«DNA», «Un si grand soleil»... Les séries TV de l'Hérault profitent-elles vraiment aux comédiens locaux?

TELEVISION «20 Minutes» a demandé à des professionnels du secteur si les productions piochaient réellement dans le vivier de talents du coin, ou si les comédiens parisiens étaient privilégiés…

Nicolas Bonzom

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Serez-vous séduit par «Un si grand soleil» sur France 2?
Serez-vous séduit par «Un si grand soleil» sur France 2? — Fabien MALOT-FTV
  • « DNA », « Demain nous appartient »… L’Hérault est le nouvel eldorado du petit écran.
  • Mais les producteurs sont encore frileux à donner de grands rôles aux acteurs du coin.

Demain nous appartient et Candice Renoir à Sète,Un si grand soleil et Tandem à Montpellier... L’Hérault est devenu, en quelques années à peine, le nouvel eldorado du petit écran. Mais l’implantation de ces séries profite-t-elle vraiment aux comédiens du coin ? Ou, au contraire, sont-ils cantonnés aux rôles riquiquis, pendant que les stars prennent la lumière ? 20 Minutes a posé la question à des professionnels du secteur.

Pour Gilles Martinez, directeur du casting régional de Demain nous appartient, les choses évoluent : s’il est encore rare que des comédiens du cru héritent de grands rôles, « il est certain que nous allons vers de très belles choses à ce niveau-là », confie-t-il.

« Aujourd’hui que le succès est au rendez-vous, des ouvertures peuvent se faire »

« Au départ, il a fallu parier sur des noms, que les téléspectateurs connaissaient déjà, mais aujourd’hui que le succès est au rendez-vous, des ouvertures peuvent se faire. Et certains petits rôles, campés par des acteurs locaux, deviennent de plus en plus récurrents. Joaquim Fossi, qui interprète le rôle de Dylan, par exemple, est Sétois. »

Quand je pense à Mimi... 😢🕷💘

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Selon des chiffres de Languedoc-Roussillon Cinéma, l’organisme qui chouchoute les productions qui s’installent dans la région, Demain nous appartient a fait travailler 36 comédiens originaires d’Occitanie, de mai à décembre 2017, sur 201 jours de tournage, pour des petits rôles, pour la plupart. Priorité est en revanche donnée dans le casting du feuilleton de TF1 aux acteurs et aux habitants de la région pour la figuration.

« Un si grand soleil est la première série à vraiment jouer le jeu »

« On peut aller en moyenne jusqu’à 200 figurants par semaine », reprend Gilles Martinez. Soit, en 2017, 1.270 personnes recrutées, sur 3.696 jours travaillés sur le feuilleton de la Une. Et parmi elles, de nombreux comédiens du coin, en manque de propositions, qui font un peu de figuration à Sète pour préserver leur statut.

Du côté d’Un si grand soleil, le comédien montpelliérain Julien Masdoua, qui écume les séries depuis de longues années, a été choisi pour interpréter Enric, l’un des rôles phares de la série. Il fait partie des quelques comédiens languedociens qui ont tapé dans l’œil de la Deux. « Même s’il y a de plus en plus de tournages dans la région, jusqu’ici, nous n’avions pas encore réussi à changer réellement les mentalités quant à cet a priori parisien sur la qualité des artistes locaux, confie-t-il. Un si grand soleil est la première série à vraiment jouer le jeu. Les producteurs m’ont dit "Je préfère prendre un comédien parisien pour un tout petit rôle, et prendre quelqu’un du coin pour un rôle plus récurrent." C’est exactement l’inverse de ce qu’il se faisait jusqu’ici. J’en suis la preuve ! »

« Il faut faire évoluer les mentalités »

Et « bien malin celui qui réussi à dire à l’écran quel acteur est parisien, quel acteur est montpelliérain. Aucun ne démérite ! », note le Montpelliérain, vu dans Plus belle la vie.

« Notre objectif, c’était de produire et de fabriquer le feuilleton dans la région de Montpellier, avec le maximum de comédiens et de techniciens locaux, reprend Olivier Roelens, l’un des producteurs d’Un si grand soleil. Avant le début du projet, nous avions d’ailleurs mis en place deux lieux de casting, l’un à Paris, l’autre à Montpellier. Et en aucun cas le type de rôle, ou son importance, ne nous a poussés à choisir un acteur parisien ou montpelliérain, ce qui compte, ce sont les essais, le talent. »

Mais il reste encore du boulot, avant que les productions prennent l’habitude de piocher dans le vivier de talents locaux pour des rôles d’envergure. « L’implantation de deux séries aussi importantes dans la région est une chance énorme, se réjouit Marin Rosenstiehl, chargé de l’accueil des tournages à Languedoc-Roussillon Cinéma. Pour l’emploi des techniciens, c’est une grande réussite. En ce qui concerne les comédiens, même s’il y a du mieux, on ressent encore une certaine frilosité des chaînes à choisir des acteurs de la région, pour des rôles plus importants et récurrents. Il faut faire évoluer les mentalités, nous souffrons encore malheureusement d’un certain centralisme parisien à ce niveau-là. Il y a pourtant des tas d’acteurs formidables en Occitanie ! »

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