L'incroyable histoire de Mohed Altrad, entrepreneur mondial de l'année

ECONOMIE Ou l’histoire d’un bédouin né à une date inconnue dans le désert devenu roi du pétrole…

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Mohed Altrad, quelques instants après avoir reçu le prix de l'entrepreneur mondial de l'année
Mohed Altrad, quelques instants après avoir reçu le prix de l'entrepreneur mondial de l'année — HO

C’est l’histoire d’un pauvre bédouin né dans le désert devenu un émir roi du pétrole. La vie de Mohed Altrad est un roman où affleure souvent le conte de fée. Dimanche, à Monaco, le chef d’entreprise est devenu le premier français à décrocher le prix mondial de l’Entrepreneur de l’année, décerné par EY (Ernst & Young) et le journal L’Express. « J’ai d’abord pensé à la France. Ce que je fais ici, mon propre pays ne m’a pas permis de le faire pour un tas de raison. Je suis profondément ému. C’est un accomplissement, une consécration. Je l’ai reçue au nom de la France, j’en suis fier ».

Mohed Altrad ne sait pas où, ne sait pas quand il est né. Quelque part en Syrie, dans le désert, entre 1948 et 1953. Chaque année, il fête son anniversaire un 9 mars, date tirée au sort par ses enfants. Ceux-là même dont les visages surgissent partout, dans son bureau de Montpellier, où le patron éponyme du mastodonte mondial spécialisé dans les échafaudages, les brouettes et les bétonnières, a une vue sur son empire. Son premier roman, Badawi, est en grande partie autobiographique. D’autres ont suivi : La promesse d’Annah, l’Hypothèse de Dieu, car l'entrepreneur est aussi un brillant écrivain.

Romancier, président de rugby, chef d’entreprise, chrétien et musulman

Empreint de philosophie et d’un étonnant recul sur le monde, lui-même nourrit les personnages de ses romans. « Ses livres sont aussi humbles qu’il l’est lui-même. C’est quelqu’un de taiseux pour lequel le travail d’écriture est un plaisir et une nécessité, évoque Evelyne Wenzinger, son éditrice chez Actes Sud. Il évolue dans une forme de poésie entre langue maternelle et langue apprivoisée ».

Celui qui est considéré par le magazine Challenges comme la 61e fortune professionnelle de France (estimée à un milliard d’euros) a construit un empire sur du sable en 40 ans. Il est aussi doux et placide dans ses rapports humains, qu’impitoyable dans le monde des affaires. Au MHR, club de rugby au déficit chronique dont il a repris la présidence en 2011, la restructuration s’est faite dans la douleur pour de nombreux salariés, dont certains l’ont assigné aux Prud’hommes.

A la tête de 17.000 salariés

Dans le sport comme dans son entreprise, Mohed Altrad applique un modèle économique intransigeant. «Mais en essayant toujours d'y associer des valeurs humaines.L'humain doit être au centre du projet. C'est aussi la raison pour laquelle le groupe Altrad soutient financièrement une trentaine d'associations humanitaires». De son premier rachat, une société de Florensac en faillite en 1985 au groupe hollandais Hertel, plus de cent entreprises ont été absorbées par croissance externe. Le groupe Altrad pèse aujourd’hui 1,8 milliard d’euros de chiffre d’affaires et 17.000 salariés.

Ce personnage riche et complexe, est bercé des deux rives de la Méditerranée. La France, sa terre d’adoption qu’il considère comme sa patrie. La Syrie, sa terre nourricière, qui « fait intégralement partie de moi-même. Je ne sais pas si je suis chrétien ou musulman », s’interroge-t-il. « En recevant cette reconnaissance, j’ai pensé à cette double culture, cette double existence, cette double civilisation. » C’est sans doute cette perpétuelle quête de lui-même qui l’oblige à repousser sans cesse ses limites. Le voilà arrivé au sommet.