Procès Navarro : Trois mois de prison avec sursis requis contre le sénateur

JUSTICE Le procureur a également requis la même peine pour son épouse, ainsi qu'une amende de 20.000 euros et une privation des droits civiques pendant trois ans. Ils sont poursuivis pour abus de confiance au préjudice du PS...

Nicolas Bonzom

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Dominique et Robert Navarro, mardi, devant le tribunal.
Dominique et Robert Navarro, mardi, devant le tribunal. — N. Bonzom / Maxele Presse

« Jamais de ma vie, je ne me suis servi de la fédération [du PS] pour détourner le moindre euro… » Face au tribunal correctionnel de Montpellier, le sénateur Robert Navarro a tenté de s’expliquer, mardi, sur l’affaire qui l’occupe depuis cinq ans.

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Avec son épouse Dominique, le parlementaire est accusé d’abus de confiance au préjudice de la fédération du PS de l’Hérault, tandis qu’il en était le patron et par ailleurs, député européen : au centre de ce dossier des plus complexes, 61 billets d’avion, pour une somme de 85.720 euros, que le parti estime avoir indûment payés de 2004 à 2010.

« C’est une plaisanterie ! »

Parmi eux, des trajets vers Strasbourg ou Bruxelles, vers le Parlement européen, auxquels participait l’épouse de l’ex-socialiste, attachée parlementaire de son mari, et chargée de mission au PS héraultais. Des billets assumés en partie par la « fédé ».

« C’est un abus évident, s’insurge Yves Baudelot, avocat du PS national, partie civile. Et les voyages de l’épouse de Robert Navarro à Bruxelles ou Strasbourg, c’est pareil. Il est prétendu que lorsqu’elle accompagnait son époux, elle consacrait une partie de son activité à la fédération… C’est une plaisanterie. »

Robert et Dominique Navarro, mardi, lors d'une suspension d'audience.
Robert et Dominique Navarro, mardi, lors d'une suspension d'audience. - N. Bonzom / Maxele Presse

« Tout a été fait en accord avec le parti »

C’est pourtant la ligne de défense du couple, qui note qu’elle accompagnait l’eurodéputé en tant que collaboratrice parlementaire, des élus de l’Hérault en tant que chargée de mission au PS, et qu’elle continuait en même temps à travailler pour la fédération…

Quant au paiement par le parti des voyages, tout avait été acté, confie Patrick Maisonneuve, avocat du couple Navarro : les sommes dédiées aux déplacements des collaborateurs n’étaient pas suffisantes, le PS prenait donc le relais, et assumait les charges supplémentaires. « Tout cela a été fait en accord avec les instances du parti », confie Patrick Maisonneuve.

« Deux jours par -35°C, ce n’est pas un voyage d’agrément »

Quant aux trajets à l’étranger, le sénateur a noté qu’il s’agissait de déplacements liés à ses activités politiques. « Deux jours et une nuit à Ljubljana par -35°C, je peux vous assurer que cela n’a absolument rien d’un voyage d’agrément… ».

Pour Marrakech et Budapest en revanche, le couple évoque des « voyages privés », financés en partie par les « points fidélité » accumulés. Des explications qui n’ont pas semblé convaincre le procureur, qui a dénoncé une affaire « qui fait mal à la démocratie ». Il a qui a requis trois mois de prison avec sursis, 20.000 euros d’amende et trois ans de suspension des droits civiques. « On a triché pour s’enrichir », a-t-il noté.

« On a trahi les militants »

« On a l’impression qu’on avait le carnet de chèques, la signature, et qu’on faisait un peu ce qu’on voulait, a pour sa part déploré Luc Abratkiewicz, avocat du PS héraultais. On a trahi la confiance des militants. S’ils avaient entendu les discours de ce matin, ils seraient écœurés. (…) Cette procédure, c’est l’épilogue d’un système montpelliérain, où l’on faisait un peu tout ce que l’on voulait, et on était réélu. »

Au cours de l’audience, Robert Navarro a soulevé le contexte dans lequel cette affaire a éclaté, en 2010. « J’ai été neuf fois réélu [secrétaire fédéral du PS dans l’Hérault], il n’y a jamais eu aucune contestation de l’ensemble des décisions prises collectivement. (…) Et en 2010, parce que des problèmes politiques surviennent, se soulèvent une multitude de problèmes, qui n’ont jamais existé… (…) La question se pose. » « Allez jusqu’au bout de votre raisonnement », l’invite le procureur de la République. L’élu n’en dira pas plus.

Le jugement du tribunal a été mis en délibéré et sera rendu le 6 juillet.