Nîmes: Roland Agret, le «Robin des lois», est mort à l'âge de 74 ans

HOMMAGE Condamné à tort à 15 ans de prison en 1970, Roland Agret s'était battu pour faire reconnaître son innocence. Toute sa vie, il aura été aux côtés des victimes d'erreurs judiciaires...

Nicolas Bonzom

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Roland Agret lors de l'émission Vivement Dimanche, sur France 2, le 12 septembre 2007

Roland Agret lors de l'émission Vivement Dimanche, sur France 2, le 12 septembre 2007 — BENAROCH/SIPA

Le Nîmois Roland Agret est mort dimanche, à l’âge de 74 ans, des suites d’une embolie pulmonaire. Président d’Action Justice, association qui vient en aide aux victimes d’erreurs judiciaires, il aura passé sa vie à dénoncer les dysfonctionnements de la justice.

En 1970, Roland Agret a été condamné à 15 ans de réclusion criminelle, pour complicité dans le cadre d’un assassinat, dans le Gard. Une erreur judiciaire qu’il mettra quatorze ans à faire éclater au grand jour.

« L’élément nouveau »

En signe de protestation, il escaladera le toit de sa prison, avalera des manches de fourchettes, et ira même jusqu’à se couper deux doigts. Après la révision de son procès, Roland Agret sera finalement acquitté et réhabilité en 1984.

« C’est à force de cogner qu’on obtient justice. Le problème de la justice française, c’est ce qu’on appelle ''l’élément nouveau'', confiait-il à 20 Minutes en mars 2013. Pour obtenir la révision d’un procès, il faut trouver un élément nouveau qui n’a pas été abordé lors du procès qui a conduit à votre condamnation. Mais souvent si cet élément est nouveau pour vous, il ne l’est pas pour la justice. »

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« La justice est exécrable quand elle se croit infaillible »

Mais son combat ne s’est pas arrêté à son acquittement : en 2006, plus de vingt ans après, Roland Agret se tirera une balle dans le pied pour réclamer de la justice une indemnisation pour ses années passées en prison pour rien.

« Ce qui compte, ce n’est pas la somme, mais la reconnaissance de notre préjudice. Je n’en veux pas à la justice de se tromper, mais elle est exécrable quand elle se croit infaillible », soulignait Roland Agret, à 20 Minutes, en septembre 2012.

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« Réinséré, je ne le suis pas vraiment »

Au-delà de son combat personnel, l’homme a mis toute sa colère au service des victimes d’erreurs judiciaires. Avec son association Action Justice, il a contribué à quatre grâces présidentielles, une révision de procès aboutie, deux annulations de peines, et de nombreux acquittements.

Il fut également l’auteur de scénarios pour la télévision, notamment Un homme en colère, en 1997, sur TF1, inspiré de ses années de combat contre les dérives judiciaires.

« La roue a bien tourné. Après, j’ai l’air réinséré, mais je ne le suis pas vraiment… C’est impossible quand vous avez vécu ce que l’on a vécu. »

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