#20MINUIT. Nitro, Bar live, O’Bar, Villa Rouge… Les nuits montpelliéraines sont-elles en train de mourir à petit feu?

VIE NOCTURNE « 20 Minutes » a interrogé quatre DJ d’ici à propos de l’évolution de la vie nocturne…

Nicolas Bonzom

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En discothèque.
En discothèque. — GHNASSIA ANTHONY/SIPA
  • Depuis plusieurs années, de célèbres discothèques ferment à Montpellier.
  • Dernière en date, celle de la Villa Rouge, a suscité une grande émotion.
  • Funzik, Olivier Darock, Zita et JC Nitro donnent leurs sentiments.

20 Minutes est partenaire de la Conférence nationale de la vie nocturne qui se tient à Paris, jeudi et vendredi. A cette occasion, nous avons décidé de nous intéresser aux activités, pratiques, modes de consommation, etc. liés à la nuit.

Depuis des années, les nuits montpelliéraines semblent perdre de leur superbe. Mecque de la fiesta dans le Sud, la capitale héraultaise a perdu quelques-uns de ses plus grands temples, ceux qui ont fait sa réputation quand il s’agit de fouler le dancefloor.

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L’espace Latipolia n’est plus ce qu’il était, sa Nitro culte a fermé ses portes depuis bien longtemps, le Bar Live n’accueille plus les courageux amateurs d’afters, l’Obar et la Côte à l’os ont laissé place au tracé de la nouvelle autoroute A9, la Churascaïa n’ouvre plus que très exceptionnellement, et le Heat et le Milk, tragiquement disparus dans un incendie criminel en septembre 2016, tentent de revivre à Saint-Jean-de-Védas…

« La force et l’attraction de Montpellier se perdent »

Dernière mauvaise nouvelle en date, la fermeture de la Villa Rouge, club gay-friendly mythique qui a accueilli des pointures internationales de la musique electro. Une nouvelle qui n’a pas manqué de susciter une immense tristesse sur les réseaux sociaux.

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« L’electro qui faisait la force et l’attraction de Montpellier se perd », lâche un internaute le Facebook de la Villa Rouge. Un autre n’hésite pas à assurer que le Clapas « ça y est, est pourri au niveau du son ». Alors, comment vont les nuits montpelliéraines ? Simple coup de blues ou véritable dépression ? 20 Minutes a posé la question à ceux qui connaissent les dancefloors d’ici par cœur, des DJ qui ont écumé les platines du Clapas.

« C’est tragique pour la vie nocturne »

Funzik, animateur sur Aviva et résident au Moom, une boîte du centre-ville, semble, lui, plutôt pessimiste… Selon lui, la fermeture de tous ces grands noms de la fiesta a un impact sur la splendeur des nuits d’ici. « Malheureusement, les grandes boîtes de Montpellier ferment les unes après les autres, confie le jeune homme. Il n’y a plus de grosses soirées, les gens vont un peu plus loin, à Marseille et Perpignan par exemple, pour des festivals ou des soirées. Dommage pour Montpellier qui perd tout ce public… »

Même sensation d’énorme gâchis pour Olivier Darock. « C’est tragique pour la vie nocturne montpelliéraine, témoigne le DJ et compositeur montpelliérain. Elle qui a connu une belle époque pendant plus de 30 ans, avec des clubs de renom tels que la Nitro, le Matchico, le Pulp, le Pincho, la Notte, et j’en passe. Les seules boîtes qui tiennent encore le coup se trouvent généralement en centre-ville, comme le Panama, le Cargo ou l’Opéra. Le milieu de la nuit montpelliéraine s’éteint à petit feu, à mon grand regret. Si le Pulp, le Milk et le Heat sont encore les clubs qui tournent le mieux, beaucoup de gens se tournent vers les soirées en bar, aux Grands enfants ou en mas, comme le Mas du Cheval. Ou chez des amis, moins chères et parfois, plus conviviales… »

« La nuit ne s’arrête pas pour autant »

La faute, pour le DJ, à la difficulté « de tenir une entreprise, dans tous les domaines. Il faut payer de plus en plus de charges et bon nombre de personnes laissent tomber. »

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Pour Zita, en revanche, le verre est plutôt à moitié plein. Pour la jeune DJ, ce n’est pas parce qu’une boîte ferme « que la nuit s’arrête pour autant ». Show must go on, ailleurs et autrement, assure-t-elle. « La Villa Rouge est une grande institution de la nuit, depuis de très longues années, confie la jeune femme, qui a notamment fait les grandes heures du Carré Mer ou de la Dune cet été. Mais même si on est triste quand l’un des grands acteurs de la nuit s’en va, il y a d’autres endroits pour faire la fête ! Nous avons toujours des Toulousains, Lyonnais, Marseillais qui viennent ici… Il y a les paillottes, les festivals comme Tohu-Bohu, les bars, le Heat, le Milk, le Rockstore ou l’Antirouille. »

« La nuit, elle existera toujours »

Pour JC, le DJ au CV long comme le bras qui a créé la Nitro en 1992, les nuits montpelliéraines ne sont pas mortes… Mais elles vont devoir se renouveler, et vite.

« La vie, la nuit, existera toujours, confie le DJ, qui écume le monde entier avec ses sets. Nous sommes une métropole très active, avec énormément d’étudiants et les touristes l’été. Mais, c’est vrai, Montpellier a changé. De 1992 à 2000, Montpellier était le Ibiza français, avec la Nitro, le Bar live, puis la Villa Rouge. Il y avait énormément de magasins de disques en ville, il y avait une énergie autour de la musique électronique. Aujourd’hui, il faut que les établissements se renouvellent. Les clubs ont été dépassés par Internet. A quoi bon s’enfermer dans un club alors que l’on a tout ce que l’on veut en deux clics. Les DJ sont de moins en moins à l’écoute de la fraîcheur musicale. Ils restent dans la sécurité, ils passent les titres que les gens entendent à la radio… »

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Pour le papa de la Nitro, la nuit s’éteint un peu partout en France. La faute à une législation de plus en plus lourde. « Les patrons de discothèques sont soumis à une répression de plus en plus importante, il ne faut plus faire de bruit, reprend-il. J’ai bien peur qu’on soit en train de créer un pays de quadragénaires, de retraités ! »

Et vous, qu’en pensez-vous ?