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DésaccordL’accord sur les céréales ukrainiennes enterré, et maintenant ?

Guerre en Ukraine : L’accord sur les céréales enterré « de facto », et maintenant ?

DésaccordPrès de 33 millions de tonnes de céréales sont sorties d’Ukraine en un an grâce à cet accord
Un cargo chargé de céréales ukrainiennes à Istanbul.
Un cargo chargé de céréales ukrainiennes à Istanbul. - Ozan KOSE / AFP / AFP
Xavier Regnier

Xavier Regnier

L'essentiel

  • Signé il y a un an, l’accord garantissant l’exportation de céréales ukrainiennes en mer Noire est « de facto » terminé, a annoncé ce lundi le Kremlin. Vladimir Poutine avait indiqué samedi que la Russie n’était pas satisfaite de la validation de certaines clauses, comme l’exportation d’engrais russes.
  • En un an, cet accord a permis d’exporter près de 33 millions de tonnes de céréales vers des pays particulièrement dépendants, comme la Tunisie, le Liban, la Somalie ou le Pakistan.
  • Moscou doit « cesser son chantage sur la sécurité alimentaire mondiale », dénonce la France, même si Volodymyr Zelensky veut continuer les exportations.

La dernière barrière est tombée. Ultime fragment de civilité dans la guerre totale que mène la Russie en Ukraine, l’accord sur l’exportation des céréales ukrainiennes gît désormais au fond de la mer Noire, coulé par Vladimir Poutine en personne. Le président russe a refusé samedi de prolonger l’accord, signé en juillet 2022 à Istanbul, et le condamnant « de facto », estimant que certains objectifs n’étaient « pas réalisés ». Pour les cargos chargés de blé et de maïs, c’est désormais le brouillard.

Mais que prévoyait exactement cet accord à l’origine ? Comment la communauté internationale réagit à son abandon ? Quelles perspectives s’ouvrent désormais pour l’alimentation mondiale ? 20 Minutes fait le point.

L’accord sur les céréales ukrainiennes, c’est quoi exactement ?

Véritable grenier à maïs au niveau mondial, cinquième plus gros exportateur de blé, l’Ukraine s’est vite trouvée dans l’incapacité de faire sortir ses céréales du pays avec le début de la guerre. En cause, notamment, les combats pour le contrôle de l’île aux Serpents et surtout une mer Noire truffée de mines. Devant les craintes d’une famine généralisée, la Turquie s’est vite imposée comme médiateur entre Kiev et Moscou pour mettre la question de la sécurité alimentaire hors de la guerre.

Les deux capitales ont finalement signé, sur des documents identiques mais séparés, un accord le 22 juillet 2022 au palais de Dolmabahçe, à Istanbul, sous l’égide du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, et du président turc, Recep Tayyip Erdogan. Cet accord mettait en place des couloirs sécurisés en mer Noire, que « les deux parties se sont engagées à ne pas attaquer ». Les navires au départ et à destination de l’Ukraine devaient faire escale à Istanbul pour être fouillés, afin d’assurer que des armes ne transitent pas avec le blé, et la Russie avait également reçu des garanties pour exporter ses céréales et engrais. En un an, cet accord a permis à l’Ukraine d’exporter près de 33 millions de tonnes de céréales, principalement vers l’Afrique du Nord, le Pakistan ou le Liban, très dépendants.

Quelles sont les réactions de la communauté internationale à la position russe ?

Jusqu’au bout, et même encore ce lundi, on a fait mine d’avoir confiance à Istanbul. « Je pense que malgré la déclaration d’aujourd’hui, mon ami Vladimir Poutine veut poursuivre l’accord », assure ainsi Erdogan. Mais côté occidental, condamnations et pressions tombent déjà. Moscou doit « cesser son chantage sur la sécurité alimentaire mondiale », estime le ministère français des Affaires étrangères, tandis que la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a fermement condamné une décision « cynique ».

« Très déçu », le Premier ministre britannique Rishi Sunak veut néanmoins « continuer les discussions ». De même, Berlin « appelle la Russie à rendre possible la prolongation de l’accord ». Beaucoup plus offensifs, les Etats-Unis ont dénoncé « un nouvel acte de cruauté ». « Il y a des conséquences aux actions russes. C’est à cela que ça ressemble quand un pays décide de prendre l’humanité en otage », fustige Linda Thomas-Greenfield, ambassadrice américaine à l’ONU. La condamnation la plus forte est d’ailleurs peut-être venue de l’institution onusienne. « Des centaines de millions de personnes font face à la faim et les consommateurs sont confrontés à une crise mondiale du coût de la vie. Ils vont payer le prix » de la décision russe, regrette Antonio Guterres.

Quelles perspectives pour l’alimentation mondiale ?

Comme il y a un an, les craintes de disette et d’une envolée des prix font leur retour avec l’incertitude sur la disponibilité des céréales ukrainiennes. D’autant que l’inflation est déjà passée par là, faisant bondir les prix de l’alimentaire dans les supermarchés occidentaux. « Même sans la Russie, tout doit être fait pour que nous puissions utiliser ce couloir en mer Noire. Nous n’avons pas peur », a réagit Volodymyr Zelensky, déterminé.

Un espoir demeure tout de même. Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a indiqué lundi que « dès que la partie (des accords) concernant la Russie sera satisfaite, la Russie reviendra immédiatement à l’accord sur les céréales ». Une manière de mettre la balle dans le camp des alliés de l’Ukraine.


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