Montpellier : Pourquoi l’ex-dompteur André-Joseph Bouglione se met à l'« éco cirque » sans animaux

SPECTACLE Les premières auront lieu à Montpellier du 28 avril au 31 mai

Nicolas Bonzom

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André-Joseph Bouglione, à Montpellier
André-Joseph Bouglione, à Montpellier — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Du 28 avril au 31 mai, André-Joseph Bouglione présentera les premières d’un « éco cirque », sans animaux et avec des engagements forts en matière d’environnement.
  • Cet ancien dompteur ne veut plus voir d’animaux sur la piste.
  • Sur scène, il promet des acrobates, des cracheurs de feu, des cascadeurs, des clowns, des jongleurs… Et des hologrammes. 

Il fut l’un des dompteurs de fauves les plus respectés de sa génération. Pourtant, André-Joseph Bouglione, l’un des héritiers de la célèbre famille de circassiens, a rangé son fouet au placard. Des animaux sur la piste, il n’en veut plus. Avec sa compagne, Sandrine, il a imaginé un « éco cirque », « 100 % humain », dont les premières auront lieu à Montpellier, du 28 avril au 31 mai. Un spectacle taillé sur-mesure pour la ville, qui s’est engagée en 2018 à refuser tout cirque mettant en scène des animaux.

« Présenter des animaux, on l’a fait, parce que c’était naturel, on ne s’est pas posé de question, confie André-Joseph Bouglione. On voyait ça depuis toujours, c’était notre vie, notre histoire, notre culture. Petit à petit, on a été touché par les animaux avec lesquels on a vécu. On a fini par se dire que c’était un problème de les maintenir en captivité. On faisait le maximum pour leur donner les meilleurs soins possible. Mais on s’est rendu compte qu’on ne faisait pas grand-chose pour leur bien-être. Ces arguments sont venus s’imposer logiquement à nous. C’est pour cela qu’on a décidé d’arrêter. »

« Il faut évoluer »

« Nous divertissions des enfants avec des animaux en voie d’extinction, ce n’était plus très logique, reprend Sandrine Bouglione, qui fut, elle aussi, dompteuse. On avait envie de continuer à être des saltimbanques. Le cirque a toujours évolué, il faut évoluer. »

Mais l'« éco cirque » d’André-Joseph Bouglione, ce n’est pas seulement un cirque sans animaux. « C’est un cirque en phase avec la société. Ce n’est pas un effet d’annonce, nous n’essayons pas d’être tendance, assure Sandrine Bouglione. Nous avons un engagement très fort. » Le cirque promet de privilégier les transports les moins polluants, et d’utiliser, une fois installé, une « énergie verte et renouvelable, pour diminuer au maximum notre empreinte carbone », reprend la cofondatrice du spectacle. Les tenues des artistes seront également garanties « sans matière animale » et seront recyclables.

Des embauches sur place

L’emploi local est aussi privilégié. « Nous venons simplement avec nos artistes et les chefs d’équipe, les autres employés sont embauchés localement », assure Sandrine Bouglione. Des étudiants, notamment de l’Idrac, pour la commercialisation, seront également mis à contribution. Et des associations, qui défendent la cause animale, seront invitées à présenter leurs actions dans un village implanté autour du chapiteau.

Sur scène, le couple Bouglione promet des acrobates, des cracheurs de feu, des clowns, des cascadeurs, des jongleurs… Et des hologrammes. Avec un orchestre en live.

« C’est un cas isolé, ou presque »

Pour Magali Sizorn, maîtresse de conférences à l’université de Rouen, où elle enseigne, notamment, la sociologie du cirque, « André-Joseph Bouglione fait figure de pionnier ». « C’est nouveau, dans le cirque traditionnel. C’est un cas isolé, ou presque, confie cette enseignante, qui fait partie d’un groupe de chercheurs qui travaillent sur le cirque. Dans le monde du cirque traditionnel, la place des animaux sauvages est encore défendue. Il y a une réflexion qui est menée sur cette question, mais elle est assez disparate. »

Pour Magali Sizorn, l'« éco cirque » répond à des revendications qui sont très en vogue dans la société, même si « les cirques avec animaux ont encore des spectateurs, qui peut-être s’interrogent, mais qui ne les désertent pas non plus ».

Après son passage à Montpellier au printemps, l'« éco cirque » d’André-Joseph Bouglione espère entamer une tournée en France, mais aussi en Europe.