Pyrénées-Orientales : Après les intempéries, la fermeture d'une route nationale met le tourisme hivernal en péril

INFRASTRUCTURES La RN 116 est en proie à des mouvements de terrain, depuis les dernières intempéries

Nicolas Bonzom

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La RN 116 est fermée, en proie à des mouvements de terrain
La RN 116 est fermée, en proie à des mouvements de terrain — Préfecture des Pyrénées-Orientales
  • Après les intempéries du mois de janvier, la route nationale RN 116, dans les Pyrénées-Orientales, est en proie à d’importants mouvements de terrain.
  • La préfecture a décidé de fermer cet axe principal, qui mène aux stations de ski.
  • Pour le tourisme, alors que débutent les vacances, c’est un véritable coup dur.

Pour ceux qui tentent de rejoindre les stations de ski catalanes, le trajet n’est pas de tout repos, depuis quelques jours. Après les violentes intempéries qui se sont abattues sur les Pyrénées-Orientales, la RN116 est en proie à d’impressionnants mouvements de terrain, fissures et crevasses, qui ont conduit la préfecture à fermer cet axe central qui rouvrira dans au moins trois semaines, note la préfecture. Mais le délai semble court, vu l’étendue des dégâts.

Des déviations ont été mises en place, mais c’est beaucoup plus long, et ça bouchonne. Pour les Toulousains et les Montpelliérains, il faut emprunter l’A61, l’A66, puis la RN20 et la RN320. Pour les vacanciers de la plaine du Roussillon, il faut prendre l’A61 à partir de Narbonne, soit la RD 117 et RD 118 par Saint Paul de Fenouillet, Axat et Puyvalador.

« L’impact est encore difficile à quantifier »

« Ces déviations temporaires rallongent les temps de parcours mais permettent un accès sécurisé à la Cerdagne et au Capcir et aux stations de montagne », indiquent les services de la préfecture des Pyrénées-Orientales. De son côté, la région a reporté les travaux prévus sur le petit train jaune qui traverse les Pyrénées, pour permettre l’accès aux stations de ski, et des cars feront trois allers-retours depuis Perpignan.

Mais alors que viennent de débuter les vacances d’hiver, la fermeture de cette route nationale est un véritable coup dur pour le tourisme. « L’impact est encore difficile à quantifier, les vacances commencent à peine, il faudra faire un bilan après, indique Hervé Mencacci, le directeur de la station de ski de Font-Romeu. Les clients qui ont réservé un séjour longtemps à l’avance, ils viennent, ils font l’effort. Ils ne vont pas annuler pour une heure, une heure et demie ou deux heures de trajet en plus. »

« Les clients de proximité, on risque de les perdre »

En revanche, poursuit le directeur, ceux qui ont l’habitude de prévoir une sortie au ski au dernier moment, aller et retour dans la journée, risquent de ne pas venir. « Les clients de proximité, on risque de les perdre », craint Hervé Mencacci. « On perd les clients des Pyrénées-Orientales, confirme Eric Charre, directeur de la station de Porté-Puymorens. Pour venir de Perpignan, [avec la fermeture de la RN 116] on met près de trois heures pour venir à la station. Six heures de voiture, six heures de ski, le calcul est rapide. Mais pour ceux qui viennent de Montpellier, le temps de trajet est à peu près le même. »

Mais Eric Charre rencontre un autre problème : les approvisionnements. « Pour la restauration, mais aussi pour les pièces qu’il nous faut en urgence, un roulement pour une remontée mécanique par exemple, les délais sont très, très longs », note le directeur de la station. Et pour les salariés des stations, c’est aussi une grosse galère. « Prendre un logement, en pleine période de vacances, c’est très compliqué, reprend Hervé Mencacci, le directeur de Font-Romeu. Certains sont obligés de faire le grand tour pour venir. On a eu une dérogation pour passer par la D4, par Olette, mais c’est une route dangereuse. Un de nos salariés a trouvé une solution, il a pris un camping-car. »

« Nous n’avons pas de trésorerie d’avance, ça peut être très dangereux pour nous »

La fermeture de la RN 116 impacte aussi durement l’hôtellerie dans la région. A Dorres, tout près de la frontière espagnole, les annulations se sont enchaînées ces derniers jours. « A hauteur de 2.000 euros ce week-end, déplore Audrey, la gérante de l’hôtel Marty. Nous avons la chance d’avoir les Catalans à côté, qui ont pris quelques places sur les annulations, mais tout un étage de l’hôtel était vide. Il faut que ça bouge, maintenant. Nous venons d’ouvrir depuis sept mois, nous ne sommes pas là depuis dix ans. Nous n’avons pas de trésorerie d’avance, ça peut être très dangereux pour nous. »

« Chaque année, sur cette route, on connaît des incidents, reprend Hervé Mencacci, le directeur de la station de Font-Romeu. Les anciens ont toujours parlé ici de problèmes sur la RN 116. Il y a, je crois, une véritable réflexion à mener, au-delà du pansement à mettre de façon urgente pour soigner la plaie. Il faudra aller au-delà. »

« Nous avons le sentiment d’être délaissés »

Les élus sont nombreux à être montés au créneau. Ils ont fait entendre leur colère, vendredi, écharpes bleu blanc rouge vissées au corps, lors d’une manifestation. « Le tourisme est durement touché par cette fermeture, mais aussi les habitants qui travaillent d’un côté ou de l’autre de cet axe, ceux qui ont des réunions, des examens médicaux à passer, déplore Jean-Louis Démelin, président de la communauté de communes des Pyrénées catalanes. Nous demandons à l’Etat de prendre véritablement en compte cette route. Jusqu’à présent, il n’y a eu que du rapiéçage. Il faut y mettre les gros moyens. Nous exigeons une route nouvelle. Nous avons le sentiment d’être délaissés. »

Dans un communiqué publié ce lundi, les services de Jean-Baptiste Djebbari, ministre des Transports, promettent de procéder « dans les plus brefs délais à la réparation des ouvrages de protection ». « Les agents du ministère (…) sont fortement mobilisés pour déblayer la route au plus vite et limiter la durée de la fermeture, lit-on dans le communiqué. Le secrétaire d’Etat chargé des Transports est attaché à ce que la remise en service de la RN116 se fasse dans les meilleurs délais tout en préservant la sécurité des usagers. » L’Etat estime à plus de 10 millions d’euros le montant des réparations.