VIDEO. Procès de l'abattoir du Vigan: «On m’a tout de suite dit ''Il te faut tuer''», confie un employé

JUSTICE Ce procès inédit en France a débuté jeudi à Alès et prendra fin ce vendredi...

N.B. avec AFP

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Extrait de la vidéo publiée par L214 dénonçant l'abattoir du Vigan (Gard).
Extrait de la vidéo publiée par L214 dénonçant l'abattoir du Vigan (Gard). — Capture d'écran

« On vit la mort cinq jours sur sept. » Poursuivi avec deux collègues pour avoir maltraité des animaux dans un procès inédit à Alès, un employé de l’abattoir du Vigan (Gard) a décrit jeudi la pénibilité de leur travail, tout en regrettant sa « brutalité ».

 

 

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Le procès, qui s’est ouvert jeudi devant le tribunal correctionnel d’Alès, bondé et entouré d’un important dispositif policier, fait suite à la diffusion au mois de février 2016 d’une vidéo choc de l’association de défense des animaux L214, tournée en caméra cachée dans l’établissement certifié bio, et visionnée à l’audience.

Une pince à électronarcose sur le museau d’une brebis

La communauté de communes du Pays viganais, qui gérait l’établissement, est également poursuivie pour des infractions à la règlementation sur l’abattage des animaux. Entré à l’abattoir à 15 ans et demi en apprentissage pour un CAP de boucher, « on m’a tout de suite dit ''Il te faut tuer'' », raconte à la barre Marc Soulier, le principal prévenu, accusé de « sévices graves et d’actes de cruauté » envers des animaux en captivité, des faits passibles de deux ans de prison et 30.000 euros d’amende.

« On nous mettait la pression, il a fallu apprendre vite et sur le tas », poursuit le jeune homme corpulent. Il est notamment reproché à Marc Soulier, qui était « responsable de la protection animale » (une fonction « imposée » selon lui), d’avoir utilisé une pince à électronarcose sur le museau d’une brebis « pour faire rire » un collègue.

Les salariés dénoncent des surcharges de travail

Reconnaissant une « grosse connerie » et regrettant sa « brutalité », l’ex-employé, décrit comme « un fou » par certains collègues, « ne voit pas les animaux comme des égaux de l’homme », poursuit-il. A ses yeux, toutefois, les bêtes ont « du ressenti » et « sentent l’odeur de la mort ». Devant le tribunal, Claudia Terlouw, chercheuse à l’Inra, évoque pour sa part les nombreuses incertitudes concernant l’état de conscience de l’animal qui va être saigné après étourdissement, évoquant des « zones grises ».

Pour expliquer son attitude, Marc Soulier met de son côté en cause « les cadences » imposées, « les surcharges de travail ». Autre employé jugé pour « mauvais traitements » (un coup de pied à un bovin), Gilles Estève, titulaire d’un CAP de « tueur dépeceur » depuis 1979, abonde dans son sens : « C’est un métier dangereux, vous savez, les gens qui nous forment n’ont jamais mis les pieds dans un abattoir. »

1.200 euros par mois

Selon les deux hommes, qui touchaient 1.200 euros de salaire et dont le troisième collègue poursuivi était absent à l’audience, les coups reçus de la part des bêtes ou en se cognant au matériel dans le cadre du travail sont « réguliers », notamment au visage.

« Cette histoire m’a détruit, j’ai perdu mon emploi, j’ai été obligé de changer de région, mes grands-parents ont reçu des lettres de menaces », ajoute en sanglotant Marc Soulier, qui travaille dans un atelier de découpe après avoir été licencié de l’abattoir. Selon lui, la direction « ne voulait rien entendre » sur la question des conditions de travail des employés de l’abattoir, tout comme sur le remplacement d’équipements défectueux.

Le procès se poursuit ce vendredi

« Tous les travaux qui étaient demandés étaient réalisés pour le bien-être animal et la sécurité des employés », lui répond Roland Canayer, président de la communauté de communes du Pays viganais. L’élu rejette la faute sur le directeur de l’abattoir, non poursuivi, assurant qu’il n’avait « jamais fait remonter les difficultés ».

Les images diffusées par L214 montrant des animaux mal étourdis, égorgés ou recevant des coups répétés à la matraque électrique avaient immédiatement suscité une vague de réprobation. Quatre mois auparavant, L214 avait déjà révélé une affaire similaire dans l’abattoir municipal d’Alès. Jeudi, son fondateur Sébastien Arsac a évoqué une audience qui démontre « le drame que sont les abattoirs ».

La diffusion au fil des mois de plusieurs vidéos par son association avait notamment débouché sur la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire qui a préconisé 65 mesures dont le renforcement de la vidéosurveillance, de l’intervention de vétérinaires et de la formation des employés. Le procès se poursuit ce vendredi.