VIDEO. Inondations dans l'Aude: Bétonnage, réchauffement climatique... Après la catastrophe, les questions

INONDATIONS Les inondations qui ont endeuillé le département soulèvent des interrogations, pour comprendre pourquoi un tel événement a pu se produire...

Jerome Diesnis

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Villegailhenc inondations Aude
Villegailhenc inondations Aude — H. MENAL/20 MINUTES
  • « Nous n’avons pas attendu la vigilance rouge pour agir », confie le préfet de l’Aude.
  • « Avec le réchauffement climatique, les phénomènes violents ne seraient pas forcément plus nombreux, mais plus forts », précise Roland Mazurie de Météo France.
  • Pour le professeur de l'Ecole des ponts Daniel Schertzer, le bétonnage doit cesser.

Dans l’Aude, l’heure est au deuil et à la reconstruction. Mais les inondations qui ont endeuillé le département soulèvent des interrogations, pour comprendre pourquoi un tel événement a pu se produire et emporter treize vies, au dernier bilan.

La population aurait-elle pu être prévenue plus tôt ?

« Nous n’avons pas attendu cette vigilance rouge pour agir, se défend Alain Thirion, le préfet de l’Aude. Dès la veille, l’intégralité des maires du département ont été prévenus. Les plans de communauté de sauvegarde ont été actionnés dès la veille et nous avons positionné avec le Sdis des moyens pour répondre à de fortes intempéries. Le centre opérationnel de la préfecture a été ouvert à 1 h 30. » L’alerte en vigilance rouge, elle, a été actionnée à 6 h du matin. « Il faut avoir à l’esprit la réalité de ce phénomène météorologique hors norme », reprend le préfet du département.

Les phénomènes sont-ils plus violents avec le réchauffement climatique ?

« Avec le réchauffement climatique, les phénomènes violents ne seraient pas forcément plus nombreux, mais plus forts, précise Roland Mazurie, chef du centre de Météo France à Montpellier. C’est valable aussi pour les intempéries. Plus la température est chaude, plus l’air est capable d’absorber de l’humidité. Il semble qu’on ait des phénomènes violents plus nombreux ces dernières années, même si on manque de recul. Il est tombé de 200 mm à 300 mm d’eau. C’est rare, mais on a déjà vu de telles précipitations dans un passé récent dans la région. Pour analyser ces inondations, il faudrait évaluer l’évolution climatique, du remembrement, des urbanisations… La même quantité d’eau peut avoir des effets différents puisqu’elle ne sera plus absorbée, mais va ruisseler. »

Les constructions aggravent-elles les inondations ?

Pour le professeur de l’Ecole des ponts Daniel Schertzer, le bétonnage doit cesser, pour limiter l’intensité des crues. Face à la disparition des espaces naturels, les eaux ont de plus en plus de mal à s’infiltrer dans les sols. « Le développement urbain il y a quelques décennies ne tenait pas compte du ruissellement, qui a été accéléré du fait d’un bétonnage tous azimuts », explique l’enseignant, directeur de la chaire Hydrologie pour une ville résiliente. Depuis, face à l’ampleur des catastrophes, des mesures ont été prises dans les territoires sensibles aux inondations. « Parmi elles, le développement de zones végétalisées, notamment des jardins de pluie », reprend l’expert.

Bram, une commune de l’Aude, près de Carcassonne, s’est dotée il y a quelques années de ce type d’aménagement, doté d’une forte capacité d’infiltration des eaux : des bassins ont été creusés sur un terrain, et une cinquantaine d’arbres ont été plantés.