles et se sentant le ventre un peu lourd, Camille a foncé à la pharmacie la plus proche pour acheter un test de grossesse. « Je me suis dit : "soit je suis enceinte, soit j’ai trop forcé sur la purée d’amande", plaisante la trentenaire. Mais après plus d’un mois de retard, j’ai pensé : "quelque chose cloche !" » Pourtant, le test de grossesse de Camille s’est révélé négatif, et quelques jours plus tard, « les Anglais ont enfin débarqué. Je pense que c’est dû au stress du confinement ».

Comme Camille, de nombreuses jeunes femmes ont témoigné sur Twitter d’un retard de règles. « 14 jours de retard, elles sont en confinement aussi mes règles ? », s’interroge une internaute. Certaines ont multiplié les tests de grossesse pour s’assurer qu’elles n’étaient pas enceintes.

Le stress du confinement peut-il donc entraîner un retard de règles ? « On peut tout à fait l’imaginer chez des femmes qui n’ont pas de contraception orale ou locale, répond le Dr Odile Bagot, gynécologue et auteure du blog Mam gynéco et de l’ouvrage Vagin et Cie, On vous dit tout !​ (éd. Mango). La modification du mode de vie, du niveau de stress peut bouleverser la régularité du cycle menstruel. On le sait, le confinement a suscité beaucoup d’anxiété, ce qui augmente la sécrétion de cortisol, l’hormone du stress, décrit la gynécologue. Cela peut influer sur le système endocrinien, donc sur les hormones. Un stress important peut ainsi couper le cycle menstruel. En outre, une modification du poids ou de l’activité physique peut également en être la cause, car tout ce qui joue sur la masse graisseuse peut influer sur les règles ». D’ailleurs, les Français ont eu tendance à prendre du poids,  en moyenne 2,5 kg, durant ces semaines de confinement.

Des cycles probablement déjà irréguliers

Pour Camille, mère de famille qui jongle entre occuper son fils et gérer son activité professionnelle en télétravail, cela explique tout. « Dès le confinement, j’ai eu un pic de stress : le confinement a perturbé mon rythme quotidien, mon sommeil s’est décalé, mon niveau d’activité physique a changé. Et il a fallu rester productive tout en m’occupant de mon petit garçon, ça met la pression, et cause de la fatigue. Je pense que tout ça a eu un effet sur mon cycle ».

Toutefois, « les femmes qui observent d’importantes perturbations de leur cycle menstruel durant cette période particulière de confinement sont probablement celles qui ont déjà des cycles irréguliers, pour diverses raisons, allant des ovaires polykystiques à la périménopause », complète le Dr Aude Du Passage, gynécologue. Il est vrai qu’après de graves problèmes de santé il y a quelques années, Camille s’était habituée à des cycles peu réguliers, « mais j’avais retrouvé un cycle menstruel à peu près normal ces six derniers mois. Il m’arrive d’avoir un peu de retard, mais plus d’un mois, en revanche, c’est rare ».

Un accès contrarié à la contraception

Ces cycles perturbés peuvent aussi s’expliquer par un défaut de contraception. Avec, au début du confinement, la fermeture quasi complète des cabinets de gynécologie, de sages-femmes et de médecine générale, « il y a probablement un certain nombre de femmes qui n’ont pas pu consulter et qui se sont retrouvées sans pilule ou avec un stérilet périmé, ce qui augmente considérablement le risque de grossesse imprévue en cas de défaut de préservatif », souligne le Dr Bagot.

Un problème anticipé par le gouvernement dès le début du confinement. Le 18 mars, Marlène Schiappa annonçait la possibilité accordée aux pharmaciens de renouveler les traitements avec une ancienne ordonnance, les autorisant ainsi à « délivrer la pilule contraceptive aux femmes dans l’impossibilité de faire renouveler leur ordonnance ».


« Mais toutes les femmes n’ont pas eu connaissance de cette mesure », déplorent de concert les Dr Bagot et Du Passage qui, au cours des dernières semaines, ont  renouvelé toutes les ordonnances des patientes qui les sollicitaient. « Dans tous les cas, si le retard de règles persiste et qu’aucune grossesse n’est en cours, il faut consulter pour en déterminer la cause », prescrit le Dr Bagot.

Davantage de projets de grossesse qui aboutissent

Toutefois, « si les ventes de tests de grossesse explosent, il faut commencer par se demander pourquoi les femmes pensent être enceintes, souligne le Dr Odile Bagot. La première hypothèse, c’est qu’elles ont, avec le confinement, plus de temps à la maison, donc plus de rapports sexuels, et plus de chances de concrétiser leur projet de bébé avec leur partenaire. Il y a peut-être certains couples qui, avec leur confinement, ont trouvé la sérénité et le temps pour mettre un bébé en route. Cette modification du quotidien provoquée par le confinement chamboule le rythme de vie et les habitudes de nombreux couples. Notamment les jeunes, qui, on le sait, ont ces dernières années beaucoup moins de rapports sexuels que les générations précédentes au même âge ».

« En cas de retard significatif de règles, la grossesse reste forcément l’une des causes les plus probables, abonde le Dr Aude Du Passage, gynécologue, qui poursuit quelques consultations en présentiel et propose aussi la téléconsultation. Ces dernières semaines, j’ai eu pas mal de patientes enceintes. La hausse de la demande de tests de grossesse correspond peut-être à la hausse des projets de grossesse qui aboutissent ».

Les deux gynécologues n’en font pas le pari, « mais il faudrait voir si, dans neuf mois, on observe un pic de naissances ».