Abattoir de Pézenas : La préfecture dénonce les images tournées par l'association L214

ANIMAUX Selon la préfecture, qui a publié les rapports d'expertise de cet établissement sur le Web, cette vidéo est «obsolète»...

Nicolas Bonzom

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Entrée de l'abattoir municipal de Pézenas (Hérault), dans le collimateur de L214
Entrée de l'abattoir municipal de Pézenas (Hérault), dans le collimateur de L214 — PASCAL GUYOT AFP

Une semaine après la publication de la vidéo de l’association L214, le scandale qui a éclaboussé un nouvel abattoir de la région, à Pézenas, dans l’Hérault (après ceux d’Alès et du Vigan, dans le Gard), est encore dans toutes les têtes.

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Des images souvent insoutenables, commentées par le Montpelliérain Rémi Gaillard, que la préfecture a une nouvelle fois dénoncées, ce mercredi matin. Comme elle l’avait fait au soir de la diffusion de la vidéo, le 29 juin.

Des rapports d’expertise mis en ligne

« Les images diffusées sont totalement obsolètes, et ne correspondent plus aux équipements qui ont été mis en place à Pézenas, suite à nos recommandations », confie Pierre de Pouëssel, préfet du département de l’Hérault.

Des changements (200.000 euros de travaux de modernisation, 600.000 euros dans les prochains mois) qui ont été opérés suite aux 16 contrôles (dont huit consacrés à l’abattage rituel) menés depuis le début de l’année sur cet établissement, seul abattoir dans l’Hérault, qui reçoit depuis une semaine « des tas de lettres d’insultes ».

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Et pour « être totalement transparent », indique le préfet, les rapports viennent d’être mis en lignesur le site de la préfecture. Ce sera désormais le cas pour l’ensemble des futurs contrôles.

Deux hommes ont été retirés de la chaîne animale

« L’Etat n’a pas attendu L214 pour agir, certifie Caroline Medous, directrice départementale de la direction départementale de la protection des populations. J’ai reconnu dans la vidéo du matériel qui a été changé depuis le mois de février, et des opérateurs qui ont été écartés du contact avec les animaux. »

Deux hommes, sur 25 salariés au total, floutés sur la vidéo, dont l’un crève l’oeil d’un mouton et l’autre a un comportement trop nerveux avec un animal, qui ont été retirés de la chaîne animale en avril, et le 29 juin dernier, note la préfecture.

« On ne peut pas parler d’images obsolètes »

« Lors de la publication de la vidéo, nous avions bien indiqué qu’il s’agissait d’images tournées de novembre 2015 à mai 2016, note Brigitte Gothière, porte-parole de l’association L214. On ne peut évidemment pas parler d’images « obsolètes ». Elles n’ont pas été tournées il y a une dizaine d’années. »

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« Et, de toute façon, poursuit la militante associative, même si les comportements ou le matériel a changé quelques semaines après, ces maltraitances et ces procédés ont bel et bien eu lieu, et il fallait les dénoncer. Ces images ont été tournées après le scandale d’Alès, les services vétérinaires auraient dû être renforcés considérablement. Cela n’a visiblement pas été fait. »

Selon L214, même dans les dernières images en date de Pézenas, tournées en mai, il reste encore des anomalies choquantes : « les chevaux ont vue sur leurs congénères suspendus », « ils paniquent dans le piège », ou « il reste de gros problèmes dans l’étourdissement des bovins », assure Brigitte Gothière.

Certaines images relèvent d’un comportement normal

Autre axe d’attaque de la préfecture, pour parvenir à toucher l’opinion publique, l’association L214 jouerait sur la difficulté pour les citoyens de distinguer sur une vidéo un comportement normal dans un abattoir, et qui peut rester choquant, et une maltraitance animale.

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Car dans cette vidéo à Pézenas, certaines images relèveraient, selon Caroline Medous, d’un processus normal. « C’est le commentaire qui impose un discours », note-t-elle. « Cela reste un abattoir, note Pierre de Pouëssel. C’est nécessairement violent, puisque cela entraîne la mort de l’animal. Ce qu’il nous importe, c’est que cela se passe pour le mieux, et qu’il n’y ait aucune souffrance inutile infligée à l’animal. »

« Beaucoup de choses sont légales mais illégitimes »

« Mais nous n’avons jamais dit que nous n’avions mis que des images qui représentaient des processus et des comportements illégaux, reprend Brigitte Gothière, porte-parole de l’association L214. Notre objectif, c’est de montrer aux citoyens ce que subissent aujourd’hui les animaux dans les abattoirs, que ce soit conforme aux normes ou illégal et relevant de la maltraitance. Beaucoup de choses sont légales mais restent totalement choquantes et illégitimes. »

Contactée ce mercredi, la direction de l’abattoir n’a pas souhaité en dire plus.