Montpellier: Avec le départ de Philippe Sers, le sport montpelliérain est aphone

RADIO Après 34 ans, Philippe Sers quitte l'antenne de France Bleu Hérault. Le sport montpelliérain perd (provisoirement ?) une voix emblématique aussi célèbre localement que celle des sportifs qu'il interrogeait...

Jerome Diesnis

— 

Philippe Sers, lors de l'hommage des supporters au président Louis Nicollin, en 2017.
Philippe Sers, lors de l'hommage des supporters au président Louis Nicollin, en 2017. — Nicolas Bonzom / Agence Maxele Presse

« Si on ne gagne pas dimanche, je mange un rat farci à la musaraigne. » Des citations comme celle-là, Philippe Sers en a pondu des milliers en 34 ans d’antenne à France Bleu Hérault. « Chez lui, les envolées lyriques sortaient instinctivement », se marre Gérard Didier, président des Blue Fox, le club des supporters du Montpellier handball.

« C’était quelqu’un de très drôle quand il s’emporte, qui vivait chaque match intensément, confirme le rugbyman Fulgence Ouedraogo. Il en parlait avec ses émotions. En 2011, quand on avait été en finale au stade de France, il était heureux pour nous, pour le MHR, pour la ville. Ça se sentait ».

Un homme qui a rapproché deux mondes qui ne se comprennent pas

Si « Fufu » parle au passé de Philippe Sers, c’est qu’une page s’est tournée. Sa voix ne portera plus aux nues les exploits des sportifs montpelliérains. Le journaliste quitte le groupe Radio France et c’est la fin des images improbables pour saluer les dribbles d’Ibrahima Bakayoko, les buts de Souleymane Camara… ou les ratés de Kévin Bérigaud. « Il fait partie du paysage sportif montpelliérain, héraultais et au-delà », confirme le handballeur Michaël Guigou, qui a partagé à ses côtés tant d’aventures jusqu’au fin fond de l’Europe : « J’ai découvert, à ces occasions, quelqu’ un d’humain, de toujours souriant. De passionné. »

Le mot est lâché. La passion est systématiquement associée à Philippe Sers par les joueurs, coachs, supporters que nous avons sollicités… Tous ont accepté de témoigner de leur sympathie pour le bonhomme. Sans exception. La preuve qu’on tient là un type à part. En faut-il une autre ? En 2010, alors qu’il luttait contre le cancer, la Butte Paillade déployait à chaque match dans les parcages des banderoles de soutien. « Sersou » a su rapprocher deux mondes qui ne se comprennent généralement pas, les Ultras et les journalistes.

Louis Nicollin l’adorait : «Il est aussi fou que moi»

Ils sont nombreux, ces supporters nés à la Paillade, l’oreille collée à la radio. Sur les sites dédiés, les souvenirs affluent. Christophe Euzet, un féru du MHSC, se souvient d’un match de Ligue 2 à Nancy: «  Nous étions sûrement les deux seuls supporters dans le stade ce soir-là. Il m'avait gentiment invité dans la tribune de presse ». « Stef Any », sur Allez Paillade en a souvent eu des frissons. « Ses commentaires étaient énormes, ils me stressaient plus que le match en direct ». Ils sont très nombreux à avouer avoir coupé le son de la télé pour y préférer ses commentaires… quitte à chercher des solutions improbables pour effacer le décalage de quelques secondes entre les deux médias.

«Sersou», «Sersounet »… Louis Nicollin lui a attribué ces surnoms. « Je l’adore, il est aussi fou que moi », se marrait le président du MHSC qui ne manquait jamais une occasion de lui montrer son affection. Réciproque. « Il est la voix qui nous a toujours accompagnés. Et un garçon charmant avec son humour, sa verve et son amour démesuré du sport et de la Paillade en particulier, reconnaît le conseiller du président Michel Mézy. Il a dit quelques conneries, mais il faisait tellement partager de choses aux gens qui l’écoutaient, que le plus souvent on l’excusait », sourit-il.

Philippe Sers (à d.) aux côtés de Laurent Nicollin au mas Saint-Gabriel
Philippe Sers (à d.) aux côtés de Laurent Nicollin au mas Saint-Gabriel - Jérôme Diesnis / Agence Maxele Presse

Comment faire autrement, s’interroge Pascal Baills, le plus capé des Pailladins (429 matchs), aujourd’hui entraîneur-adjoint de Michel Der Zakarian : « Il est tellement excessif, dans un sens comme dans l’autre. Avec ses formules à lui, ses délires, il fait partie de l’histoire de la Paillade.»