Montpellier: Pour imaginer un pays sans liberté d'expression, la médiathèque est entièrement vidée

SOCIETE Les 30.000 documents de Pierresvives ont été interdits d'accès, ce mercredi, à Montpellier. Une manière d'évoquer le sujet de la liberté d'expression avec les usagers...

Nicolas Bonzom

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La journée de la censure, ce mercredi, à Pierresvives. Lancer le diaporama
La journée de la censure, ce mercredi, à Pierresvives. — N. Bonzom / Maxele Presse / 20 Minutes

C'est une étonnante initiative qui s'est déroulée ce mercredi, à la médiathèque départementale Pierresvives, près de la Mosson, à Montpellier. Dès l'ouverture, les usagers ont eu la surprise de découvrir une infrastructure... vide. Les livres, les bandes dessinées, les journaux, les DVD et les jeux vidéo avaient quasiment tous été retirés des rayons, ou bâchés et interdits d'accès. Des 30.000 documents habituellement accessibles, il n'en restait qu'une petite dizaine... Dans une période où l'on évoque souvent la liberté d'expression, et six semaines après les tragiques événements à Charlie Hebdo, l’équipe de la médiathèque a constaté qu’il n’était «pas facile d’échanger sur ce sujet avec les publics».

Pour provoquer le débat, elle a invité chacun à une simulation de ce que serait ce lieu sans liberté d’expression. Un lieu où l'on n'aurait pas le droit de s'informer, de se cultiver ou de se divertir. «C'est un vrai choc visuel pour les usagers, et cela n'a laissé personne indifférent, explique Mélanie Villenet Hamel, directrice départementale des médiathèques de l'Hérault. Cela nous a permis d'engager un dialogue avec eux, d'expliquer que la liberté d'expression est un bien précieux, et que tout le monde doit se mobiliser pour ça.» Pour Philippe, bibliothécaire, «on ne se rend jamais compte de notre chance quand on est en bonne santé. Avec cet événement, on a voulu imaginer une médiathèque malade.»

Là où, d'ordinaire, une centaine de journaux et de magazines sont en accès libre, les rayons sont désespérément vides. Et si les adultes se disent tous «choqués» ou «concernés», les plus jeunes ressentent aussi une certaine frustration. «Ça fait bizarre de voir une médiathèque sans livres, sans films, et jeux. Il n'y a rien du tout, alors on s'ennuie. Moi, je ne pourrais vivre dans un monde comme ça», confie Justine. «Moi, je n'aime pas que l'on décide à ma place, explique Ilham, 10 ans. J'aime avoir du choix. J'étais très surprise.» Pour un étudiant, qui vient d'habitude lire la presse à Pierresvives, «c'est très choquant d'imaginer un monde sans journaux. Quand je me suis retrouvé face à ce rayon vide, qui est très coloré d'habitude, j'ai eu une vraie prise de conscience.» Ce jeudi, la médiathèque Pierresvives retrouvera l'intégralité de ses documents, au lendemain d'une journée un peu particulière, qui aura marqué les consciences.