Montpellier : Manifestations, accessibilité, insécurité... Pourquoi le commerce en centre-ville va mal

CENTRE-VILLE Depuis des mois, les commerçants de l'Ecusson sont impactés par les manifestations de « gilets jaunes ». Mais pas seulement

Nicolas Bonzom

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Une cliente dans le centre-ville de Montpellier (illustration)
Une cliente dans le centre-ville de Montpellier (illustration) — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Les commerçants du centre-ville de Montpellier souffrent d’une baisse de la fréquentation et d’une chute de leur chiffre d’affaires depuis plusieurs mois.
  • En cause, les manifestations de « gilets jaunes », mais pas seulement. L’accessibilité, l’insécurité et les périphéries y sont sans doute pour quelque chose.

Dans le centre-ville de Montpellier, le commerce n’est pas en grande forme. Depuis plus d’un an, l’Écusson subit de plein fouet les manifestations de « gilets jaunes », qui éloignent le chaland et brisent les vitrines. Selon une étude menée par la Chambre de commerce et d’industrie de l’Hérault, les commerçants du centre-ville de Montpellier connaîtraient une perte de fréquentation de 32 % en moyenne, et une chute du chiffre d’affaires de 35 %, soit environ 15 millions d’euros depuis le début du mouvement.

« Les commerçants du centre-ville de Montpellier sont au bout du rouleau, ils vont mal », confie Odette Daudé, gérante d’une boutique de lingerie dans la Grand Rue Jean-Moulin et présidente de l’association des commerçants de l’Écusson, qui ne confond cependant pas « casseurs et manifestants ». « Il y a des journées où l’on ne voit personne passer dans la rue, reprend-elle. Mais nous n’avons jamais baissé les bras. »

« Nous étions cinq, nous ne sommes plus que deux »

Pour le gérant d’un café, situé à deux pas de la préfecture, où des heurts éclatent régulièrement entre forces de l’ordre et manifestants, la situation est « catastrophique ». Le commerçant a même écrit à Emmanuel Macron pour lui faire part de son désarroi. « Les manifestations nous impactent énormément, confie le cafetier montpelliérain. On n’en voit pas le bout. Chaque samedi, on nous oblige à ne pas sortir notre terrasse, des CRS bloquent l’accès, et dès 14 h, c’est gaz lacrymogène. Nous n’avons aucun client le samedi après-midi, la période la plus importante pour nous. Nous étions cinq à travailler avant les événements, nous ne sommes plus que deux aujourd’hui… »

Affrontement entre gilets jaunes et forces de l'ordre à Montpellier en janvier dernier
Affrontement entre gilets jaunes et forces de l'ordre à Montpellier en janvier dernier - Xavier Malafosse/SIPA

« Les manifestations nous ont fortement impactés, mais ce n’est pas les seuls « gilets jaunes » qui ont provoqué les phénomènes qui nous touchent à l’heure actuelle », confie de son côté Alain Simon, gérant du magasin de jouets Pomme de Reinette et président de la Fédération des associations de commerçants, d’usagers et de consommateurs de Montpellier. « Il y a les problèmes d’accessibilité, mais aussi le problème de l’encerclement des centres-villes par des périphéries grandissantes, avec des hypermarchés de toutes sortes, qui continuent à s’implanter malgré les alertes. »

L’insécurité y est sans doute aussi pour quelque chose, reprend Odette Daudé. « Dans le centre-ville de Montpellier, vous achetez la drogue que vous voulez, vous vous faites arracher le sac, c’est catastrophique, ça empêche les gens de venir », gronde-t-elle.

Les collectivités au chevet des commerçants

Depuis plusieurs mois, les collectivités se relaient au chevet des commerçants. Des vigiles ont été placés sur le palier des boutiques, des animations ont été organisées… Et dès mardi, la Chambre de commerce et d’industrie, la région Occitanie et le département de l’Hérault se sont associés pour offrir aux clients une opération « pouvoir d’achat ».

Jusqu’au 20 décembre, le centre-ville de Montpellier (mais aussi celui de Béziers et de Sète) sera en effet au cœur d’une opération « cash back ». Les clients qui le souhaitent devront télécharger l’application Keetiz, mise au point par une start-up montpelliéraine, et y rentrer leurs coordonnées. En payant en carte bancaire dans les boutiques de la ville, ils seront remboursés à hauteur de 20 % du montant de leurs achats, sur les 50 premiers euros. Une cagnotte encaissable directement sur son compte bancaire, dès les 15 euros atteints. « Par exemple, vous allez chez le boucher, vous payez 50 euros, l’application Keetiz va vous permettre d’être remboursé de 10 euros », explique Jean-Christophe Russier, son créateur. Cela suffira-t-il pour voir refleurir le centre-ville ?