Languedoc: Que dit vraiment le rapport Duron sur la ligne à grande vitesse Montpellier-Perpignan ?

TRANSPORTS Les réactions des politiques sont contrastées, depuis la présentation du rapport. Certains y voient la mort annoncée du projet, d’autres se réjouissent que sa nécessité ait été affirmée. « 20 Minutes » a mis son nez dedans...

Nicolas Bonzom

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Un TGV de la SNCF (illustration).
Un TGV de la SNCF (illustration). — XAVIER VILA/SIPA
  • Le rapport Duron sur les grandes infrastructures a été dévoilé jeudi.
  • Concernant Montpellier-Perpignan, les réactions politiques sont contrastées.
  • Certains y voient une reconnaissance, d’autres une mort annoncée du projet.

Alors, la ligne à grande vitesse entre Montpellier et Perpignan, enterrée ? Les politiques du coin sont partagés, voire perdus, quant à l’avenir du projet ferroviaire, après la remise du tant attendu rapport, jeudi, du Conseil d’orientation des infrastructures.

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Derrière une optimiste Carole Delga (PS), la présidente d’Occitanie, de nombreux élus se réjouissent que l’étude, censée aiguiller le gouvernement dans les chantiers à mettre en œuvre, « confirme l’utilité et la nécessité » de ce vieux projet, qui prévoit la réalisation d’une ligne LGV nouvelle de 155 kilomètres, avec des voyageurs et du fret sur 84 km entre Montpellier et Béziers, et uniquement des voyageurs entre Béziers et Perpignan.

« Une première tranche en 2023 serait la bienvenue »

Kléber Mesquida (PS) a vu lui aussi dans le rapport présidé par Philippe Duron la reconnaissance de la « nécessité » du chaînon manquant entre la France et l’Espagne. « Après la réalisation du contournement ferroviaire de Nîmes-Montpellier et la construction de la gare de la Mogère, il serait incompréhensible de ne pas engager la ligne Montpellier-Béziers-Perpignan », confie le patron du département de l’Hérault.

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De son côté, Philippe Saurel (divers gauche), maire et président de la métropole de Montpellier, a fait voter un vœu, lors du conseil municipal, accueillant avec satisfaction « le fait que la réalisation du segment ferroviaire Montpellier-Béziers ait été considérée comme prioritaire. Ce segment est en effet une priorité pour la réalisation de la ligne LGV Montpellier-Perpignan-Barcelone. Nous réaffirmons notre volonté de voir ce projet sortir de terre avec une déclaration d’utilité publique courant 2019. Une première tranche de travaux en 2023, comme indiqué dans le rapport Duron, serait la bienvenue. »

« Bordeaux-Toulouse maintenue, contrairement à Montpellier-Perpignan »

Et il y a ceux qui ont vu dans le rapport la mort annoncée de la ligne entre l’Hérault et les Pyrénées-Orientales. C’est le cas de Virginie Rozière (Radicaux de gauche). Pour la députée européenne, c’est clair : « la ligne TGV Bordeaux-Toulouse est maintenue, contrairement à la ligne à grande vitesse Montpellier-Perpignan ». Ah bon ?

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« Ce grand projet ferroviaire du Sud-Ouest a été pensé comme un ensemble logique et indivisible (…) Aujourd’hui le seul maintien de la ligne Bordeaux-Toulouse disqualifierait définitivement Montpellier, laquelle se retrouverait inexorablement défavorisée par rapport aux autres villes. Nous nous dirigeons donc vers une situation dans laquelle Toulouse pourra bénéficier d’une passerelle qui la rapprochera de Paris alors que la capitale du Languedoc-Roussillon serait totalement marginalisée », a ajouté l’élue.

« Pas de ligne avant 25 ans. De qui se moque-t-on ? »

Les écologistes ne voient pas non plus d’un très bon œil les résultats de ce rapport. « Pas de ligne nouvelle Montpellier-Perpignan avant 25 ans. De qui se moque-t-on ? », s’exclame le bureau d’EELV Languedoc-Roussillon, qui « refuse le report programmé de la réalisation de la ligne nouvelle mixte ». « Nous demandons au gouvernement la mise en œuvre rapide du projet utile : Montpellier-Béziers en premier, puis Béziers-Perpignan, en ligne mixte frêt-voyageurs, pour boucler cet axe européen majeur », indique le parti.

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Et puis, il y a l’extrême-droite, étonnée de « l’auto-satisfecit » de Carole Delga, face à ce que Julien Sanchez, le président du groupe des élus FN-Rassemblement Bleu Marine au conseil régional, appelle « un échec ». « Le rapport prévoit d’enterrer la LGV Montpellier-Perpignan (qualifiée de « non prioritaire »), explique l’élu. [Ces projets] ne sont pas rayés, mais ils sont sur le point d’être saucissonnés, reportés et, en fait, mis de côté. »

Il n’est jamais question d’enterrer la ligne

Entre ceux qui voient le verre à moitié plein, les autres à moitié vide, qui a raison ? 20 Minutes a mis son nez dans l’imposant rapport de 215 pages. Et dès le début, son président, Philippe Duron, est clair : « Tout n’est pas possible, il faut choisir, définir des priorités parmi les projets nombreux espérés par les territoires. » Tremble, la ligne LGV.

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Mais ses défenseurs peuvent souffler : dans tous les scénarios envisagés par le rapport, il n’est jamais question d’enterrer la ligne. Les enquêteurs confirment même « l’intérêt à terme de la réalisation de ce projet », pour désengorger la ligne actuelle et favoriser la desserte TER. Pour autant, « la commission estime que les risques de saturation et de conflits d’usage qui constituent le fait générateur de la réalisation du projet ne devraient pas justifier son engagement avant 2030. Elle classe le projet parmi les secondes priorités quel que soit le scénario financier considéré. » Utile, mais pas prioritaire, donc.

Jusqu’à dix-neuf d’attente avant le début des travaux

C’est là que le bât blesse : pour la mise en œuvre de la ligne, le rapport voit loin. Très loin, parfois. Pour sa première phase, entre Montpellier et Béziers, dont le financement par l’agence des infrastructures de transport est estimé à 950 millions d’euros, l’étude évoque une réalisation entre 2033 et 2037, entre 2028 et 2032 ou entre 2023 et 2027. Entre 5 et 19 ans d’attente (minimum) avant le début du chantier. Pour la deuxième phase, estimée à quelque 1,9 milliard d’euros, le cap serait mis après 2037, entre 2033 et 2037 ou entre 2028 et 2032. Entre dix et dix-neuf ans d’attente (minimum), donc.

Finalement, les optimistes avaient raison : la ligne n’est pas du tout enterrée, le rapport Duron confirme même sa nécessité. En revanche, l’attente risque d’être (très) longue avant que les premiers trains n’y circulent : la ligne à grande vitesse entre Montpellier et Perpignan est reléguée par les enquêteurs parmi « les secondes priorités ».

Le rapport est à retrouver ici.