Sud de la France: Menacé par l'activité humaine, l'aigle de Bonelli est en danger d'extinction

ANIMAUX Seuls 33 couples de cette espèce, qui vit essentiellement dans le sud, sont recensés en France…

Nicolas Bonzom

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L'aigle de Bonelli.
L'aigle de Bonelli. — G. Fréchet. Syndicat Mixte des gorges du Gardon

L’aigle de Bonelli est en danger. Ce rapace aux puissantes serres, au bec crochu et au plumage brun et blanc, qui emprunte son nom à l’ornithologue italien qui l’a découvert en 1845, vit dans les falaises du sud de la France, depuis près de 200.000 ans.

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Trente-trois couples seulement sont recensés en France, contre 80 dans les années 1960, pour une population mondiale estimée à 20.000 représentants, ce qui en fait l’une des espèces de rapaces les plus rares et les plus étroitement surveillées.

De nombreuses menaces

L’oiseau a notamment ses habitudes du côté de Sainte-Anastasie, dans le Gard, où la réserve de biosphère des Gorges du Gardon en abrite six. « Une concentration exceptionnelle », se réjouit l’ornithologue Guillaume Fréchet, qui œuvre à sa conservation sur le site. Ici, un programme de suivi s’appuyant sur des balises posées sur les oiseaux, a été mis en place depuis cinq ans. Les données collectées permettent de mieux appréhender ses déplacements, ses habitudes, pour mieux le protéger.

Parmi les menaces qui guettent ces aigles, qui peuvent atteindre 1,70 m d’envergure, les chocs sur les lignes électriques, principale cause de mortalité chez les Bonelli, même si « l’essentiel de l’armement électrique dangereux a été neutralisé », reprend le naturaliste. Mais aussi le braconnage. Ces dix dernières années, plusieurs aigles ont été criblés de plomb par des tirs non-identifiés.

Une personne tient un aigle de Bonelli équipé d'une balise Argos, le 05 novembre 2009 à Montpellier.
Une personne tient un aigle de Bonelli équipé d'une balise Argos, le 05 novembre 2009 à Montpellier. - AFP

Un oiseau « intolérable au changement »

L’activité humaine n’y est pas pour rien non plus, l’espèce étant particulièrement « intolérante au dérangement », note l’ornithologue gardois.

Selon Marie-Pierre Puech, vétérinaire et responsable de l’Hôpital de la faune sauvage Garrigues-Cévennes, à Ganges (Hérault), les activités de loisirs comme « les aires d’escalade, le parapente, le vol à voile » ou même les curieux qui prennent des photos sont prompts à déranger la vie des aigles de Bonelli.

Des reproductions 2015 et 2016 « très bonnes » au Nord de Montpellier

Si l’espèce souffre depuis des décennies, il y a tout de même quelques raisons d’espérer, explique la vétérinaire héraultaise. « Dans les garrigues au nord de Montpellier, l’espèce résiste. Les saisons de reproduction 2015 et 2016 ont été très bonnes, explique-t-elle. Nous l’avons vu reconquérir deux sites naturellement autour de nous, l’un vers Cournonterral et Saint-Hippolyte-du-Fort. »

Mais pour Marie-Pierre Puech, au-delà de l’aigle de Bonelli, qui bénéficie d’un plan de sauvegarde important, c’est toutes les espèces qu’il faut protéger. « D’autres disparaissent dans le même secteur, avec beaucoup moins d’appui financier et technique, confie l’Héraultaise, comme les vautours percnoptères, où nous sommes passés dans l’Hérault de 20 couples dans les années 1950, à un dernier couple. »