Béziers: «Le parcours de Robert Ménard a connu d’impressionnants zigzags»

LIVRES «20 Minutes» publie des extraits du portrait du maire de la sous-préfecture héraultaise, écrit par le journaliste Jacques Molénat, dans son livre Notables, trublions et filous...

Jerome Diesnis

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Le maire de Béziers Robert Ménard, le 4 avril 2014 à Béziers
Le maire de Béziers Robert Ménard, le 4 avril 2014 à Béziers — Sylvain Thomas AFP

Jacques Molénat publie Notables, trublions et filous. Dans cet ouvrage de 300 pages, le journaliste montpelliérain tire le portrait de 54 personnalités du Midi languedocien et catalan. Et parmi eux, Robert Ménard. Le maire de Béziers, élu avec le soutien du FN aux dernières municipales, Jacques Molénat le connaît bien. En 1985, il l'a accompagné dans la création de Reporters sans frontières, à Montpellier. Depuis, leurs chemins se sont séparés. A 74 ans, Jacques Molénat est resté le trublion qui traque les travers des puissants, tandis que Robert Ménard s'est lancé en politique. 20 Minutes vous propose de découvrir des extraits du portrait du maire de Béziers, par Jacques Molénat.

  • Ses débuts

Entre Robert Ménard et les médias, c’est une vieille histoire, tissée d’amour et de haine. Elle commence à Béziers à la fin des années 1970. Le mundillo politique du cru retentit déjà des frasques du réfractaire. Il a le verbe haut et tranchant. Il a été anarchiste, puis trotskyste, puis socialiste. Il s’est déchaîné contre La Littorale, filiale d’une multinationale américaine, Union Carbide, qui fabrique alors à Béziers un insecticide dangereux, le Temik, le même qui à Bophal, en Inde, a provoqué, à la suite d’une explosion, la mort d’un millier de personnes. Pour donner à son combat l’écho qu’il mérite, Ménard lance l’une des toutes premières radios pirates de France, Radio Pomarède, du nom d’un bandit de grand chemin du Biterrois surnommé «la canaille de Caux». Sa voie est tracée: il sera journaliste et militant. (...)

En 1985, il crée, à Montpellier, Reporters sans frontières, minuscule association qu’il transforme en turbulente multinationale de défense de la liberté de l’information. Il en est l’âme et le chef charismatique. La cause donne des ailes à son ego. Être en vedette l’enchante. L’adrénaline du risque dope son intrépidité. À Sarajevo, bombardée par les Serbes, il organise le soutien matériel et moral à l’équipe d’Oslobodjenje, le seul journal multiethnique de la capitale bosniaque. En 2008, pour dénoncer «les JO des dictateurs chinois», il se rend à Olympie perturber lui-même la cérémonie d’allumage de la flamme olympique. À Paris, de nuit, clandestinement, il s’enferme dans la cathédrale Notre-Dame avant de grimper au sommet pour y brandir le drapeau tibétain. (...)

  • Les femmes de sa vie

Pour tenir le coup dans ce chaudron, il a besoin d’être aimé et admiré. Et il l’est. D’abord par les deux femmes de sa vie. L’une est sa mère, Roberte, une mamma méditerranéenne, débordante d’affection, lectrice assidue du Canard Enchaîné, si pointilleuse sur l’écriture et l’orthographe qu’il l’avait chargée de la relecture des communiqués de RSF qui lui étaient transmis de Paris, par fax, chez elle à Béziers. L’autre est sa quatrième épouse, Emmanuelle Duverger.

Depuis leur rencontre en 2001 dans un vol Bamako-Paris, Robert Ménard est amoureux fou de cette femme élégante et discrète, fille de la bourgeoisie de Lille et fervente catholique. Ce coup de foudre a fait entrer le journaliste dans une nouvelle vie. Le séducteur compulsif a enterré sa vie de patachon, abjuré ses ultimes errements gauchistes. L’adolescent qui avait rêvé de devenir prêtre est revenu dans le giron de l’Église et a retrouvé le chemin de la messe dominicale. Il a découvert sa vraie nature: il est réactionnaire. «Emmanuelle m’a appris à ne pas avoir honte de ce que je pense.» (…)

  • Son étonnant parcours

Le parcours de Ménard a connu d’impressionnants zigzags. On sent parfois chez lui la tentation de reconstruire en cheminement cohérent un itinéraire plutôt chaotique. Il va jusqu’à clamer: «J’ai toujours été réactionnaire» L’affirmation surprend ceux qui l’ont vu tourner les talons plutôt que de serrer la main de Bruno Mégret, le fondateur du MNR, Mouvement national républicain. D’autres se souviennent que pour bénir son troisième mariage, il n’avait pas fait appel à un curé traditionaliste, qui aurait envoyé paître le divorcé, mais au flamboyant dominicain rouge, Jean Cardonnel, icône à Montpellier des bobos et des gauchos, nettement plus arrangeant. Lui qui recrutait sur des critères professionnels et humanistes les présidents successifs de Reporters sans frontières, n’aurait jamais eu l’idée de confier cet honneur à Éric Zemmour. Le fiévreux polémiste exècre en effet RSF, comme tout ce qui fleure le «droit-de-l’hommisme» et les bons sentiments, par définition haïssables.

Le 23 mars 2008 sur le plateau de Laurent Ruquier, Zemmour ne l’envoie pas dire à Robert Ménard. Ce soir-là, l’essayiste se moque férocement des grands patrons et des vedettes du star system que Ménard mobilise alors pour épauler son organisation. Il compare ces people au grand coeur aux femmes de grands patrons qui donnaient la pièce aux ouvriers tout en les sermonnant sur l’alcoolisme. Zemmour trouve aussi que l’idée d’un boycott de la Chine en raison de sa mainmise totalitaire sur le Tibet est ridicule. Elle ferait «rigoler» les Chinois. Ménard est ulcéré. Il lance à Zemmour: «Vous êtes d’un cynisme absolu.» C’était hier. Aujourd’hui, les deux hommes s’entendent comme larrons en foire.

L'intégralité du portrait de Robert Ménard est à lire dans «Notables, trublions et filous» aux éditions Chabot du Lez (300 pages, 18 euros).