Montpellier: Une radio réalise des émissions avec des détenus mineurs

MEDIAS Radio Clapas fait des émissions depuis le quartier des mineurs de la maison d'arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone, près de Montpellier, avec des détenus. Reportage...

Nicolas Bonzom

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Bruce Torrente et Laure Méravilles, devant la prison de Villeneuve.
Bruce Torrente et Laure Méravilles, devant la prison de Villeneuve. — N. Bonzom / Maxele Presse / 20 Minutes

«Ce qu’ils ont fait pour se trouver ici? Peu m’importe... Ce n’est pas ça qui nous intéresse», explique Bruce Torrente, le chef d’antenne de Radio Clapas (93.5 FM). Depuis 2012, la radio associative de Montpellier réalise des émissions, depuis le quartier des mineurs de la maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone: plusieurs fois par semaine, des détenus âgés de 15 à 18 ans prennent le micro pour interviewer des artistes ou des personnalités locales. Un dispositif unique en France. Il a d'abord fallu, pendant plusieurs mois, convaincre les autorités pénitentiaires. «Montrer patte blanche», reprend Bruce Torrente. Un projet qui a remporté plusieurs grands prix en France.

«Radio Clapas est la seule radio à faire ça, assure Laure Méravilles, la journaliste à l’origine du projet. A Fleury-Mérogis ou à Toulouse, il existe des émissions, animées par des détenus adultes, diffusées en interne... Mais avec des mineurs, et diffusées sur la FM, c’est un concept unique.» Et ce mardi matin, au saut du lit, à peine éveillés, «Ronaldo», 17 ans, et «le jardinier», 16 ans, ont participé à l’atelier: pendant quelques heures, ils ont quitté leurs cellules pour faire un peu de radio, cachés derrière leurs pseudos. C'est eux qui choisissent de venir, sur conseil de leurs surveillants et moniteurs. Au début, le dialogue est bref. «Salut», lâche l'un d’eux, avec un petit sourire. Puis le dialogue s'installe, dans cette petite salle du quartier des mineurs.

«Oublier le quotidien»

Avec l’équipe de Radio Clapas, ils préparent, réalisent, et montent les émissions. «Ce qui me plaît, c’est de rencontrer des gens différents, de leur parler. Ça me change, un peu, témoigne l’un d’eux. J'ai pu apprendre à faire du montage. C'est bien.» Un véritable «bol d’air», pour ces jeunes, qui sont là pour plusieurs mois, ou parfois plusieurs années... «Nous travaillons sur l’évasion par la culture, note Laure Méravilles. Ils ont une balade dans la journée. Et le reste du temps, il le passe devant la télévision. Ils sont livrés à eux-mêmes. On est là pour leur faire oublier le quotidien, améliorer un peu leurs conditions de détention, et les élever à l’art. A tous les arts. Pas uniquement du rap ou du graffiti... Avec eux, on parle d'opéra, ou de lecture. Si la culture ne va pas à eux, ils n'iront pas vers la culture.»

Un dispositif qui a fait naître des souvenirs émus pour les deux animateurs: «On a vu quelques larmes couler, et on a assisté à des silences incroyables, souligne Bruce Torrente. Ce qui m'intéresse dans ce projet, c'est de transmettre, de faire passer des choses. Souvent, les artistes qui participent nous disent qu'ils ont rencontré, quelques mois après l'émission, des anciens détenus dans la rue. Ils ont parlé, ils ont fait un bout de chemin ensemble... Ce sont des choses qu'on n'aurait pas imaginées.» Avec l'éventuel espoir de susciter des vocations, chez ces jeunes gens souvent un peu perdus dans leurs parcours. «Journaliste, je ne sais pas, sourit un jeune participant. Si j'avais fait journaliste, j'aurai plutôt fait journaliste sportif !»