«Gilets jaunes»: Pourquoi Montpellier n’a pas profité de l’aide de l’Etat pour les commerçants du centre-ville?

COMMERCES Le maire Philippe Saurel et André Deljarry, le président de la Chambre de commerce et d’industrie, se renvoient la balle. « 20 Minutes » a tenté d’y voir plus clair

Nicolas Bonzom

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Un homme fait ses courses, dans le centre-ville de Montpellier
Un homme fait ses courses, dans le centre-ville de Montpellier — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Depuis des mois, le centre-ville de Montpellier souffre, en raison des manifestations.
  • Pourtant, la capitale héraultaise n’a pas candidaté à l’opération « Revitalisation et animation des commerces », proposée par le ministère de l’Economie et des Finances, qui visait à accompagner la mise en place d’actions de nouvelles animations.
  • Le maire de Montpellier, Philippe Saurel (divers gauche) et André Deljarry, le président de la Chambre de commerce et d’industrie, se renvoient la faute.

Dans le centre de Montpellier,​ les commerçants grondent. Alors que d’autres villes en ont profité, la capitale héraultaise n’a pas candidaté à l’opération « Revitalisation et animation des commerces », proposée par le ministère de l’Economie et des Finances.

Ce dispositif, doté d’une enveloppe initiale de 3 millions d’euros, visait à accompagner la mise en place d’actions de nouvelles animations, pour redonner envie aux clients d’aller faire du shopping dans les centres-villes, touchés de plein fouet par les manifestations de « gilets jaunes », chaque samedi. Marseille ou encore Toulouse ont monté un dossier. Pas Montpellier. André Deljarry, le président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI), et Philippe Saurel (divers gauche), le maire, se renvoient la faute. 20 Minutes a tenté d’y voir un peu plus clair dans ce dossier complexe.

Pour André Deljarry, les collectivités devaient porter le projet

Pour le représentant de la chambre consulaire, c’était à la collectivité de candidater. « L’opération nationale lancée par le gouvernement visait clairement des actions pilotées et présentées par les collectivités territoriales, notamment les collectivités locales au sein desquelles sont situés les commerces impactés, indique André Deljarry, dans un communiqué diffusée vendredi. Les collectivités étaient clairement mentionnées comme porteuses de projets, sans quoi les dossiers ne pouvaient être éligibles. »

André Deljarry, président de la CCI.
André Deljarry, président de la CCI. - N.Bonzom / Maxele Presse

De son côté, le maire de Montpellier a dénoncé lors d’une conférence de presse un « mensonge ». « André Deljarry m’a écrit en avril, pour m’indiquer son souhait d’élaborer un plan de dynamisation et d’animation du centre-ville, avec la région, le département et la ville, note Philippe Saurel. Il s’agirait, écrit-il, d’une opération commerciale de grande ampleur. Je n’ai vu aucune trace depuis le mois d’avril de ce projet. Il n’y a eu aucun projet présenté par la CCI, ni par les associations de commerçants. »

Pour Philippe Saurel, la CCI devait mettre en place un projet nouveau

Car pour l’élu, c’était bien à la chambre consulaire de se bouger sur le dossier. « Ce sont les chambres de commerces et d’industrie et les représentants des commerçants qui apportent de nouvelles propositions d’animation, qui sont aidées par l’Etat, soutenues par les collectivités locales, assure le maire, Philippe Saurel. Ils auraient dû faire un projet d’animation nouveau, le chiffrer […], et le transmettre aux collectivités qui le présentaient à l’Etat. Je n’ai reçu aucun projet bouclé qui m’aurait permis d’intervenir. »

Philippe Saurel.
Philippe Saurel. - N. Bonzom / Maxele Presse

Dans le règlement de l’opération, publié sur le site du ministère, il est indiqué que l’opération est un cofinancement par l’Etat, « avec le soutien des collectivités territoriales, des actions d’animations […] qui seront menées par les acteurs économiques locaux », dont les unions locales de commerçants ou les chambres consulaires.

Des projets portés par les CCI, mais présentés par les collectivités

Un peu plus loin, on apprend que les dossiers présentés seront éligibles s’ils bénéficient d’un « cofinancement de la collectivité porteuse de projet », et enfin que « seuls seront recevables les dossiers présentés par la collectivité locale au sein de laquelle sont situés les commerces lésés. » Dans un bilan du dépôt de candidatures, publié le 2 avril, le ministère de l’Economie évoque des dotations « pouvant aller jusqu’à 300.000 euros par collectivité candidate ». Pour résumer, la CCI aurait dû proposer une nouvelle manifestation, et une collectivité aurait pu s’en saisir pour la proposer au ministère.

Mise à jour le 20 mai 2019 à 12 h : Contactés vendredi, les services du ministère de l'Economie et des Finances indiquent ce lundi à 20 Minutes que c'était aux collectivités locales de répondre à cette opération nationale, et à elles seules. Une candidature à laquelle les CCI pouvaient tout à fait s'associer.

Pour que Montpellier bénéficie de ce plan de l’Etat, il aurait sans doute fallu que la CCI et la ville se parlent, et travaillent main dans la main. Mais à quelques mois des municipales, des divergences politiques semblent avoir éloigné André Deljarry et Philippe Saurel. Et maintenant ? Le président de la CCI appelle à « faire bloc pour soutenir les commerçants ». Le maire, lui, promet, d’aider tout nouveau projet « convenable » de la chambre consulaire qui pourrait donner un coup de pouce au centre-ville.