Montpellier: Une lettre aux habitants choquent les maires, deux plaintes déposées contre Philippe Saurel, le président de la métropole

JUSTICE Et Philippe Saurel a répliqué, en indiquant qu'il déposait plainte à son tour

Nicolas Bonzom

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Des exemples de lettres reçues par les habitants de certaines communes de la métropole de Montpellier.
Des exemples de lettres reçues par les habitants de certaines communes de la métropole de Montpellier. — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Mi-février, des habitants de la métropole ont reçu une lettre indiquant que leurs représentants à la métropole n'avaient pas voté le budget 2019 de la collectivité.
  • Ce jeudi, onze élus ont déposé plainte contre Philippe Saurel.
  • En réponse, le président de la métropole a déposé plainte à son tour.

Depuis de longs mois, les tensions sont fortes entre le président de la métropole de Montpellier, Philippe Saurel (divers gauche), et certains maires des villages aux alentours. Après un début de mandat sans vague, un remaniement en profondeur de l'exécutif métropolitain avait notamment mis en colère certains élus, en 2017.

Jeudi, une nouvelle étape de cette rupture a été franchie : onze maires, conseillers municipaux et métropolitains ont déposé plainte contre Philippe Saurel pour détournement de fonds publics, prise illégale d’intérêt et diffamation. Au cœur de cette colère, une lettre à en-tête de la métropole, reçue mi-février par les habitants des communes dont les représentants n’ont pas voté le budget 2019 de la collectivité.

« Il ne s’agit pas de gesticulation »

Avec leur vote, ces élus auraient ainsi refusé « les projets communs qui sont au cœur de vos attentes et de votre quotidien », écrit Philippe Saurel, avant d’énumérer les dossiers que porte la métropole, comme la ligne 5 du tramway, la non-augmentation des impôts, les pistes cyclables, le maintien du prix de l’eau ou l’accessibilité pour les handicapés.

Maxime Rosier, l’avocat qui porte le dossier, évoque ce jeudi une « propagande politicienne personnelle ». « Aucune dépense ne doit être faite dans un autre intérêt que celui de l’intérêt public métropolitain, indique-t-il. C’est un tract sanction, punitif, sélectif, qui ne vise que certaines communes, certains élus. Il s’agit de détournement de fonds publics. Il ne s’agit pas de gesticulation. Ce sont des éléments sérieux, qui justifient aujourd’hui un signalement auprès du procureur de la République de Montpellier. »

« Philippe Saurel a franchi la ligne »

Quant aux accusations de diffamation, elles naissent du portrait réducteur que cette lettre d’information dresse des maires visés. « On dit qu’ils ont voté contre le budget, donc qu’ils sont contre l’accessibilité des handicapés, les pistes cyclables ou la biodiversité, etc. », s’insurge Maxime Rosier. Parmi les élus qui prennent part aux plaintes contre Philippe Saurel, figurent sept maires : ceux des communes de Vendargues, de Pignan, de Murviel-lès-Montpellier, de Montaud, du Crès, de Lattes et de Grabels.

Certains élus qui déposent plainte contre Philippe Saurel se sont réunis ce jeudi matin devant le tribunal de grande instance.
Certains élus qui déposent plainte contre Philippe Saurel se sont réunis ce jeudi matin devant le tribunal de grande instance. - N. Bonzom / Maxele Presse

« Nous avons été scandalisés, indique René Revol (LFI), le maire de Grabels. Dedans, ce ne sont que des insanités. S’il décide de sortir un tract politique, qu’il le fasse avec ses deniers personnels. Nous, par exemple, nous avons fait un texte pour y répondre. Nous avons pris de la hauteur de vue, et nous l’avons mis dans les boîtes aux lettres, nous l’avons financé nous-mêmes, nous l’avons distribué nous-mêmes. » « Philippe Saurel a franchi la ligne, peste Cyril Meunier (sans étiquette), maire de Lattes. Il attaque les personnes, il envoie des courriers aux frais de la métropole. C’est anormal. »

Philippe Saurel porte lui aussi plainte contre les élus

En réponse, Philippe Saurel a déposé à son tour plainte pour dénonciation calomnieuse. « Je regrette qu’une minorité d’élus, écartés de l’exécutif de la métropole, fassent pression sur la justice, en intentant des actions dont le seul but est d’occuper l’espace médiatique. Ce [jeudi], vous avez assisté à une mise en scène ridicule dans laquelle l’écharpe tricolore, symbole de notre République, a servi d’accessoire guignolesque », assène-t-il.

Philippe Saurel.
Philippe Saurel. - N. Bonzom / Maxele Presse

« J’assume avec l’ensemble des autres élus, les projets que nous portons pour le territoire et contre lesquels se sont opposés les élus chicaneurs, procéduriers, poursuit l’élu, dans un communiqué. Je ne peux cependant laisser planer le moindre doute sur mon intégrité et mon engagement en faveur de l’intérêt de tous les citoyens. »