Référendum sur les migrants à Béziers: «Le travail d’un maire, c’est de rassembler les gens, pas de les opposer»

REPORTAGE Face à l’initiative du maire d’organiser une consultation sur l’arrivée de 40 nouveaux migrants, certains Biterrois applaudissent, d’autres sont scandalisés…

Nicolas Bonzom

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La campagne de la ville de Béziers sur son référendum sur les migrants.
La campagne de la ville de Béziers sur son référendum sur les migrants. — N. Bonzom / Maxele Presse

A Béziers (Hérault), les affiches municipales qui célèbrent l’initiative de Robert Ménard inondent la ville depuis plusieurs jours : « Migrants, sujet interdit ? Référendum ! », clame haut et fort le slogan de la campagne, qui présente une Marianne bâillonnée.

Mardi, c’est dans la confusion qu’a été adoptée par le conseil municipal la proposition du maire, proche du Front national, d’organiser une consultation de la population sur l’installation de nouveaux migrants sur la commune.

Un référendum qui n'aura peut-être jamais lieu

A la majorité, malgré les heurts violents entre manifestants et policiers, les élus ont accepté que la question « Approuvez-vous l’installation de nouveaux migrants, imposée par l’État, sans consultation du conseil municipal ? » soit posée aux Biterrois en janvier prochain. Un référendum qui n’aura peut-être jamais lieu, le préfet de l’Hérault ayant annoncé son intention de déposer un recours devant le tribunal administratif.

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Dans les rues de Béziers, ce mercredi, 20 Minutes est allé tester la popularité de l’initiative de son maire. Et les avis sont plutôt partagés. S’ils sont quelques-uns à refuser catégoriquement de répondre, les autres ont des opinions plutôt tranchées.

« Ce n'est pas une question de racisme »

« Un référendum, je ne suis pas sûr que cela change grand-chose… Mais sur le fond, le maire a raison. Ce n’est pas une question de racisme, mais regardez ! On est là, on n’a rien fait ce matin, on reste les bras croisés », confie un restaurateur de fruits de mer, installé sur les allées Paul-Riquet, en pointant du doigt sa terrasse déserte. « Il n’y a pas de boulot ici. Il y aurait du boulot, pourquoi pas. Quand les Espagnols sont arrivés, il y en avait du boulot. Alors, ces pauvres gens, ils vont rester dans les rues… »

« La parole du peuple est galvaudée, confie André, attablé à un bar. C’est tout de même normal de donner la parole aux Biterrois, c’est eux qui vont devoir supporter cette situation ! (…) L’arrivée des migrants, c’est source de problèmes futurs. Le problème principal, c’est le changement de civilisation qui se profile. » Le mot de trop pour son compagnon d’apéritif. « Le changement de civilisation, ça y est ! », ironise-t-il. « Oui, reprend le premier. Il y a une immigration massive que je ne supporte pas. »

« 40 migrants de plus ou de moins... »

« Je galère avec mes enfants à boucler mon budget chaque mois, reprend une jeune femme. Il n’y a plus de travail, plus d’argent. On ne peut pas accueillir tous ces gens… »

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Un peu plus loin, derrière son zinc, un patron de bar minimise le problème. « Certes, je trouve tout à fait anormal que l’Etat impose ce type de décision aux communes sans consulter les maires. Après, dans les faits, 40 migrants de plus ou de moins, ça ne va pas vraiment changer la vie de Béziers… »

« Tout ça, c'est du cirque »

Car dans cette vaste polémique orchestrée depuis l’hôtel de ville, c’est bien le passage de 50 à 90 places du Centre d’accueil des demandeurs d’asile de la ville qui fait bondir Robert Ménard. « De l’argent public dépensé dans des affiches et tout ce tralala pour 40 pauvres gens… Tout ça, c’est du cirque, se désespère une passante. Et des bagarres au conseil municipal maintenant… Quelle image on donne de la ville et de la démocratie ? »

« Un référendum pour des questions qui préoccupent réellement les habitants, pourquoi pas, témoigne un quinquagénaire. Mais la question que Robert Ménard souhaite poser, elle ne m’intéresse pas. Elle arrive à la suite de polémiques racistes. Je trouve que le maire fait beaucoup trop de polémiques. Mais bon, c’est le niveau du FN. On connaît. »

« On a été des migrants »

« J’ai honte que Béziers soit gouverné par le FN », clame un retraité. « Tout cela n’est qu’une affaire raciste qui ne fait que diviser les gens », reprend un autre.

« Le travail d’un maire, c’est de rassembler les gens, pas de les opposer, témoigne Richard. Tout cela est malsain. Quand les Allemands nous ont envahis, on a été des migrants. Quand les Espagnols sont arrivés, ils ont été des migrants… » C’est « la tradition de la France d’accueillir ceux qui souffrent. C’est notre fierté, ça doit le rester », note un homme qui regarde, un brin désespéré, la Marianne bâillonnée de Ménard.