Montpellier: Pourquoi une intervention policière à l'université Paul-Valéry s'avère délicate

UNIVERSITE Le préfet a expliqué lundi qu'un recours aux forces de l'ordre était imminent à la faculté de lettres, occupée depuis de longues semaines...

Nicolas Bonzom

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Des barricades, à la faculté de lettres de Montpellier.
Des barricades, à la faculté de lettres de Montpellier. — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Le président de la faculté a demandé l’intervention des policiers sur son campus.
  • Les syndicats s’y opposent formellement, et exigent le retrait de la demande.
  • Selon le préfet, le campus serait devenu le « camp de base » des « casseurs ».

Si pendant de longues semaines, Patrick Gilli, le président de l’université Paul-Valéry, se refusait à toute intervention policière pour déloger les étudiants qui occupent son campus, les choses ont changé. Ce mardi matin, le tribunal administratif étudie un référé « mesures utiles », déposé par la présidence de la faculté la semaine dernière, « pour enjoindre l’État à aider l’établissement et demander le recours aux forces de l’ordre ».

« Il faut maintenant que l’Etat prenne les responsabilités qui lui reviennent en matière d’ordre public », exhortait Patrick Gilli, lundi. De son côté, le préfet de l’Hérault ne fait pas mystère d’un recours aux forces de l’ordre : « Je ne peux pas vous dire la date ni l’heure, mais il est clair que nous avons la ferme volonté de dégager l’université », a confié Pierre Pouëssel. Mais l’opération s’avère délicate. 20 Minutes vous explique pourquoi.

Parce que les étudiants mobilisés sont « déterminés ». Installés de façon « illimitée » depuis le 26 mars dernier, confortés par une assemblée générale de plusieurs milliers d’étudiants, les occupants du campus semblent déterminés à ne pas quitter les lieux.

Les tentatives de médiation avec la présidence n’ont rien donné depuis de longues semaines, sinon un court déblocage du bâtiment administratif, qui n’aura pas duré, en fin de semaine dernière. « Patrick Gilli multiplie les appels à une intervention policière contre ses propres étudiants, s’agacent les représentants du Syndicat de combat universitaire. Les violences policières ne nous ont pas fait taire ces dernières semaines. La violence du gouvernement ne nous arrêtera pas. Nous avons la ferme volonté de résister ! »

Parce que les syndicats s’y opposent. Snesup, Sud Education, CGT, Sud Recherche, Snprees FO… Lundi soir, des syndicats d’enseignants, chercheurs et personnels ont cosigné une tribune, se prononçant contre le recours aux policiers prévu à Paul-Valéry.

« Une telle intervention créerait un précédent dans l’histoire de l’université », écrivent les organisations syndicales, qui « condamnent totalement l’utilisation de la police dans l’enceinte de l’université contre les étudiants et les personnels mobilisés. Cette violence non seulement ne réglera rien, mais risque d’entraîner encore plus de problèmes et de tensions. » Les syndicats demandent à Patrick Gilli de retirer sa demande. « Le gouvernement a envoyé en plusieurs endroits la police dans les amphis occupés, créant ainsi une situation de violences, de tensions, établissant un climat de répression. »

Parce que la faculté est ouverte aux quatre vents. Le campus de la faculté Paul-Valéry, est, selon le préfet de l’Hérault, largement ouvert vers l’extérieur. Il y a en effet au moins cinq entrées pour y accéder, dont la grille principale et le petit portail de Vert Bois. Une véritable problématique pour envisager une intervention policière.

Parce que l’université abriterait des « casseurs ». Selon le préfet de l’Hérault, le campus de la faculté Paul-Valéry, serait devenu, le « camp de base » de « casseurs », qui se sont fait remarquer samedi après-midi dans les rues de Montpellier.

Le jour de la manifestation, les 200 individus, dont une cinquantaine a été interpellée, étaient sur le chemin de l’université, quand les policiers sont intervenus. Patrick Gilli, son président, a expliqué dans une lettre aux personnels avoir eu « des informations inquiétantes sur les risques de violences dans l’établissement et découvert des armes par destination ». Des « pavés », et des « bâtons », notamment, explique-t-il.

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