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PECHELes sardines et les anchois maigrissent et les pêcheurs souffrent

Méditerranée : Les sardines et les anchois maigrissent à vue d’œil et les pêcheurs souffrent

PECHERien qu'à Sète, les biomasses débarquées sur le port sont passées de 7.000 à 4.000 tonnes en 2009 à 50 tonnes en 2015. Une situation alarmante...
Des sardines sur un bateau de pêche
Des sardines sur un bateau de pêche - Jean-Sebastien Evrard AFP
Nicolas Bonzom

Nicolas Bonzom

Sardines et anchois maigrissent à vue d’œil : selon une étude, dévoilée ce week-end à Sète (Hérault), les deux espèces, qui sont les plus pêchées en Méditerranée, ont vu leur taille se réduire considérablement, passant de 15 à 11 cm pour les sardines.

Financée par France Filière Pêche, l’enquête EcoPelGol, réalisée par Marbec* en partenariat avec l’Université de Gérone et l’Institut Méditerranéen d’Océanologie Mio*, a nécessité le concours de pêcheurs, qui ont relevé pendant trois ans leurs stocks.

Plusieurs pistes pour expliquer cet amaigrissement

L’étude montre qu’en dix ans en Méditerranée, la biomasse des sardines a été divisée par trois, passant de 200.000 tonnes à 67.000 tonnes. On retrouve ces mêmes proportions chez les anchois. Pourtant, leur nombre n’a quasiment pas bougé, c’est bien leur poids qui a chuté. « Cette diminution s’explique par une baisse de la croissance des poissons et une disparition des individus de plus de deux ans, les plus gros », note l’étude.

Les chercheurs ont suivi plusieurs pistes qui pourraient expliquer cet amaigrissement. D’abord, l’action d’agents, qui viendraient affaiblir, voire tuer, les anchois et les sardines.

« Nous avons évalué plus de 1.000 sardines pendant un an, confie Claire Saraux, chercheuse à l’Ifremer de Sète et coordinatrice du projet. Aucun virus, aucune bactérie n’a été détectée. Si la majorité des poissons est porteuse de microparasites, aucun impact d’agents pathogènes n’a pour le moment été trouvé. Toutefois, un doute persiste sur un parasite du foie des poissons, que nous sommes en train d’étudier. »

Une baisse de qualité du plancton

L’alimentation pourrait aussi être en cause. En étudiant le contenu des estomacs, les chercheurs ont remarqué que les proies ingérées étaient plus petites qu’il y a 20 ans. « Les poissons seraient affectés par un changement de la communauté planctonique, constituée d’espèces moins énergétiques. Cette baisse de qualité du plancton n’est pas liée à la pêche, mais à des changements environnementaux », reprend Claire Saraux.

Une reproduction plus précoce est également pointée du doigt : sardines et anchois commencent à se reproduire plus jeunes. En favorisant la reproduction au détriment de la croissance, ils mettent en danger leur survie sur le long terme. Pour l’heure, aucune cause directe n’a été arrêtée. Mais les chercheurs poursuivent leurs investigations.

Les pêcheurs dans une situation alarmante

Du côté des pêcheurs, la situation est alarmante. Les sardines et les anchois représentant 50 % des poissons pêchés en Méditerranée : poissonniers et clients ne veulent pas de sardines et d’anchois petits et maigres, avec si peu de gras, et les prix s’effondrent.

« En 2009, à Sète, on débarquait entre 4.000 et 7.000 tonnes de petits pélagiques tous les ans [essentiellement des sardines et des anchois]. En 2015, on a dû en débarquer 50 tonnes, confie Bertrand Wendling, directeur de la Société coopérative maritime des pêcheurs de Sète, qui représente les pêcheurs.

Pour la profession, les répercussions sont gigantesques, en termes de chiffres d’affaires, et d’emplois. Il y avait 34 chalutiers spécialisés dans ce type de pêche à Sète il y a quelques années, il n’y en a plus que 16. Certains ont changé de pêche, d’autres ont dû cesser complètement leurs activités. »

* Marbec est composé de l’IRD, Ifremer, le CNRS et l’université de Montpellier et Mio regroupe l’université Aix-Marseille, l’université de Toulon, le CNRS et l’IRD.

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