Montpellier : On a assisté à une projection du phénomène «Merci Patron !»

CINEMA Le documentaire de François Ruffin vient de franchir les 400.000 spectateurs. «20 Minutes» s'est glissé dans la salle municipale de Palavas-les-Flots, ce mercredi soir...

Nicolas Bonzom

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François Ruffin, journaliste et réalisateur, notamment du documentaire "Merci Patron", à Paris le 9 avril 2016
François Ruffin, journaliste et réalisateur, notamment du documentaire "Merci Patron", à Paris le 9 avril 2016 — JOEL SAGET AFP

C’est un film un peu particulier que Renaud, le projectionniste de Cinéplan, un petit cinéma itinérant qui sillonne les routes du Languedoc, a lancé, mercredi soir, au Nautilus, la salle municipale de Palavas-les-Flots.

Merci Patron ! suit le destin des Klur, un couple installé à Poix-du-Nord, criblé de dettes depuis la délocalisation en Pologne de l’usine Kenzo, dans laquelle ils travaillaient. Au chômage, ils sont sur le point de perdre leur maison, lorsque François Ruffin, rédacteur en chef du journal Fakir, frappe à leur porte. Ensemble, ils vont élaborer un plan pour tenter de tendre un piège au géant LVMH, dirigé par le milliardaire Bernard Arnault.

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Ça rie, ça pleure…

Sorti le 24 février, Merci patron ! a bénéficié d’un formidable bouche-à-oreille, et vient de franchir  les 400.000 spectateurs. Une performance pour un documentaire. 20 Minutes s’est glissé dans la salle pour goûter au phénomène.

Ce qui est certain, c’est que le film ne laisse personne indifférent. Certains esquissent un sourire, lorsque François Ruffin, affublé de son tee-shirt « I love Bernard » manie l’ironie pour dénoncer les méthodes des grands patrons, rient aux éclats lorsque Serge Klur évoque ces « capitalistes », qui « gagnent au moins 3.000 euros par mois ».

Des spectateurs visionnent Merci Patron ! à Palavas-les-Flots.
Des spectateurs visionnent Merci Patron ! à Palavas-les-Flots. - N. Bonzom / Maxele Presse

La méthode de François Ruffin interroge les spectateurs

D’autres se grattent le menton, dubitatifs, ou se prennent la tête entre les mains, consternés. Quelques-uns écrasent même une larme, lorsque Jocelyne Klur parle de la « tartine de fromage blanc », qui leur a fait office de repas de Noël l’année dernière.

Et lorsque les lumières se rallument, le débat s’installe. Ces « patrons [qui] n’ont aucun état d’âme à laisser des gens sur le carreau », ces « usines, [qui] partent à l’étranger, où les employés sont payés une misère », révoltent les spectateurs, dont le film a délié les langues. Mais ce qui intrigue, c’est d’abord la « méthode » de François Ruffin.

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« Ce film donne de l’espoir »

« Ce film est génial, il nous donne de l’espoir. Cela montre qu’il faut trouver d’autres solutions pour se battre contre le capitalisme », confie une spectatrice. « Occuper des usines, défiler dans les rues, cela ne sert plus à rien, reprend une autre. Il faut réfléchir à un autre mode d’action pour s’attaquer aux méthodes des grands patrons. »

« Sauver un couple, c’est bien. Mais il ne faudrait pas qu’ils les crèvent, une fois qu’on aura le dos tourné », reprend Marie. « Certes, on a en sauvé un, note un spectateur. Mais il y en a des centaines, des milliers, qui se retrouvent le bec dans l’eau. » Stéphane, lui, regrette que le film ne propose pas de « réelle solution » à l’emprise du capitalisme, mais se réjouit qu’il montre que « la bonne humeur » soit « du côté des petites gens ».

Cet humour « indispensable »

Le choix de l’humour, omniprésent dans le documentaire de François Ruffin, ravit en revanche les spectateurs. « La manière d’évoquer les méthodes de Bernard Arnault avec cynisme, c’est très réussi », note un autre. « On a besoin de rire, c’est indispensable pour souffler, prendre du recul, sur un sujet lourd », explique un voisin. « On se dit qu’on a réussi à carotter un milliardaire, on jubile », se réjouit une spectatrice.

A l’heure de quitter la salle, tous étaient au moins sûrs d’une chose : ce film, ils en parleront autour d’eux, et ils le conseilleront. « Allez, allons boire une coupe de Moët et Chandon à la santé de Bernard Arnault, maintenant », sourit une Palavasienne.