VIDÉO. Montpellier: Atterrés par le choix du repreneur, les salariés de Sauramps en grève illimitée

JUSTICE Le tribunal a choisi le Furet du Nord, qui ne conservera que 57 employés sur 119 pour sa « solidité financière ». Les salariés espèrent qu’un recours sera déposé…

Nicolas Bonzom

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Les salariés de Sauramps Odyssée en grève ce jeudi.
Les salariés de Sauramps Odyssée en grève ce jeudi. — N. Bonzom / Maxele Presse

« Consternés », « effondrés », « accablés »… Chez les salariés de Sauramps, les mots étaient souvent rudes ce jeudi matin après la décision du tribunal de commerce de Montpellier : mercredi, l’instance a choisi de faire du Furet du Nord, un groupe de librairies de Lille, le repreneur du fleuron montpelliérain, dans le rouge depuis des mois.

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Sauf que le candidat nordiste n’était pas le chouchou des employés. Ils auraient préféré l’option Ametis, portée par l’architecte montpelliérain François Fontès, qui souhaitait conserver les trois sites (Triangle, Odysseum et Alès, dans le Gard). Le Furet du Nord, de son côté, ne devrait garder que 57 salariés sur les 119 que compte le groupe. Et le magasin du centre commercial Odysseum, au loyer bien trop important, sera fermé.

« Nous parlions déjà d’avenir »

La réaction des salariés ne s’est pas fait attendre : l’ensemble des salariés des magasins du centre-ville et d’Odysseum se sont mis en grève illimitée ce jeudi matin. « On tente d’expliquer aux clients pourquoi les magasins sont fermés, confie une employée de Sauramps Odyssée. Et ils sont très nombreux à comprendre notre situation… »

« Nous ne comprenons pas la décision du tribunal, reprend un libraire. On enterre nos emplois, alors que nous aurions pu être sauvés. » « Nous étions persuadés que l’offre d’Ametis allait être choisie, reprend l’un de ses collègues. Nous parlions déjà d’avenir. » « J’étais là pour l’ouverture… J’espère ne pas être là pour la fermeture », s’émeut une jeune employée, qui travaille à Sauramps Odyssée depuis le tout premier jour.

La « solidité financière » du Furet du Nord

Il est vrai qu’au premier abord, le choix du tribunal de commerce a de quoi surprendre : l’administrateur judiciaire et les représentants des créanciers, du personnel et du procureur s’étaient en effet prononcés pour la candidature de François Fontès. Mais le tribunal en a décidé autrement. « C’est une décision incompréhensible, s’exclame un salarié d’Odysseum en colère. Ce que l’on veut, ce sont des explications. »

La « solidité financière […] reconnue » du Furet du Nord aurait notamment convaincu la justice de choisir l’offre lilloise. « Nous avions un dossier qui garantissait une pérennité à Sauramps, confie Pierre Coursières, président du groupe de librairies à 20 Minutes. Ce sont deux professionnels qui se rapprochent, nous faisons le même métier. »

Quant au magasin d’Odysseum, le libraire confirme sa fermeture. « Hélas, reprend le chef d’entreprise, originaire de Castelnaudary, dans l’Aude. Fermer un magasin est un crève-cœur. Mais Odyssée, c’est la première cause de l’état catastrophique du groupe, même si les équipes ont fait un excellent travail. » Pierre Coursières assure que l’identité, en premier lieu son nom, et « l’autonomie » des équipes de Sauramps seront préservées.

Un appel aux Montpelliérains à manifester

Les salariés, eux, ne veulent pas croire que le combat est terminé. « La seule chance de faire infléchir la décision du tribunal, c’est de faire un recours, avec le cédant, mais aussi le procureur, qui est le seul à pouvoir faire appel de façon suspensive », explique Julien Domergue, représentant des salariés de Sauramps au syndicat Sud. « Un recours, je dis attention, note Pierre Coursières. C’est dangereux, cela peut mener à la liquidation. »

En grève, les salariés marcheront vendredi (dès 14 h) du Triangle au tribunal de grande instance, où ils espèrent rencontrer le procureur. Une pétition a été ouverte. Samedi (dès 15h), les Montpelliérains et les clients des librairies sont invités à se retrouver sur le parvis du Triangle pour manifester. « On a besoin d’eux », confie une employée.