Procès des paris: Si vous avez manqué le début...

JUSTICE « 20 Minutes » revient sur les temps forts des auditions de la première semaine du procès au tribunal correctionnel de Montpellier...

Nicolas Bonzom
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Géraldine Pillet (G), la compagne de Nikola Karabatic (C) et Luka Karabatic (D) arrivent le 16 juin 2015 au tribunal de Montpellier
Géraldine Pillet (G), la compagne de Nikola Karabatic (C) et Luka Karabatic (D) arrivent le 16 juin 2015 au tribunal de Montpellier — PASCAL GUYOT AFP

Ce lundi, s’est ouvert la deuxième semaine du procès des paris suspects, au tribunal correctionnel de Montpellier. Jusqu’à vendredi, une vingtaine d’avocats vont plaider. Si vous avez raté le début du procès, 20 Minutes fait le point sur les auditions de la première semaine…

Qu’est-il reproché aux prévenus ?

Les seize prévenus sont accusés d’avoir parié sur la défaite à la mi-temps du MAHB, lors du match Cesson/Montpellier, le 12 mai 2012. Une action interdite par la loi sportive, mais qui peut relever de l’escroquerie, s’il s’avère qu’ils ont délibérément influencé le cours du match pour remporter leurs mises. Luka Karabatic, sa compagne Jennifer Priez, Géraldine Pillet (la compagne de Nikola Karabatic), Mladen Bojinovic, Primoz Prost et Samuel Honrubia ont avoué avoir parié. Mais aucun des joueurs n’a joué durant la première période du match. Dragan Gajic, Issam Tej et le gardien Mickaël Robin, qui eux, étaient sur le terrain lors de la première mi-temps, ont assuré qu’ils n’ont pas parié.

Et Nikola Karabatic ?

L’icône du handball mondial a été mis hors de cause par sa compagne, Géraldine Pillet. « Je n’ai jamais parlé à Nikola de mes paris. Il se serait opposé à ça. C’est quelqu’un d’intègre », a-t-elle souligné mardi. Luka, son frère, a aussi assuré que le joueur était en dehors de tout ça. Le tribunal et les observateurs peinent à croire que tout son entourage ait pu parier sans l’en informer, lui qui était considéré comme le chef de bande…

Que s’est-il passé le 12 mai, à 10 h ?

La quasi-totalité des paris des prévenus ont été pris le même jour, à la même heure, le 12 mai, jour du match, à 10 h. Un « hasard », assurent les personnes mises en cause… Un hasard ? Le mot fera bondir plusieurs fois le procureur de la République, durant la semaine des auditions. D’autant plus que les enquêteurs ont relevé de nombreux échanges SMS et d’appels téléphoniques entre les prévenus aux alentours de 10 h, évoquant à demi-mot ce « top départ » pour aller parier… Le tribunal a également soulevé la coïncidence selon laquelle tous les prévenus ont retiré d’énormes sommes d’argent en liquide quelques heures avant la prise de paris… Et là aussi, chacun y est allé de sa petite excuse, à chaque fois invraisemblable.

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Pourquoi tant d’appels ?

Le tribunal s’est interrogé sur la multiplication des appels téléphoniques entre les prévenus, la veille et le soir du match. Pour Géraldine Pillet, il s’agissait, pour l’un d’entre eux, d’un « anniversaire à souhaiter ». « Et pour les autres aussi, c’est un anniversaire à souhaiter ? », a ironisé le procureur. Du côté des observateurs, on regrette que le tribunal n’ait pas suffisamment pointé du doigt cet élément : comment peut-on dire qu’il n’y a pas préméditation alors que les prévenus se sont appelés sans cesse ?

Des joueurs ont-il pu influencer le cours de la première mi-temps ?

C’est la clé du procès : si le tribunal arrive à démontrer que la mi-temps a été truquée, le chef d’escroquerie pourra être avancé. Les experts désignés pour repérer d’éventuels comportements anormaux sur le parquet ont évoqué une mi-temps « très atypique », avec une « efficacité en tir inférieure », « aucune perte de ballon sur la deuxième mi-temps, et sept sur la première » et des « tirs hors-cadre supérieurs » Ils se disent « suspicieux ». « C’est trop curieux pour être innocent », ont-il souligné. Une analyse démontée par Nikola Karabatic, qui soulignera que la composition de l’équipe n’était pas optimale, avec des joueurs qui n’étaient pas à leurs postes habituels.

Qu’en pense Patrice Canayer ?

Le témoignage de l’entraîneur du MAHB était l’un des moments forts de la première semaine. Il est notamment revenu sur l’ambiance dans les vestiaires lorsque l’affaire a éclaté, en 2012. « Nous avons réuni les joueurs pour leur expliquer. On leur a demandé de dire ce qu’ils savaient. (…) J’ai senti qu’il y avait une certaine panique à tous les étages. (…) Quand les joueurs sont à table, on mange, on discute, on rigole. Là, au bout qu’un quart d’heure, tout le monde était remonté dans les chambres… » Sur le match en lui-même, Patrice Canayer assure qu’il n’est pas en mesure d’interpréter la performance des joueurs, qu’il juge médiocre. Il note cependant que l’équipe était diminuée.

Au final, que peut-on retenir de cette semaine de procès ?

Par l’attitude des prévenus, campés sur leurs positions et cachés derrière des alibis invraisemblables, cette première semaine de procès n’aura pas réussi à démontrer grand-chose. L’enquête a également montré ses limites : des téléphones, notamment celui de Nikola Karabatic, n’ont notamment pas pu être épluchés par les enquêteurs…