Montpellier : A Las Rébès, des «Zadistes» occupent le terrain jour et nuit

URBANISME Sur cette colline, le bailleur social ACM-Habitat a prévu de construire une soixantaine de logements. Des citoyens et des militants de #NuitDebout se sont joints au combat, en soutien aux habitants…

Nicolas Bonzom
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La Zad de Las Rébès
La Zad de Las Rébès — N. Bonzom / Maxele Presse

A la Zad de Las Rébès, on prépare la soupe, peu avant midi. Certains épluchent les légumes, remuent la marmite, et d’autres coupent du bois, pour alimenter le feu.

Depuis dimanche, plusieurs dizaines de militants de #NuitDebout ont rejoint le combat des habitants de ce quartier de Montpellier (Hérault), où une colline menace de disparaître au profit d’une soixantaine de logements sociaux, construits par le bailleur social ACM-Habitat. Un projet que refusent les riverains, habitués à venir se balader ou passer du temps dans cet espace de verdure d’environ un hectare.

Une « Zone d’activités démocratiques »

« On est là en soutien des habitants, on ne fait rien sans leur accord, explique une jeune femme. Ils ne peuvent pas être tout le temps là, d’autant que certains ont été condamnés et ils risquent 100 euros d’amende si on les trouve ici. Zad, ce n’est pas uniquement une Zone à défendre. Nous avons souhaité en faire une Zone d’activités démocratiques, où chacun peut venir passer du temps, notamment les enfants. Des tournois de football sont organisés, un jardin va être mis en place. On peut venir boire un café, discuter… »

Actions à mener, slogans, comportement vis-à-vis des médias… Ici, tout est discuté et décidé en assemblée générale, chaque soir. « Ici, je me sens citoyen, explique un autre « zadiste ». Nous sommes là en soutien. Et nous voulons montrer que l’on peut faire des choses, avec des petits moyens. »

La Zad de Las Rébès
La Zad de Las Rébès - N. Bonzom / Maxele Presse

« Une ambiance bon enfant »

« C’est très bien qu’ils soient là, confie Céline, une habitante du quartier. On ne peut pas être là tout le temps, on a besoin d’aide pour faire parler de notre combat, et on a besoin d’un coup de pouce. Ils sont très respectueux, ils coupent la musique dès 21h, tout est propre… » « Ce qui est intéressant, c’est que le combat est mené dans une ambiance bon enfant, sans abîmer ni toucher au terrain », reprend un autre riverain de la colline.

Pour ces « militants », « habitants » ou « citoyens » qui dorment ici, tout est prévu : petite cuisine aménagée, assiettes et couverts, douche avec bidons d’eau chaude, toilettes sèches et matelas sont disponibles à l’ombre des arbres. « Chacun donne un coup de main, et on a fait un peu de récupération, pour les matelas, les canapés ou les chaises, explique Kévin, qui a passé la nuit sur place. Pour la nourriture, on se fournit notamment après d’associations, qui vendent des paniers frais pour quelques euros. »

« Vous n’êtes pas chez vous »

Pourtant, chacun sait, à la Zad de Las Rébès, que la police peut débarquer d’une minute à l’autre pour les déloger de ce terrain privé, où les premiers travaux commenceront dans quelques semaines. « Il faut qu’ils sachent qu’il y a des enfants qui dorment et qui jouent ici », souffle une Zadiste.

Du côté de la mairie et du bailleur social, on ne plie pas. Mardi, lors du premier coup de pioche des halles Laissac, le maire Philippe Saurel (divers gauche), président d'ACM-Habitat, a insisté sur le fait que 16.000 Montpelliérains attendaient un logement social, et qu’il était primordial que de nouveaux soient construits. « Vous n’êtes pas chez vous là-bas », a rappelé l’élu, aux deux militants venus perturber le début des travaux.