Hérault : De nouvelles pistes de recyclage pour les coquilles d'huîtres et de moules

ECOLOGIE Engrais pour les vignes ou « bio filtres » : au bassin de Thau, on imagine mille et une vies pour ce type de déchets…

Nicolas Bonzom

— 

Les coquilles d'huîtres concassées peuvent être utilisées comme engrais  (illustration).
Les coquilles d'huîtres concassées peuvent être utilisées comme engrais (illustration). — Superstock / Sipa

Dans le bassin de Thau, voilà vingt ans qu’on recycle les coquilles d’huîtres et de moules : l’usine du Mourre-Blanc, à Mèze, en traite des milliers de tonnes chaque année.

« A l’époque, les coquilles étaient rejetées à l’eau, ce qui était l’une des causes du manque d’oxygène dans l’étang. Pour pallier ce problème, notre territoire fut le premier à mettre en place des solutions pour traiter ce type de déchets », indique Yves Michel, président du syndicat mixte du bassin de Thau. Après avoir été débarrassées de toute matière organique, les coquilles d’huîtres et de moules étaient mises à la décharge.

L'usine de Mèze
L'usine de Mèze - Syndicat mixte du bassin de Thau

Pour revégétaliser une carrière

Mais aujourd’hui, dans l’Hérault, des professionnels de tous bords regorgent d’idées pour éviter que les coquilles ne finissent à la poubelle. Pas pour en faire des cendriers, comme Zézette dans Le père Noël est une ordure… A la carrière de Poussan, par exemple, une exploitation qui extrait des matériaux calcaires pour deux tiers des besoins en construction du bassin, on s’appuie sur un arrêté préfectoral pour les utiliser.

« Nous nous servons de coquilles inertées pour remettre en état et réaménager le site », note Jean-Marc Nguyen, directeur de secteur chez GSM Languedoc, le gestionnaire du site. Leur forte teneur en calcaire et leur origine naturelle doivent notamment permettre de revégétaliser des zones de la carrière qui ont cessé d’être exploitées.

Pour protéger les « bébés huîtres »

Mais ce n’est pas tout. Au bassin de Thau, on imagine mille et une vies pour les huîtres et les moules. En engrais pour les vignes, notamment : une fois concassées, elles devraient permettre d’être recyclées en amendement de sol dans les cultures viticoles, histoire de compenser le déficit calcique sur certaines vignes de la région.

Autre idée : faire des déchets d’huîtres des habitats artificiels pour que les « bébés huîtres » puissent grandir tranquillement sans être dérangés. Les coquilles sont ainsi intégrées à des cages en acier, implantées dans les ports pour favoriser la réimplantation de la biodiversité. Des revalorisations des déchets d’huîtres en sable coquillier, en usages alimentaires et même en produits cosmétiques, en utilisant leur nacre, sont également à l’étude. « Nous espérons que ces recherches puissent aboutir un jour », reprend Yves Michel, président du syndicat mixte du bassin de Thau.

>> A lire aussi : Sète : Un réseau de « nez » chasse les mauvaises odeurs sur le bassin de Thau

Atténuer les frais d’élimination chez les producteurs

Quant aux coquilles de moules, des recherches sont actuellement menées pour les intégrer en tant que « bio filtre » dans des systèmes d’épuration des eaux usées : elles seraient un support idéal pour fixer les bactéries utilisées pour épurer l’eau.

Des idées de recyclage que les producteurs voient d’un très bon œil. « Pour nous, ce ne sont pas des déchets, mais des sous-produits, qu’il faut valoriser », insiste Philippe Ortin, président du Comité régional conchylicole de Méditerranée. L’objectif, c’est notamment d’atténuer les coûts de ramassage, de compostage et surtout d’élimination qui pèsent sur la production d’huîtres. « C’est environ 2.000 euros par an pour une entreprise moyenne », reprend Philippe Ortin, producteur à Marseillan.