Scandale des abattoirs: «Les images diffusées témoignent de gestes intolérables»

PROTECTION ANIMALE Le député de l'Hérault Elie Aboud avait visité en mai l'abattoir de Pézenas au titre de la commission d'enquête parlementaire. Il évoque les mesures que devrait proposer la commission...

Jérôme Diesnis

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Le député de la 6e circonscription de l'Hérault, Elie Aboud  (Les Républicains) est membre de la commission d'enquête parlementaire sur les abattoirs.
Le député de la 6e circonscription de l'Hérault, Elie Aboud (Les Républicains) est membre de la commission d'enquête parlementaire sur les abattoirs. — Pascal Guyot afp.com

Membre de la commission d’enquête parlementaire sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français, Elie Aboud (Les républicains) avait visité en mai l’abattoir de Pézenas. » Il n’y avait relevé « aucun dysfonctionnement ».

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Des images y ont été filmées par l’association L234, après la visite du député de la sixième circonscription de l’Hérault. L’association de défense des animaux a publié ce mercredi matin une vidéo qui témoigne de violation de la réglementation dans cet abattoir. Contacté par 20 Minutes, Elie Aboud revient sur sa visite et présente ce que devraient être les propositions de la commission d’enquête parlementaire qui rendra son rapport définitif en septembre.

Dans quel cadre vous étiez-vous rendu à l’abattoir Pézenas ?

Dans le cadre du contrôle d’un abattage non rituel. Ces vérifications avaient été faites pour la commission d’enquête parlementaire afin de voir si les règles au niveau de l’étourdissement étaient respectées. Avant de tuer une bête, il faut qu’elle soit inconsciente et insensibilisée, ceci afin d’éviter la souffrance de l’animal. C’est le règlement européen de 2009.

Vous n’aviez pourtant relevé aucun dysfonctionnement lors de votre passage à Pézenas ?

Nous y sommes restés quatre heures. Lors de ma visite, les conditions de l’étourdissement avaient été respectées. Sur place, j’avais trouvé un vétérinaire et deux techniciens vétérinaires, ce qui était très satisfaisant. Mais il est évident qu’il peut y avoir des biais. Quand un contrôle a lieu, les opérateurs ne font pas n’importe quoi. En revanche, les images diffusées par l’association témoignent de gestes intolérables. La défaillance humaine existe partout. Il faut sanctionner les fautifs. Et au-delà, cela pose la question des conditions sanitaires de notre consommation de viande.

Comprenez-vous le combat de l’association L214 ?

L’association L214 est un lanceur d’alerte qui réveille la conscience humaine. C’est une très bonne chose. Maintenant, si la finalité est de dire il ne faut pas consommer de la viande, cela pose un problème. En 2016, en France, veut-on consommer de la viande ? Oui. En 2016, peut-on accepter des conditions inacceptables et inexplicables dans les abattoirs ? Non. Il n’est pas question de rendre les Français végétariens. En revanche, nous sommes en droit de pouvoir consommer de la viande sans causer une souffrance animale inacceptable.

Quelles seront les propositions de la commission d’enquête parlementaire ?

Nous n’en sommes encore qu’au stade des auditions. Nous rendrons un rapport définitif en septembre. Mais des pistes très sérieuses sont à proposer, comme la vidéosurveillance imposée dans les abattoirs, l’ouverture des abattoirs à des commissions de contrôles externes composées d’acteurs du monde économique, d’associations de protection d’animaux, de médias. La troisième proposition est de bien cibler la formation des opérateurs qui travaillent au sein des abattoirs.

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Y a-t-il un consensus autour de ces propositions ?

Je pense que oui. Ce sont des propositions concrètes avec des modes de rétrocontrôle efficaces, même si ce n’est pas encore le résultat définitif de la commission d’enquête. A tout moment, l’Etat peut contrôler les établissements et imposer des fonctions en fonction de la défaillance. Quand un opérateur se sait surveiller en permanence, à tous les niveaux de la chaîne pyramidale, il fait attention. C’est humain.