Montpellier: Le cinéma le Royal a fermé ses portes

CULTURE Après 134 ans de projections, le cinéma indépendant le Royal a fermé ses portes, à Montpellier. Tout un pan de la culture montpelliéraine s'envole...

Nicolas Bonzom

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Le Royal, fermé, à Montpellier. Lancer le diaporama
Le Royal, fermé, à Montpellier. — N. Bonzom / Maxele Presse / 20 Minutes

Partout, sur les vitrines du Royal, de grands panneaux indiquent, depuis le mois d'octobre dernier, une «fermeture pour problèmes techniques», sans plus d'informations. Ce lundi soir, une manifestation de Montpelliérains a dit «adieu» à la salle, en début de soirée. Car elle ne rouvrira plus jamais: après 134 ans de projections, le plus vieux cinéma de Montpellier va tirer sa révérence. Il n'y aura pas de dernière séance. Et tant pis pour ses habitués, ceux qui appréciaient son côté «à l'ancienne» et tous ceux qui y ont vécu leurs premières émotions cinématographiques. Le vieux bâtiment, construit à la fin du XIXème siècle, qui fut d'abord un théâtre à l'italienne, avant de se consacrer pleinement au septième art, pourrait être vendu, selon certaines sources, à un groupe immobilier.

Pourtant, le Royal fut l'un des pionniers du cinéma, dans la capitale héraultaise. Il ne cessera de croître dans les années 1970 et 1980, puis il fut l'un des premiers cinémas en France à s'équiper du son THX, créé par Georges Lucas, le père de «Star Wars», de la 3D, puis du numérique.

Les causes de la fermeture

Les causes de cette fin qui paraît si brutale, bien qu'annoncée depuis plusieurs mois, sont nombreuses. En premier lieu, ce serait la faute à la suprématie des multiplexes. «Nous avons été les premières victimes de l'ouverture des multiplexes en périphérie qui a entraîné la fermeture de nombre de nos salles», note Frank Jaffrédou, directeur du Royal, dans une lettre ouverte publiée sur Facebook. Au nombre de deux autour de Montpellier (le CGR, à Lattes, et le Gaumont Multiplexe, à Odysseum), les multiplexes attirent à eux seuls environ les trois quart des spectateurs (plus de 50% pour le Gaumont, et plus de 20% pour le CGR). Le Gaumont Comédie, le Royal, l'Utopia, le Diagonal et le cinéma municipal Nestor-Burma, à Celleneuve, se partagent le reste du gâteau. Pas suffisant pour subsister.

Autre coup du sort, en octobre dernier. De très fortes pluies s’abattent sur Montpellier, et inondent le vieux cinéma, entraînant une infiltration d'eau importante, et «un problème de sécurité pour les clients et le personnel.» Et les sommes à débourser sont bien trop importantes... Enfin, les dix ans de procédures judiciaires qu'a subis le groupe Aubert, par les «anti-Multiplexe», de Saint-Gély, n'ont rien arrangé. «Le Royal aurait pu être maintenu à flot si divers procès, plus de dix ans de bataille, n'avaient ralenti le lancement de notre projet de Saint-Gély-du-Fesc», reprend Frank Jaffrédou, dans sa publication sur Facebook. A coups de recours, l'association Tranquilité à Saint-Gély, qui refusait l'implantation du complexe sur sa commune, a fragilisé financièrement l'équipe du Royal, qui porte le projet... Mais finalement, le conseil d'Etat l'a décidé, en décembre dernier: le Royal Pic Saint-Loup se fera, d'ici 2016, dans la zone des Verriès, aux portes de Montpellier. Avec, on l'espère, un peu de l'esprit du vieux Royal dedans.