«Gilets jaunes» à Montpellier : Victimes de tirs de balles de défense, ils évoquent des «crises d'angoisse»

TEMOIGNAGES « 20 Minutes » a recueilli les témoignages de deux manifestants, qui indiquent avoir été blessés par des tirs de lanceurs de balles de défense…

Nicolas Bonzom
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N. Bonzom / Maxele Presse
  • A l’appel d’une vingtaine de collectifs et d’associations, dont la Ligue des droits de l’Homme, un rassemblement a eu lieu ce mardi, devant la préfecture de l’Hérault, pour dénoncer les violences policières depuis le début du mouvement des « gilets jaunes ».
  • « C’était une scène de guerre, vraiment », indique l’un d’eux.
  • Depuis sa blessure, une autre manifestante évoque des « crises d’angoisse ».

A l’appel d’une vingtaine de collectifs et d’associations, dont la Ligue des droits de l’Homme, un rassemblement a eu lieu ce mardi, devant la préfecture, à Montpellier, pour dénoncer les violences policières pointées du doigt depuis le début du mouvement par les « gilets jaunes ». Il y avait notamment plusieurs victimes présumées de l’usage de tirs de lanceurs de balles de défense, dont certains gardent des séquelles.

Yvan, 40 ans, est l’un d’eux. Il confie avoir été touché le 29 décembre dernier, lors de « l’acte 7 » de la mobilisation, sur le parvis de la gare Saint-Roch, à Montpellier. Blessé à l’arcade, il s’en est sorti avec huit points de suture et un traumatisme crânien, indique-t-il. Sa casquette aurait dévié le tir, qui aurait pu le blesser sérieusement à l’œil.

« J’ai fermé les yeux, j’ai simplement entendu »

« Je n’ai rien vu arriver, je n’ai pas vu le tireur, témoigne le quadragénaire, qui habite à Poussan, dans l’Hérault. Je n’ai pas perdu connaissance, mais je suis tombé, tout le monde s’est mis autour de moi pour me protéger. Les tirs de Flash-Ball et les gaz lacrymogènes ont continué. J’étais conscient, mais dans une sorte de bulle. J’ai fermé les yeux, j’ai simplement entendu. C’était une scène de guerre, vraiment. »

Cynthia, blessée le même jour tout près de là, évoque aussi « une scène de guerre ». Elle a été touchée à la tête, confie-t-elle, photo à l’appui. Sept points de suture ont été nécessaires pour la soigner. « J’ai cru qu’on allait mourir », confie la jeune femme. « Du gaz lacrymogène, on pleure un peu, on recule, on y retourne. Mais un Flash-Ball… Je suis partie de chez moi, ma fille m’a vue entière. Je reviens avec un bandeau, plein de sang. Elle a fait des cauchemars pendant une semaine, il a fallu la rassurer. »

« J’ai de grosses difficultés à dormir »

Depuis sa blessure, Cynthia évoque des « crises d’angoisse ». Tout comme Yvan, qui décrit des « angoisses à la simple vue des policiers ». « J’ai de grosses difficultés à dormir, je m’endors à 1h, 2h du matin, puis je me réveille à 3h ou 4h, confie l’Héraultais, qui a porté plainte auprès de la gendarmerie. C’est très difficile de trouver le sommeil. Les nuits sont agitées. J’ai des maux de tête récurrents, une pression dans l’œil. »

Malgré tout, ces victimes, qui indiquent qu’elles étaient simplement là pour manifester, n’ont pas l’intention de baisser les bras. « J’ai été blessé le samedi, le lundi, je soutenais un « gilet jaune » à Montpellier, présenté en comparution immédiate, note Yvan. J’ai repris mes actions toute la semaine. Le samedi suivant, j’ai manifesté à Montpellier. »

« Quand elles sont acculées, les [forces de l’ordre] utilisent des moyens »

Yvan a désormais grossi les rangs des « street médics », ces bénévoles qui apportent les premiers soins aux blessés lors des manifestations. « On ne lâchera pas, on va continuer », indique-t-il. Dans une lettre ouverte distribuée aux participants du rassemblement, une vingtaine d’associations et de collectifs exigent notamment l’abandon de l’utilisation des armes de type Flash-Ball par les forces de l’ordre.

En déplacement à Carcassonne, dans l’Aude, ce mardi, Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, a indiqué devant les journalistes qu’il « ne connaît aucun policier, aucun gendarme qui ait attaqué des « gilets jaunes ». « Par contre, je connais des policiers et des gendarmes qui utilisent des moyens de défense, de la République, de l’ordre public, reprend le ministre. Il n’y a pas de liberté sans ordre public. Quand elles sont acculées, elles utilisent des moyens (…) Si jamais c’était utilisé de façon disproportionnée, il faut des sanctions. J’attends des forces de l’ordre de l’exemplarité. »