« L'IVG reste un sujet délicat »

Nicolas Bonzom

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Carine Favier, médecin, a milité pour l'IVG dès les années 1970.
Carine Favier, médecin, a milité pour l'IVG dès les années 1970. — N. Bonzom / Maxele Presse / 20 Minutes

Le 26 novembre 1974, à l'Assemblée nationale, la ministre de la Santé Simone Veil défendait, au cours d'un discours historique, une loi légalisant l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Pour les 40 ans de sa promulgation, 20 Minutes a rencontré le Dr. Carine Favier, médecin de l'hôpital Guy-de-Chauliac, à Montpellier, et coprésidente au niveau national du Planning familial. Le médecin montpelliérain est une femme de conviction : en 1973, elle milite au sein du Mlac (mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception), et participe au Planning depuis les années 1990.

Comment la société a-t-elle évolué sur l'IVG depuis le vote de la loi ?

Aujourd'hui, il est inscrit socialement que l'IVG est un droit. Les femmes qui y ont recours en parlent plus qu'avant, notamment, avec leurs amies mais cela reste toujours un sujet plutôt délicat. L'avortement est plus ou moins bien vécu. Il y a, parfois, un petit fond de culpabilité. Et plus la société l'acceptera, moins ce sera dur à vivre pour les femmes. Il faut bien comprendre que c'est toujours un acte réfléchi et important. La décision n'est jamais anodine.

Faut-il aborder le sujet de l'IVG tôt avec les enfants ?

Oui. Certains prétendent que si on en parle avec eux, cela inciterait les plus jeunes à ne pas faire attention... C'est faux. Les enquêtes le prouvent. Quand on aborde tôt le sujet avec les enfants ou les adolescents, on les met à l'aise avec ces questions, on les informe, et on prévient des grossesses non-désirées, par exemple.

Existe-t-il encore des obstacles à l'IVG dans le milieu médical ?

Oui, beaucoup malheureusement. Par exemple, une très grande majorité de cliniques privées refusent toujours en 2014, d'aller jusqu'au terme des quatorze semaines inscrites dans la loi... Et il y a parfois un côté moralisateur, et paternaliste, de certains médecins. Il peut arriver que des femmes soient les victimes de comportements inacceptables, où des médecins leur disent « Attendez, êtes-vous sûre de vouloir faire un IVG, je vais vous faire écouter son cœur... ». Cela existe... Ces médecins ont du mal à mettre de côté leurs opinions personnelles face à un acte médical inscrit dans la loi.

Certains mouvements veulent toujours abroger ce droit...

Je suis convaincue que la société française n'accepterait jamais que l'on lui retire ce droit-là.