Attentats à Paris : Entre colère et émotion, quelque 500 personnes se réunissent à Lunel

HOMMAGE Dans cette commune qui a vu partir de nombreux jeunes pour le djihad, la minute de silence avait une résonance particulière…

Nicolas Bonzom

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Une Lunelloise fond en larmes, pendant la Marseillaise.
Une Lunelloise fond en larmes, pendant la Marseillaise. — N. Bonzom / Maxele Presse

A Lunel, cette minute de silence avait une résonance toute particulière, ce lundi. A midi, devant l’hôtel de ville, quelque 500 personnes se sont réunies pour rendre hommage aux victimes des attentats survenus à Paris, vendredi.

Une dizaine, voire une vingtaine de jeunes originaires de cette commune de 26.000 habitants, âgés pour la plupart de 18 à 30 ans, sont partis rejoindre les rangs de Daesh. Huit d’entre eux sont morts. Ce qui vaut à Lunel d’être régulièrement pointé du doigt comme étant un « nid de djihadistes ».

« Ce qu’il s’est passé, c’est de la folie »

Tandis que la Marseillaise retentit, une femme fond en larmes, au premier rang. « Je ne peux pas dire un mot », confie-t-elle, tremblante. Les émotions sont partagées dans la foule, ce lundi à Lunel : certains sont émus, d’autres en colère.

« Ce qu’il s’est passé, c’est de la folie. Une folie furieuse qui ne peut sortir que de cerveaux dérangés. Je suis atterrée qu’au nom d’une religion, on puisse tuer », s’exclame Raymonde, 73 ans, qui tient un cœur en carton, où il est inscrit « Stop aux barbares illuminés ».

Quelque 500 personnes se sont réunies à Lunel. N.B./Maxele Presse

« Aujourd’hui, je suis en colère, mais je m’y attendais, confie Julien, venu se recueillir avec sa femme, Monique. Nous avons pris conscience que nous sommes en guerre. » Julien en est convaincu : Lunel est « stigmatisé ». « Certes, il y a les faits, et ces jeunes d’ici qui grossissent les rangs de l’Etat islamique. Mais on nous prend pour ce que nous ne sommes pas. On appréhende de dire que nous sommes de Lunel. C’est limite si on ne nous prend pas pour des djihadistes. Lunel, ce n’est pas ça. »

 « Il est temps de faire le ménage »

Une opinion partagée par Claude Arnaud (divers droite), le maire de la commune. « Les Lunellois trouvent ça injuste, note-t-il. Il y a ce triste passé, mais Lunel, c’est autre chose. Certes, il y a une petite quinzaine de personnes, qui sont plus radicalisées que les autres. Mais il faut faire la part des choses. Il y a un islam respectueux des valeurs de la République (…) C’est aussi aux musulmans de mettre un peu d’ordre. »

Leïla, une jeune maman de Lunel : « L’islam, ce n’est pas ça » N.B/Maxele Presse

La communauté musulmane était présente, ce lundi, à la minute de silence à Lunel. Tous ont confié être là pour rendre hommage aux victimes du drame, mais aussi pour montrer que l’islam, « ce n’est pas ça ». « Je suis là pour défendre notre religion, explique Leïla, une jeune maman, qui fréquente la mosquée de la ville. Quand j’allume ma télévision, et que je vois tous ces gens, morts, cela ne peut pas être associé à Dieu. Ces gens-là, ce ne sont pas des musulmans. Ce sont des mécréants. Quand je suis sur Facebook, et que je tombe sur des imams qui prônent la violence, ce n’est pas normal. Et nous, les musulmans, nous en payons les pots cassés. Il est temps de faire le ménage. »

« Il faut parler, communiquer »

A la mosquée de Lunel, « tout le monde est très touché, assure Amar. Le Coran ne prône pas la violence. C’est tout le contraire. »

« C’est sûr, nous serons toujours stigmatisés, regrette Benaïssa Abdelkaoui, nouveau président de la mosquée El Baraka, venu rendre hommage aux victimes ce lundi. Mais ce sera une partie de la population, pas tout le monde. Nous condamnons toute cette barbarie avec fermeté. J’ai pris la parole, à la mosquée. Les jeunes, ils comprennent ce message. Il faut parler, communiquer. C’est très important. »