Nîmes: Après l'accident de Saint-Chaptes, la course camarguaise pose question

TRADITIONS Samedi, dans les arènes de Saint-Chaptes, un taureau a sauté dans le public, faisant cinq blessés, dont un grave. Au lendemain de cet accident rarissime, « 20 Minutes » a interrogé des passionnés de la discipline…

Nicolas Bonzom

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Une course camarguaise.
Une course camarguaise. — Montpellier Méditerranée Métropole

Samedi après-midi, vers 17 h 30, la fête a tourné au drame, dans les arènes de Saint-Chaptes, au nord de Nîmes. Tandis qu’une course camarguaise battait son plein, un taureau a sauté dans les gradins abritant le public. Cinq personnes ont été blessées, dont une grièvement : un spectateur de 40 ans, qui a pris un coup de corne dans l’abdomen. Depuis dimanche après-midi, ses jours ne sont plus en danger. Une fillette de 11 ans, souffrant d’une fracture, a également été prise en charge. Au lendemain de l’accident, 20 Minutes s'interroge sur cette discipline.

Une course camarguaise, qu’est-ce que c’est ?

Dans cette discipline, pratiquée essentiellement dans l’Hérault, le Gard et les Bouches-du-Rhône, les raseteurs tentent d’attraper des attributs fixés aux cornes du taureau : des cocardes, des glands, et des ficelles. Les raseteurs, qui plongent dans l’arène pour tenter leur chance, sont rémunérés sous forme de points et de primes, selon un barème précis, selon la performance réalisée et la « dangerosité » du taureau. C’est cette discipline qui a inspiré Guy Lux, dans les années 1960, pour créer les jeux d’Intervilles.

Quelles sont les différences avec la corrida ?

« Il y a une différence, et elle est fondamentale : il n’y a pas de mise à mort dans une course camarguaise. Le soir, le taureau rentre au pré en un seul morceau », confie une aficionada baillarguoise. « La majorité des gens, qui ne baignent pas dans le milieu taurin, confondent les deux disciplines », regrette Michel Damour, président de l’école de raseteurs de Lunel. Si, dans la corrida, l’homme occupe une place centrale, dans la course camarguaise, c’est l’animal qui est glorifié.

Ce type d’accident est-il fréquent ?

« La course camarguaise, ce n’est pas dangereux, ni pour le public, ni pour les raseteurs, il faut le dire, souligne Michel Damour. Ce genre d’accident n’arrive jamais. Que le taureau saute, comme cela, au-dessus de la barrière de protection du public, c’est du domaine de l’exceptionnel. »

D’autant plus qu’aujourd’hui, les arènes sont très bien sécurisées, expliquent les responsables interrogés par 20 Minutes. « Cela dit, cela reste des animaux sauvages, et il est impossible de prévoir toutes leurs réactions », confie un passionné. Dans le cas de l’accident de samedi, toutes les conditions de sécurité étaient assurées, et « les organisateurs avaient reçu toutes les autorisations pour organiser cette course », note Jean-Claude Mazaudier, le maire de la commune. Le dernier accident a eu lieu en 2000 à Vauvert : un spectateur de 65 ans avait été tué par un taureau, qui a subitement bondi dans le public, dans les gradins.

Y a-t-il plus de risques lorsque les taureaux sont jeunes ?

Le taureau de Saint-Chaptes était jeune, ce qui pourrait expliquer en partie l’accident. « De jeunes taureaux, qui sortent des prés et qui voient pour la première fois une arène avec des gens qui courent partout, peuvent réagir de façon imprévisible, reconnaît José Rives, président de l’école de Vendargues. Avec l’élan, ils peuvent aller très loin… Un taureau de 10 ou 12 ans ne réagit pas comme ça. »