Montpellier: Le «Royal occupé», l'ancien cinéma devenu un squat culturel

JUSTICE Ce mardi, la Cour d'appel rouvre le dossier de ce lieu, investi par un collectif de précaires, empêchant les propriétaires de vendre à des investisseurs immobiliers…

Nicolas Bonzom

— 

Le hall du Royal occupé.
Le hall du Royal occupé. — N. Bonzom / Maxele Presse

Voilà neuf mois que le Royal, à Montpellier, est occupé. L’ancien cinéma de la rue Boussairolles, qui a fermé en 2014, a été investi par un collectif « de travailleurs pauvres, d’étudiants et de précaires » en juin dernier, empêchant les propriétaires de vendre la bâtisse pour y construire des logements, à deux pas de la Comédie.

Un squat pas comme les autres, ouvert aux curieux, et surtout au public, qui vient trouver ici des spectacles de danse ou de théâtre, des concerts ou des conférences, gratuits à chaque fois. « On croise aussi bien des clochards que des familles, et ça se passe bien », confie un jeune homme. Jusqu’ici, le « Royal occupé » a évité l’expulsion : le 9 août, le juge des référés estimait que le droit au logement prévalait sur le droit à la propriété. Ce mardi, le dossier est de retour devant la Cour d’appel.

Des vêtements à disposition dans le Royal occupé.
Des vêtements à disposition dans le Royal occupé. - N. Bonzom / Maxele Presse

« Si on est entré ici, c’est parce que la porte était ouverte »

« Ce fut une décision surprenante, confie Me Philippe Maria. Nous sommes tout de même chez autrui. La justice invoque un principe de droit au logement, alors que nous sommes clairement sur une activité qui se veut culturelle. » Pourtant, selon les squatteurs rencontrés ce lundi, il y a bien « 20 précaires » qui habitent au Royal. Et si jamais l’expulsion est prononcée, ils se retrouveront « à la rue », confient-ils.

« Si on est entré, c’est parce que la porte était ouverte et les clés à l’intérieur, dans une boîte », note l’un d’eux. Faux, assure l’avocat des propriétaires, qui souligne avoir des « attestations » qui prouvent que le lieu a été forcé. « On a découvert un lieu abandonné, détérioré par des fuites, on a fait un travail important avec des copains électriciens et plombiers pour remettre tout en état », note un militant.

L'une des salles du Royal occupé.
L'une des salles du Royal occupé. - N. Bonzom / Maxele Presse

« Cela montre bien qu’il manquait un lieu de ce type à Montpellier »

Mais ce qui fait la spécificité du squat, c’est sa transformation en un lieu culturel alternatif, dont l’agenda fleurit dans la presse et sur le Web, au même titre que le Rockstore ou la Panacée. « Nous avons ouvert avec un balletti, puis ça s’est enchaîné, nous avons eu beaucoup de propositions », souligne une militante.

Au fil des mois, des projections ont été organisées, des groupes sont venus répéter, des compagnies de théâtre ou de danse jouer devant un public, de plus en plus nombreux. « Cela montre bien qu’il manquait un lieu de ce type à Montpellier ».

Un viol

Pour ceux qui font vivre le squat depuis neuf mois, il est donc inconcevable que cet « endroit emblématique », qui a accueilli un music-hall avant de devenir un cinéma, soit détruit au profit d’une opération immobilière… Ici, on rêve de marcher sur les pas du Teatro Valle : menacé d’être vendu, ce théâtre de Rome avait été investi en 2011 par des citoyens et des artistes, qui l’avaient transformé en espace culturel.

Un drame a cependant rompu avec l’enthousiasme qui règne au sein du squat : un viol a eu lieu, lors d’un événement public. « Le lieu a été fermé au public pendant deux semaines, et nous nous sommes mis en rapport avec la victime et sa famille, explique un militant. Nous avons invité la police à venir faire son travail à l’intérieur, puis, avec le consentement de la victime et sa famille, nous avons rouvert. » Des faits qui pourraient bien être évoqués, mardi, devant la justice.