Fin du procès des paris: Les quatre questions que l'on se pose sur l'affaire Karabatic

JUSTICE L’audience en appel s’est achevée ce mardi, et le jugement a été mis en délibéré au 1er février…

Nicolas Bonzom
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Nikola Karabatic, suivi par la compagne de son frère Luka, Jennifer Priez, ce jeudi.
Nikola Karabatic, suivi par la compagne de son frère Luka, Jennifer Priez, ce jeudi. — N. Bonzom / Maxele Presse

Le 1er février prochain, les 16 prévenus dans l’affaire des paris suspects dans le handball seront fixés sur leur sort… quelques jours après la fin des championnats du monde de handball. Mardi, au terme de sept jours de débat, la Cour d’appel a mis un terme à l’audience, qui a mis en cause Nikola et Luka Karabatic et 14 autres prévenus. 20 Minutes répond aux questions que l’on se pose sur le procès.

Y a-t-il eu des surprises dans les auditions des prévenus ?

Rien dans ce procès en appel n’a permis d’apporter une nouvelle pierre à l’édifice de l’affaire des paris. Du côté des « stars », Nikola Karabatic le répète : il n’a pas parié, et n’a pas eu connaissance des paris engagés, ni même de ceux de sa compagne.

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« Je suis contre le fait que l’on puisse parier sur mon sport », souligne le joueur. Et lorsque Géraldine Pillet va miser alors qu’il l’attend dans sa voiture, il ne s’est pas rendu compte qu’elle allait dans un bureau de tabac. Quant à l’application de paris retrouvée sur son téléphone, c’est bien elle qui l’a téléchargée, a confirmé le joueur : « Elle utilise le mien souvent. Cela arrive très souvent dans tous les couples. »

Nikola Karabatic et sa compagne, à leur arrivée, ce lundi.
Nikola Karabatic et sa compagne, à leur arrivée, ce lundi. - N. Bonzom / Maxele Presse

De son côté, son frère Luka, qui a avoué avoir parié et faire parier sa compagne Jennifer Priez, alors animatrice vedette de NRJ 12, a exprimé quelques regrets. « J’étais jeune et un peu bête », a-t-il souligné devant la Cour d’appel.

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Aucun des autres prévenus n’a admis s’être entendu avec ses coéquipiers pour parier au même moment, aux alentours de 10 h, sur la défaite à la mi-temps de Montpellier. Mais plusieurs détails n’ont pas échappé à la justice : certains se sont appelés un peu avant ou un peu après, alors qu’ils ne s’appellent d’habitude… jamais.

Où est passée l’hypothèse du match truqué ?

Si de nombreuses coïncidences peuvent accréditer la théorie de l’entente présumée des prévenus pour parier, celle du trucage du match bénéficie de preuves bien plus minces. La Cour d’appel a, de plus, beaucoup moins abordé le thème qu’en première instance. De quoi provoquer l’interrogation de certains avocats de la défense. « Les manœuvres frauduleuses reprochées ne peuvent pas constituer le délit d’escroquerie au sens pénal », a expliqué Me Gilles Gauer, avocat d’Enzo di Guardo, l’un des mis en cause.

Aucun élément concret ne permet de dire que certains prévenus ont levé le pied pour laisser filer le match, le 12 mai 2012, face à Cesson. Cependant, dans leur rapport, les experts notent certaines anomalies. « Le déroulement de la rencontre est compatible avec le fait que Montpellier ne veut pas passer devant », ont-ils indiqué jeudi.

Les experts confient que « le MAHB n’a pas mis dans ce match les ingrédients habituels de ses victoires. Une telle convergence d’indicateurs anormaux est trop curieuse pour être innocente ». Leurs interrogations des experts portent notamment sur le nombre élevé des pertes de balles et la faiblesse des contre-attaques du MAHB.

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De son côté, comme en première instance, Nikola Karabatic a pris la parole pour tenter de démonter la thèse du trucage. Pour lui, le MAHB n’était tout simplement pas favori, handicapé par de nombreux joueurs blessés, la présence de jeunes joueurs à des postes clés, une configuration de salle inadaptée en première mi-temps, et le fait que l’équipe soit démotivée, Montpellier ayant déjà été sacré champion.

A-t-on voulu « déboulonner » Nikola Karabatic ?

Pour certains avocats de la défense, la justice a tout fait pour toucher la star du handball. On a voulu « atteindre la montagne [Nikola] Karabatic » afin « d’assurer la couverture médiatique » de l’affaire des paris du handball, a notamment dénoncé l’avocat du joueur, Me Philippe Nemausat. Mais « ça ne marche toujours pas » en appel. Selon lui, tout a été fait pour « retirer » le champion de « son piédestal ».

Quite à bafouer les règles de la justice, note même l’avocat, en visant notamment l’ex-procureur de la République de Montpellier, Brice Robin, accusé d’avoir « piétiné la présomption d’innocence et le secret de l’instruction ». Notamment en organisant une conférence de presse, qui fera éclater l’affaire au grand jour. Une critique qui reviendra tout au long de ce procès, de la part de la défense.

Luka Karabatic et Jennifer Priez, ce lundi, à leur sortie du tribunal.
Luka Karabatic et Jennifer Priez, ce lundi, à leur sortie du tribunal. - N. Bonzom / Maxele Presse

Que risquent les prévenus ?

Plus qu’en première instance. Si, en juillet 2015, les prévenus avaient écopé de peines allant de 1.500 à 30.000 euros d’amende, l’avocat général a requis lundi de 10.000 à 40.000 euros d’amende. Les plus fortes peines sont pour les frères Karabatic, et deux hommes considérés comme les pivots de l’affaire, le buraliste Nicolas Gillet et le joueur slovène Mladen Bojinovic. En revanche, contrairement à l’année dernière, aucune peine de prison avec sursis n’a été requise à l’encontre des protagonistes.

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