Hérault : Un domaine redonne vie à un vin vieux de trois siècles

VITICULTURE Thomas Jefferson, alors qu’il était président des Etats-Unis, se faisait envoyer des caisses de ce rouge à la Maison Blanche…

Nicolas Bonzom

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Le Mailhol.
Le Mailhol. — Domaine Henry

Le Mailhol, c’est un peu le Jurassic Park du vin. Ce rouge, qui s’invite sur les tables de prestigieux restaurants depuis des années, est la reconstitution d’un vin conçu au XVIIIe siècle à Saint-Georges-d’Orques, une petite commune à l’ouest de Montpellier (Hérault).

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Les cépages de l’époque ayant disparu, il a fallu des années de recherches à Laurence et François Henry, vignerons au domaine qui porte leur nom, pour parvenir à cette étonnante prouesse… Sur les 10 hectares du vignoble, 70 ares sont aujourd’hui dédiés à la renaissance de ce vin d’antan, soit un peu plus de 1.500 bouteilles chaque année.

Thomas Jefferson adorait ce vin

« Cette idée est partie de la découverte de documents, attestant de la réputation mondiale du vin de Saint-Georges-d’Orques il y a plusieurs siècles… Il se trouve que Thomas Jefferson, qui était alors ambassadeur des Etats-Unis en France, l’avait découvert lors d’un passage dans le Languedoc, et qu’il l’adorait. Il l’avait même noté sur ses carnets de voyage, aux côtés du muscat de Frontignan. Cette découverte nous a terriblement excités, et nous a donné envie d’aller plus loin… », confie François Henry.

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Président quelques années plus tard, l’homme politique se serait fait envoyer des caisses et des caisses de rouge de Saint-Georges-d’Orques à la Maison blanche. Pour lui redonner vie, les Henry ont écumé les bibliothèques et les archives du département, à la recherche d’indices sur la réputation mondiale du vin de leur territoire.

Des variétés disparues

Ils ont fini par frapper à la porte de SupAgro, ancienne école d’agriculture de Montpellier, où l’ampélographie, l’étude des cépages, est une spécialité : ici, le Centre de ressources biologiques de la vigne de Vassal-Montpellier est une référence au niveau mondial.

L'une des variétés disparues qui a permis de donner naissance au Mailhol.
L'une des variétés disparues qui a permis de donner naissance au Mailhol. - Domaine Henry

Un travail qui permettra, des années de recherches plus tard, de faire renaître des variétés jusqu’ici disparues : le morrastel noir à jus blanc, l’aspiran gris, le riveirenc, le terret gris et noir, et l’œillade noire et grise… « Plantées ensemble » et « vendangées au même moment » malgré des maturités différentes, explique François Henry, elles ont permis de ressusciter un vin qui n’avait pas été bu depuis 300 ans.