Montpellier: Deux ans après, que reste-t-il du combat des mamans du Petit-Bard?

SOCIETE Ce vendredi, s’ouvrent les Etats généraux de l’éducation dans les quartiers populaires, pour plus de mixité sociale dans les établissements…

Nicolas Bonzom

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Au collège Las Cazes, à Montpellier (Archives).
Au collège Las Cazes, à Montpellier (Archives). — N. Bonzom / Maxele Presse

C’était il y a deux ans : des mamans du quartier Petit-Bard se mobilisaient pour plus de mixité sociale dans les écoles de ce quartier populaire de l’Ouest de Montpellier.

Les mamans du Petit-Bard manifestent, en mai 2015.
Les mamans du Petit-Bard manifestent, en mai 2015. - N. Bonzom / Maxele Presse

Face à l’indifférence générale, elles avaient bloqué quatre établissements, privant de classe quelque 600 élèves. Leur but : sortir leurs progénitures des « écoles-ghettos », où la quasi-totalité des enfants sont des citoyens français d’origine maghrébine. Deux ans plus tard, tandis que s’ouvrent ce vendredi les Etats généraux de l’éducation dans les quartiers populaires, 20 Minutes s’est demandé si quelque chose avait changé.

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La métamorphose de Las Cazes

« Oui, les mentalités ont bougé. Oui, il y a eu une reconnaissance institutionnelle de ce que voulaient les mamans du Petit-Bard, note Fatima, une mère mobilisée il y a deux ans. Mais la mixité sociale, elle, elle n’évolue pas si vite… Il faudra attendre des années. Mais d’ici là, il faudra encore, et encore, que soit menée une politique volontariste. »

Des collégiens au collège Las Cazes, à Montpellier.
Des collégiens au collège Las Cazes, à Montpellier. - N. Bonzom / Maxele Presse

Parmi les raisons d’espérer des parents, la métamorphose de Las Cazes, devenu Simone-Veil : le collège montpelliérain, surnommé « le collège des Marocains » pour son manque de mixité sociale, a entamé une véritable mutation, en créant des classes internationales, sportives ou en distribuant des tablettes numériques aux enfants. Objectif : devenir attractif aux yeux des parents, qui sont nombreux à contourner la carte scolaire ou à choisir le privé pour échapper à une inscription à l’ex-Las Cazes.

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Que l’Etat « reprenne la main » sur la sectorisation

Mais un seul collège, souligne Fatima, « ce n’est pas suffisant ». « Et le collège Arthur-Rimbaud ? Et les Garrigues ? Et les écoles ? Cette prise de conscience là, nous la souhaitons pour la totalité des établissements du pays, confie-t-elle. Le vivre ensemble, c’est à l’école qu’il s’apprend », assure la Montpelliéraine, qui souhaite que l’Etat « reprenne la main » sur la sectorisation de tous les établissements scolaires, écoles, collèges et lycées, et ne délègue pas cette compétence aux collectivités territoriales.

Selon le collectif des parents d’élèves du Petit Bard/Pergola, qui mène un travail de fond sur ces thématiques, ces « inégalités » et cette « ségrégation scolaire » compromettraient « fortement le devenir de milliers d’enfants de la République ».

Des débats sur la mixité sociale

Pour Fana, membre du collectif des parents du Petit-Bard/Pergola, l’éducation, et la mixité sociale, dans les quartiers populaires, sont pourtant malheureusement « les grands absents des débats pour l’élection présidentielle » : « Il y a une véritable urgence sociale, reprend-elle. Si nos enfants subissent de plein fouet cette ségrégation, nous ne voulons pas qu’une nouvelle génération soit sacrifiée. »

Pendant deux jours, à partir de ce vendredi, des experts de l’éducation et des parents d’élèves de la région parisienne, de Marseille ou de Toulouse se réunissent à Montpellier, pour les Etats généraux de l’éducation dans les quartiers populaires. L’événement, ouvert à tous, débute ce vendredi à la médiathèque Pierres-Vives avec un débat sur la mixité à l’école (10 h) et la « ségrégation scolaire » (14 h 30). Samedi (10 h) au lycée Jean-Monnet, les débats porteront sur « l’expertise citoyenne dans les quartiers », avant un concert des Motivés à 20 h 30 à la maison pour tous François-Villon au Petit-Bard.