Des professeurs dénoncent « l’instrumentalisation populiste » de l’Histoire, dans la ville de Ménard

SOCIETE Enseigner l'Histoire dans la ville dirigée depuis 2014 par Robert Ménard, « ce n'est pas un cadeau ! », a déclaré le président d'une association de professeurs d'Histoire... 

E.P. avec AFP

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Robert Ménard.
Robert Ménard. — N. Bonzom / Maxele Presse

Des professeurs d’Histoire de Béziers, ville dirigée par le maireRobert Ménard, proche du Front National, disent ce jeudi leur indignation contre toute « instrumentalisation populiste de l’Histoire », lors de leur forum qui se tient à Béziers, une semaine avant la rentrée scolaire.

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La « famille politique populiste » a « tendance à vouloir réinventer ce qu’il y avait avant, qui était forcément meilleur » et « entretient la suspicion à l’égard de l’école et en particulier des professeurs d’Histoire » avec une « vision complotiste e », a dénoncéBruno Modica, professeur agrégé d’histoire au lycée Henri IV de Béziers.

« Un climat délétère »

Enseigner l’Histoire dans la ville dirigée depuis 2014 par Robert Ménard, « ce n’est pas un cadeau ! », a déclaré encore Bruno Modica, président des Clionautes. « Le maire de Béziers s’est livré à une série de polémiques autour de la personnalité de Jean Moulin mais aussi de Charles Martel, de l’Algérie française ou des réfugiés », créant « un climat délétère », a-t-il dénoncé. « Les enseignants doivent se poser en sentinelles face à ces comportements », a-t-il estimé.

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En janvier, tandis que le journal municipal annonçait en Une « Nous, on ne l’oublie pas ! », une trentaine de professeurs du Lycée Jean Moulin avaient notamment demandé au maire de cesser de « torturer la mémoire » du résistant Jean Moulin né à Béziers

Les discours et publications de Robert Ménard, issu d’une famille de rapatriés d’Algérie, sont régulièrement accusés par ses détracteurs de glorifier l’Algérie française ou de jouer sur la peur des réfugiés.

« Ce que je me refuse à entendre, c’est "vous n’enseignez pas la vraie histoire" »

« Notre problème n’est pas de discuter de l’appartenance politique de Robert Ménard, nous sommes des professeurs et non des militants politiques », a encore affirmé Bruno Modica. « Ce que je me refuse à entendre, c’est "vous n’enseignez pas la vraie histoire" par exemple à propos de l’Algérie ».

L’association des Clionautes, fondée en 1998, regroupe 400 adhérents, dont beaucoup de jeunes enseignants, et est agréée par le ministère de l’Education.

Le forum, qui se tient jeudi et vendredi, offre notamment un focus sur Jean Moulin et doit accueillir le député Les Républicains Elie Aboud et l’ancien ministre communiste Jean-Claude Gayssot, auteur d’une loi réprimant le négationnisme.

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Sur la question des réfugiés, « que fait le professeur d’histoire-géographie face aux jeunes Biterrois (…) ? Il explique par exemple que leurs grands-parents sont, pour certains d’entre eux, des réfugiés (républicains espagnols) du camp de Rivesaltes ou d’Agde », a déclaré Bruno Modica.

« Par les temps qui courent, il n’est pas inutile de souligner l’unicité de l’espèce humaine », a souligné l’agrégé. « Après tout, nous sommes tous des réfugiés africains ayant envahi l’Europe au néolithique ».