Montpellier : Pourquoi un tel engouement pour les bières artisanales ?

GLOU A l’occasion du Beer Love Festival, « 20 Minutes » a questionné des spécialistes et des brasseurs artisanaux sur l’explosion des breuvages locaux

Nicolas Bonzom

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Jean-Baptiste Martineau, le créateur de la brasserie artisanale Zoo Brew
Jean-Baptiste Martineau, le créateur de la brasserie artisanale Zoo Brew — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Depuis plusieurs années, les créations de brasseries se multiplient.
  • « C’est un renouveau, il y a un engouement fort pour les bières artisanales, qui grignotent des parts de marché aux géants du secteur », note Jordi Tavoillot, créateur du Beer Love Festival, qui redonne à la bière ses lettres de noblesse, à Montpellier.
  • « C’est l’envie de revenir vers des produits qui ont du goût, reprend Antoine Blain, biérologue montpelliérain. Les gens veulent des bières qui ont peu de caractère, plus seulement une bière de soif, sans saveur, ils veulent découvrir de nouvelles choses. »

Depuis plusieurs années, les brasseries artisanales poussent comme des champignons, et chez les cavistes, dans les bars et même dans les rayons des supermarchés, leurs breuvages se frayent une place de choix. « A la fin du XIXe siècle, il y avait plus de 2.000 brasseries en France, à la fin du XXe siècle, moins d’une centaine et aujourd’hui, on a dépassé les 1.500 brasseries artisanales », se réjouit Jordi Tavoillot, le créateur du Beer Love Festival, qui redonne à la bière ses lettres de noblesse, à Montpellier.

« C’est un véritable renouveau, il y a un engouement fort pour les bières artisanales, qui grignotent peu à peu des parts de marché aux géants du secteur. » « Ça a commencé à frémir en 2015, reprend Antoine Blain, biérologue et directeur du Bear’s House, une cave à bières de Montpellier. Ces deux dernières années, les créations de brasseries ont explosé. Il y a beaucoup de chercheurs ou d’ingénieurs qui se lancent dans l’aventure, ça colle bien avec leur formation. » Montpellier et sa région, pays du vin, sont d’ailleurs l’un des territoires « les plus actifs sur la scène brassicole », assure Jordi Tavoillot.

« On préfère une tomate bio produite dans le coin. Pour la bière, c’est la même chose »

Mais pourquoi une telle effervescence ? Car la demande est forte ! « Ce n’est pas un phénomène exclusif à la bière, reprend le créateur du festival. Dans tout ce que l’on consomme, on veut une véritable traçabilité, on veut que notre argent revienne à des gens qui habitent ici, qui travaillent ici, plutôt qu’à des industriels ou des actionnaires. C’est un véritable engagement. Et puis, il y a le produit. On préfère une tomate bio produite dans le coin, plutôt qu’une tomate produite sous serre je ne sais où. Pour la bière, c’est la même chose. » « C’est l’envie de revenir vers des produits qui ont du goût, reprend Antoine Blain. Les gens veulent des bières qui ont peu de caractère, et plus seulement une bière de soif, sans saveur, ils veulent découvrir de nouvelles choses. »

Les bières acidulées, ou les « IPA » (India Pale Ale), plus chargées en houblon, sont notamment dans l’air du temps. Dans le coin, la Brasserie des Garrigues, créée en 2007 à Sommières, fait figure de pionnière. Ici, on produit de petites merveilles bio, non filtrées, non pasteurisées, refermentées en bouteilles, qui évoluent au fil du temps. Loin des canettes uniformisées de la grande distribution. « Avec tous ces scandales sanitaires autour de l’industrialisation, on constate un retour vers le producteur, et les brasseries artisanales en bénéficient aussi », Gwenael Samotyj, qui a co-fondé la petite entreprise.

A Castelnau-le-Lez, Zoo Brew est l’une des dernières brasseries à avoir vu le jour dans l’Hérault. Elle écoule aujourd’hui mille hectolitres à l’année. Chacun de ses breuvages invite au voyage, comme la Bower Bord, aux saveurs tropicales, l’Ibex, aux arômes de café, de chocolat et de caramel ou la King Louie, au seigle, qui surprend par son goût de céréale épicée.

« C’est le goût qui a amené les gens à se réintéresser à la bière, ils se sont rendu compte que ceux qui mettaient beaucoup de bons produits dans la bière, c’étaient les brasseurs artisanaux », indique Jean-Baptiste Martineau, diplômé en brasserie et co-créateur de Zoo Brew, qui a brassé la Love Beer, la bière officielle du festival. Il est peut-être temps de troquer les packs de supermarché contre des binouses brassées avec amour. A consommation avec modération, bien sûr.

Jusqu'à samedi, le Beer Love Festival s'installe aux quatre coins de Montpellier, et redonne ses lettres de noblesse à la bière, à travers de nombreux événements. Bouquet final samedi de 12h à 0h30 à la halle Tropisme. Au programme, des dégustations, une brasucade à la bière, une fanfare et des DJ. Tarifs et programme ici.