Montpellier: Paul Niedermann, inlassable témoin de la barbarie

MEMOIRE Juif allemand déporté lors de la Seconde Guerre Mondiale, Paul Niedermann est venu honorer la mémoire de Sabine et Miron Zlatin, après avoir inauguré vendredi le mémorial du camp de Rivesaltes...

Jerome Diesnis

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Paul Niedermann, dimanche, chez son amie Anne Castillo
Paul Niedermann, dimanche, chez son amie Anne Castillo — Jérôme Diesnis / Maxele Presse

« Personne ne peut imaginer ce qu’a été une enfance juive en Allemagne de 1933 à 1940. » Paul Niedermann va fêter le 1er novembre ses 88 ans. Ce mercredi, il était présent pour assister à l’inauguration de la rue Sabine et Miron Zlatin : l’œuvre du combat de l’Héraultaise Anne-Pierrette Castillo, qui travaille depuis des années à mettre en lumière la dame d’Izieu.

« La mairie m’a dit oui il y a six ans. Depuis je me bats pour ce devoir de mémoire, partout où elle a sauvé des vies. Sans ces enfants placés dans l’Hérault, jamais il n’y aurait eu de colonie des enfants d’Izieu. »

« Un juif de plus ou de moins… »

Le couple Zlatin, dont Sabine, infirmière à l’OSE (Œuvre de Secours aux Enfants), se chargea de sauver des enfants du camp d’internement de Rivesaltes pour les placer dans l’Hérault. Avant de les envoyer à Izieu, dans l’Ain, après l’occupation de la zone libre par l’Allemagne, en novembre 1942. Rivesaltes, où Paul Niedermann est venu assister, vendredi, à l’inauguration du mémorial.

« La première fois que j’ai vu Sabine Zlatin, elle faisait partie des personnes qui m’ont extrait de ce camp, reprend Paul Niedermann. On a vu arriver une camionnette très tôt le matin. Nous sommes passés sous les barbelés. A 200 mètres, un garde des autorités de Vichy, comme tous ceux du camp, fusil à l’épaule, nous a tourné le dos pendant toute l’opération. Ça m’a frappé. Un juif de plus ou de moins, ça ne les empêchait pas de dormir. » Il avait 13 ans. Il ne verra plus jamais ses parents, déportés. Dont sa mère, l’une des premières envoyées à Auschwitz en août 1942. Ses grands-parents reposent dans le cimetière de Noé, à côté d’un camp d’internement du sud-ouest.

Il témoigne contre Klaus Barbie

A Izieu, l’histoire s’acheva tragiquement le 6 avril 1944 avec la rafle des 44 enfants présents et leurs sept accompagnateurs (dont Miron Zlatin) par la Gestapo de Klaus Barbie, contre lequel Paul Niedermann témoigna, en 1987. Après avoir été caché chez Miron Zlatin, à Montpellier, Paul avait rejoint la colonie en 1943. Son propre destin s’y est joué quelques mois plus tôt. « Un gendarme, ami de Miron, est venu l’avertir qu’on parlait de moi au village. J’étais trop grand, je mettais tout le monde en danger. Il m’a dit « il faut que tu t’en ailles ». J’ai quitté mon lit, j’ai dit au revoir et je suis parti. Toutes ces années, j’ai eu la chance de survivre. »

Grâce au réseau des Eclaireurs israélites, Paul Niedermann rejoignit la Suisse. Citoyen français, il a épousé depuis la France d’après-guerre. « J’ai été ravi de retrouver un pays laïc. Personne ne me demandait de quelle religion j’étais, c’était le pied intégral. » Citoyen d’honneur de Karlsruhe, sa ville d’origine, il témoigne aujourd’hui sans haine, le regard malicieux, les souvenirs d’une incroyable précision, même si le corps n’est plus aussi alerte. Avec cette phrase introductive, toujours la même : « Je dis aux jeunes Allemands : vous n’êtes pas responsables ni de vos parents ni de vos grands-parents ».

Ce mercredi, par sa seule présence, il a encore témoigné de l’inhumanité des camps et rendu hommage à la mémoire de Sabine et Miron qui furent prêts à se sacrifier pour sauver les enfants de ces horreurs. « Je suis plein de gratitude et de remerciements pour ce qui m’a été offert en France, même si le travail de mémoire y est beaucoup moins important qu’en Allemagne. Les gens qui crient "morts aux juifs", aujourd’hui, ne sont plus capables de voir ça… »