Montpellier : Le maire veut interdire les cirques avec des animaux, la profession assure que c'est illégal

CIRQUE « 20 Minutes » a interrogé des militants de la cause animale qui réagissent à l'annonce de Philippe Saurel...

Nicolas Bonzom

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Lion de cirque, illustration
Lion de cirque, illustration — Efrem Lukatsky/AP/SIPA
  • Le maire de Montpellier veut interdire les cirques avec des animaux dès 2019.
  • Les associations de lutte pour les droits des animaux se réjouissent…
  • Et les professionnels du cirque, eux, assurent que c’est illégal.

En 2019, Philippe Saurel (divers gauche) veut bannir de Montpellier les cirques mettant en scène des animaux : « On ne peut pas lutter pour la préservation des animaux et tolérer le contraire, a dit Philippe Saurel lundi lors des vœux métropolitains, surprenant son auditoire. Même si dans certains cirques, ils sont bien traités… »

« De plus en plus de personnes réalisent que la présence d’animaux est cruelle »

Un souhait qui réjouit les associations qui luttent pour les droits des animaux. « Nous applaudissons cette excellente décision (…) Un signal fort qui montre que les autorités locales s’accordent à l’opinion publique, à une époque où plus en plus de personnes réalisent que la présence d’animaux dans les cirques est cruelle, se félicite Cyril Ernst, de Peta France. Il conviendrait de préciser s’il s’agit là d’une mesure symbolique ou d’un arrêté d’interdiction, et pourquoi [elle] ne peut être appliquée dès maintenant. »

« C’est génial, se réjouit Christine Valusso, de Droits des animaux Sud, qui avait manifesté devant le cirque Bouglione, le 7 janvier. Les animaux souffrent, aucun de leurs besoins physiologiques n’est respecté. Cela donnera l’exemple à d’autres communes en France. On se demande juste pourquoi en 2019, et pas tout de suite, en 2018… »

« On s’est battu pour avoir la liberté d’exercer le métier que l’on veut »

Les professionnels du cirque, de leur côté, assurent que la décision du maire est illégale. « En 1789, on s’est battu pour avoir la liberté d’exercer le métier que l’on veut, indique Cyrille Emery, porte-parole du Collectif des cirques. Toute profession, qui n’est pas interdite, est donc tout à fait permise. Cette décision équivaudrait à de la censure… » Et puis, reprend-il « une soixantaine de décisions de la sorte sur 36.000 communes en France, ce n’est pas non plus le déferlement, comme certains veulent le faire croire. »

« Le maire doit se rapprocher de ses services juridiques, c’est illégal, confirme Franck Muller, président de la branche cirques du syndicat Cid Europe. S’il y a des cirques qui maltraitent les animaux, bien sûr, il faut les dénoncer, les sanctionner, mais pourquoi s’en prendre à tous, pourquoi faire du mal à une profession qui a plus de 250 ans ? » Et qui plus est, est soumise à des réglementations strictes en matière de bien-être animal, et qui dispose « de dompteurs professionnels, qui ont tous des diplômes d’Etat ».

« C’est une bêtise ! »

S’ils attendent de voir si la volonté du maire sera véritablement appliquée, quand, comment (un arrêté ?), et où (dans le domaine public ?), les professionnels du secteur n’excluent pas de se retourner vers la préfecture ou de saisir le tribunal administratif : le 5 janvier dernier, la justice a annulé l’arrêté municipal de Luc-en-Provence, dans le Var, qui refusait elle aussi d’accueillir des chapiteaux avec des animaux sauvages.

« C’est une bêtise ! Tant qu’il n’y a pas de loi, on n’a pas le droit d’interdire », assure Georgika Kobann, dompteur et cofondateur du cirque Gruss, qui note que « les seuls endroits où les enfants peuvent voir des animaux, c’est au zoo et le cirque. »

Les militants anti-cirques animaliers espèrent, à présent, qu’une loi soit bientôt votée pour que l’interdiction soit nationale. Peta France a saisi Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique, à ce propos. « La balle est dans son camp », note la structure.