Montpellier: Comment les zones périphériques tuent le commerce en centre-ville

COMMERCE Les commerçants demandent des mesures fortes pour éviter que le centre-ville ne s’effondre

Nicolas Bonzom

— 

Un homme fait ses courses, dans le centre-ville de Montpellier
Un homme fait ses courses, dans le centre-ville de Montpellier — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Les représentants des commerçants du centre-ville réclament des mesures fortes pour pouvoir résister face à la concurrence des zones périphériques.
  • Les centres commerciaux se développent à un rythme effréné en périphérie.
  • Face à cette concurrence, le centre-ville est en difficulté.

Dans le centre-ville de Montpellier, le commerce souffre. Difficile d’accès, tributaire des parkings payants, le cœur de la capitale héraultaise peine à attirer les clients. Mais c’est surtout la concurrence avec la périphérie qui met les commerçants en difficulté. La Faduc, la fédération des commerçants, a commandé à l’Institut des territoires une étude, qui montre une course effrénée à la construction de centres commerciaux.

En 2015, 85.500 mètres carrés supplémentaires étaient autorisés par la commission départementale d’aménagement commerciale, avec notamment la mise en route d’Ode, un retail park, en projet à Pérols. Malgré une chute des autorisations en 2016 (8.900 m2), les feux verts ont repris de plus belle les années suivantes, avec 14.500 m2 en 2017 et 39.000 m2 en 2018. Dernièrement, c’est le centre commercial Odysseum qui a vu son projet d’extension adoubé par la commission départementale de l'Hérault.

Les centres commerciaux sont dans une « surenchère »

Pour Franck Gintrand, directeur général de Global Conseil et délégué de l’Institut des territoires, les centres commerciaux se sont lancés à Montpellier dans une « surenchère ». « Odysseum se crée, Ode est lancé, Odysseum anticipe le fait qu’Ode va ouvrir, et demande une extension. On peut imaginer que quand Ode ouvrira, Ode considérera qu’il n’a plus les moyens de faire face à la concurrence d’Odysseum. Le premier qui s’arrête a perdu. Il faut comprendre cela, pour expliquer cette décorrélation criante entre le niveau de consommation, de croissance économique et l’emballement auquel on assiste sur le marché de l’urbanisme commercial », indique l’auteur du livre Le jour où les zones commerciales auront dévoré nos villes, qui a réalisé cette étude.

A ces mastodontes commerciaux s’ajoutent les hypermarchés Lidl, Système U et Intermarché en tête dans l’Hérault, qui ont grignoté des dizaines de milliers de mètres carrés entre 2015 et 2018 dans le département. « Il y a encore pas mal terrains à bâtir autour de Montpellier, ironise Jean-Pierre Touchat, président du syndicat des halles et des marchés. Il y a la plaine de Prades-le-Lez, la garrigue de Saint-Martin-de-Londres, le pic Saint-Loup… Il y a éventuellement les étangs, que l’on peut assécher, pour pouvoir construire encore et toujours de la grande distribution. Cela m’inquiète. »

« La révolte gronde dans l’Ecusson, il y a du désespoir »

Face à ces périphéries en plein boom, le centre-ville déprime. Selon Alain Simon, le président de la Faduc, le taux d’inoccupation des locaux commerciaux dans le cœur de Montpellier était en 2018 de 14,38 %, à peu près comme à Marseille. C’est trop, confie-t-il. A Tours, à Nantes ou à Strasbourg, le taux est en dessous des 10 %. Et même si des efforts ont été consentis par la ville ces dernières années, note le patron du magasin Pomme de Reinette (l’aménagement du Peyrou, la réfection du Faubourg du Courreau, la rénovation du Jeu de Paume et de la Grand Rue Jean-Moulin, la création des nouvelles halles Laissac, les animations, les illuminations…), le centre-ville reste fragile.

Michel Badie Cassagnet, conseiller en immobilier du Polygone, dernier empire du cœur de Montpellier, partage cette inquiétude. Le représentant de la Socri, qui gère le centre commercial, indique avoir fait de nombreuses propositions à la commune, toutes restées sans suite. « La situation est grave, nous sommes à un tournant, nous lançons un appel au maire, confie ce dernier. Des commerçants souffrent, les fonds de commerce perdent de leur valeur, on a du mal à trouver des repreneurs, les chiffres d’affaires s’effondrent. Attention, la révolte gronde dans l’Ecusson, il y a du désespoir. »

Selon Michel Badie Cassagnet, les Galeries Lafayettes, l’une des locomotives du Polygone, étudieraient même la possibilité de quitter le centre-ville. Un exemple de la souffrance du cœur de ville. « Montpellier me fait penser à Marseille, reprend Franck Gintrand, expert des centres-villes. Marseille avait laissé se développer les zones commerciales périphériques, de façon totalement déraisonnable. En parallèle, la restructuration du centre-ville fut un échec. La prochaine étape, c’est l’exode des classes moyennes. » Les commerçants du centre-ville réclament des mesures fortes, et d’abord un arrêt des opérations d’extension des zones commerciales en périphérie.