VIDEO. Montpellier: La future gare TGV de la Mogère sera-t-elle «la risée de l'Europe entière»?

URBANISME Depuis de longs mois, les opposants au projet dénoncent une gare « inutile ». Mercredi, la SNCF a annoncé que seuls quatre trains y circuleraient au moment de son inauguration…

Nicolas Bonzom

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La gare de la Mogère, ce jeudi.
La gare de la Mogère, ce jeudi. — N. Bonzom / Maxele Presse

Vingt ans après la mise en service de la gare TGV de Haute-Picardie, dans la Somme, va-t-on vers une nouvelle « gare des betteraves » à Montpellier ? Le projet de la gare de la Mogère, deuxième gare TGV de la ville, qui croule sous les recours en justice, semble en avoir tous les symptômes.

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Depuis de longs mois, tandis que les grues et les tractopelles s’activent sur le chantier pour la faire sortir de terre en pleine friche, ses opposants ne cessent de dénoncer un projet coûteux (135 millions d’euros), construit « en zone inondable », et surtout, « inutile ».

Quatre trains seulement par jour en 2018

Un « scandale », assurent ses détracteurs, qui a pris tout son sens, après une réunion qui s’est déroulée mercredi 26 octobre, en préfecture : la SNCF, dont la filiale SNCF Réseau, qui doit verser, comme l’État, 45 millions d’euros dans le projet, a annoncé que seuls quatre trains de voyageurs passeraient par là, lors de son inauguration programmée au printemps 2018. Un Ouigo aller-retour vers Marne-la-Vallée, un Perpignan-Paris, et un Paris-Montpellier. De quoi être « la risée de l’Europe entière », se désespère Christian Dupraz (EELV), conseiller régional délégué aux états généraux du rail.

« C’est ce que l’on dit depuis le début, regrette Michel Julier, qui a monté un collectif d’opposants contre la gare de la Mogère. Cela aurait été mieux de s’en apercevoir avant la construction du bâtiment, mais bon. C’est toujours mieux de s’en apercevoir avant la construction d’un immense parking, notamment… »

Carole Delga suspend ses paiements

La seule possibilité pour qu’il y ait un peu plus de trafic, c’est que le projet de nouvelle gare TGV à Manduel, près de Nîmes, directement connectée à celle de Montpellier, soit opérationnel. Et là encore, même si le permis de construire a été récemment déposé, ça coince aux entournures, et aucun TGV ne passera dans cette petite ville du Gard avant de longues années. Ou jamais, peut-être. « Même si l’hypothétique et inutile gare de Manduel voyait le jour, seuls 20 trains par jour s’arrêteraient à la Mogère », reprend Christian Dupraz, qui ne consent l’utilité d’une gare qu’à partir « d’au moins 50 trains ».

C’en est trop pour Carole Delga (PS), président de la nouvelle grande région Occitanie, financeur à hauteur de 32 millions d’euros, qui a donné l’ordre de suspendre ses paiements. « Une gare nouvelle ne peut se justifier qu’à la seule condition qu’elle soit utile et accessible au plus grand nombre, confie l’élue. C’est une question de bon sens et de bonne gestion de l’argent des contribuables. A ce jour, le compte n’y est pas. »

« Un mensonge depuis le début »

Philippe Saurel (divers gauche), maire et président de la métropole de Montpellier, qui est engagé à hauteur de 11 millions d’euros, n’a pas souhaité s’exprimer. La dernière fois qu’il avait évoqué le cas de la Mogère, il avait demandé l’accélération de la construction de la gare de Manduel.

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Pour les opposants au projet, qui invitent Philippe Saurel à « retirer ses sous », cette gare est « un mensonge depuis le début ». « Elle n’a été faite que pour cautionner l’ensemble immobilier prévu autour », dénonce la conseillère régionale Muriel Ressiguier (FG), qui pointe du doigt le projet de quartier d’affaires annoncé autour de la gare.

Une annexe du musée contemporain ?

Aujourd’hui, la structure de la gare est quasiment terminée, il ne manque que les aménagements intérieurs et extérieurs. Environ la moitié des 135 millions d’euros d’argent public annoncés auraient été dépensés.

« Pour rien », grognent les détracteurs. Ou presque. Si jamais aucun train n’arrive ici un jour, les écologistes proposent d’en faire une plate-forme de fret, ou même une annexe du futur musée d’art contemporain de Montpellier. Chère, l’annexe. Sollicités ce jeudi, les services de la SNCF et de l’État n’ont pas souhaité communiquer.