VIDEO. Attaques à la faculté de droit de Montpellier : Avant la reprise des cours, toute l'affaire en cinq actes

UNIVERSITE Ce mardi, l'établissement rouvre ses portes, une dizaine de jours après une nuit de violences : un commando armé et cagoulé avait débarqué dans la faculté...

Nicolas Bonzom

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Les étudiants ont demandé la reprise des cours ce lundi à la faculté de droit.
Les étudiants ont demandé la reprise des cours ce lundi à la faculté de droit. — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Dans la nuit du 22 au 23 mars, un commando armé a débarqué dans la faculté.
  • Plusieurs étudiants ont été blessés, à coups de planches de bois.
  • Le doyen, et un professeur, ont été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire.

Depuis une dizaine de jours, la faculté de droit est au cœur d’une sombre affaire, qui fait trembler le monde universitaire montpelliérain : dans la nuit du 22 au 23 mars, un commando armé de planches de bois a déboulé dans l’établissement, pour déloger manu militari des dizaines d’étudiants opposés aux réformes du gouvernement.

Alors que les cours reprennent ce mardi, avec des mesures de sécurité renforcées, 20 Minutes revient en cinq actes sur cette polémique qui a embrasé la faculté.

Acte I : La colère des étudiants en lettres. Le 15 février, portée par les syndicats étudiants, la grogne monte sur le campus Paul-Valéry. Les réformes de l’université, synonymes de sélection pour les mécontents, ne passent pas. Pendant un mois, route de Mende, anti-réformes et anti-blocages s’affrontent, à grands coups d’assemblées générales. Le camp favorable au blocage de l’université de lettres prend le dessus dès le 15 mars, des barricades de chaises, et de tables sont montées devant les bâtiments.

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Quatre jours plus tard, la présidence suspend les cours, et appelle à « convenir d’un mode d’action respectant la contestation, mais ne paralysant pas l’activité de l’université en cette période d’examens ». Qu’importe, la situation est bel et bien paralysée, travaux dirigés et cours magistraux n’ont plus lieu, les slogans anti-réformes maquillent les amphis. Voilà de longues années que la faculté de lettres n’avait pas connu un tel conflit.

Acte II : Une nuit de violences à la faculté de droit. Le 22 mars, c’est une journée presque normale à la faculté de droit. Il n’y a que dans l’amphi A qu’une scène pas commune a lieu : des centaines d’étudiants, en lettres, en droit, mais aussi des lycéens, remplissent la salle. On discute de la suite à donner au mouvement anti-réformes, qui grossit à vue d’œil. La soirée avance, des tensions naissent dans les couloirs…

A minuit, tandis que la faculté est occupée et n’a pas pu fermer ses portes, un commando débarque cagoulé et armé de planches en bois dans l’établissement. S’en suit un déchaînement de violences, où le groupe masqué tente de faire sortir les étudiants qui occupent les lieux. « Je suis en train de bosser sur mon ordinateur, et je reçois un coup de poing à la tête », témoigne un étudiant, à Quotidien.

« Beaucoup de bruit, et de violences. Ils sont rentrés en trombe. J’avais vraiment très très peur. J’allais finir massacrer. C’était ignoble », confie un autre. Une vidéo circule, on y aperçoit un groupe d’hommes masqués, et des visages en sang. Il y a des blessés, transportés à l’hôpital, on entend des étudiants crier. Les images font le tour du Web, les médias s’en emparent. La faculté de droit rentre dans une crise sans précédent.

Acte III : Le doyen pointé du doigt. Au lendemain de cette nuit de violences, France 3 Languedoc-Roussillon diffuse une surprenante interview du doyen de la faculté de droit.

Philippe Pétel, présent lorsque le commando a déboulé dans son établissement se dit, face à la caméra, « fier de ses étudiants ». « Je ne demandais qu’à voir la police, toute la journée, je ne l’ai pas eue, à mon grand désespoir. Ils ont voulu se défendre, et je ne peux les en blâmer, lâche-t-il. Je les approuve totalement. » L’interview consterne.

Le 24 mars, acculé de toutes parts, Philippe Pétel finit par présenter sa démission de son poste honorifique. Philippe Augé, le président de l’université, dont dépend la faculté de droit, nomme un administrateur provisoire, pour « assurer la continuité du service » de l’établissement. L’ex-doyen, de son côté, déplore une erreur de communication…

Acte IV : La faculté de droit ferme ses portes, les étudiants sont indignés. A la faculté de droit, la tension est à son maximum : la présidence décide de fermer les grilles de l’établissement, le temps que le calme revienne. Le 26 mars, des centaines d’étudiants en droit et en sciences politiques se rassemblent devant les portes closes, pour demander la reprise des cours au plus vite, tandis que les examens approchent.

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« Cette fermeture, on la vit mal, confiait à 20 Minutes Émilie, une étudiante en 3e année. Nous sommes déjà à la fin du mois de mars, les partiels arrivent. Tout va être condensé, ça va être super dur de tout réviser. Ce que l’on veut, c’est travailler. » Philippe Augé, le président de l’université, fixera quelques heures plus tard la réouverture au 3 avril.

« Ma priorité est qu’un climat plus serein soit revenu », souligne-t-il. Et aux étudiants qui pointent du doigt une absence de sécurité dans leur faculté, permettant à un commando masqué de passer à tabac des étudiants en plein amphi, le président leur répond qu’ils devront présenter leurs cartes d’étudiants à l’entrée des bâtiments.

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Réagissant à quelques rumeurs, d’autres étudiants se désespèrent qu’un professeur puisse, peut-être, faire partie du commando. « Ça me fait mal au cœur qu’un enseignant ait été là, et qu’il nous redonne cours, normalement », soupire une jeune femme.

Acte V : Les investigations avancent. Après la nuit de violences à la faculté de droit, deux enquêtes sont diligentées : la première, administrative, est entre les mains de deux inspecteurs, envoyés à Montpellier par le ministère de l’Enseignement supérieur, la deuxième est menée par le procureur, tandis que les policiers enchaînent les auditions.

Entendu par les policiers sous le régime de la garde à vue le 28 mars, Philippe Pétel sera mis en examen le lendemain pour complicité d’intrusion, quelques heures après sa suspension par la ministre de l’Enseignement supérieur, qui avait obtenu les premiers résultats de l’enquête interne. Devant les enquêteurs, l’ex-doyen reconnaît avoir donné l’ordre de permettre l’accès aux locaux pour que la police puisse intervenir, « ce dont on peut douter, puisque la demande de réquisition de la force publique n’avait pas eu de suite », a pointé Christophe Barret, procureur de la République de Montpellier.

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Un professeur suivra le même chemin que l’ex-doyen : il sera mis en examen, avec en plus, des soupçons de violences en récidive, en raison d’une condamnation de 2013. Quelques heures plus tôt, cet homme n’excluait pas avoir porté des coups : « Je n’ai pas l’habitude, lorsque je suis agressé, de rester passif », témoignait-il à Libération.

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Selon certains témoignages pointés par le procureur, l’homme aurait « pris contact avec le groupe des personnes à qui on a donné accès aux locaux », voire participé lui-même aux violences avec le commando. Lui, reconnaît simplement être intervenu dans l’amphi pour évacuer « dans une bousculade, de l’agitation et des cris », une étudiante en particulier. Durant sa garde à vue, le professeur portait des traces de coups.

L’homme et l’ex-doyen ont été laissés libres à l’issue de leur mise en examen, placés sous contrôle judiciaire. De quoi plonger la faculté dans la sidération la plus totale…