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Tournant ?Pourquoi le bombardement de Makïivka par les Ukrainiens est inédit

Guerre en Ukraine : Pourquoi le bombardement de Makïivka par les Ukrainiens est un événement inédit

Tournant ?Lundi, les autorités russes ont annoncé la perte de 63 de ses soldats lors d’une frappe ukrainienne à l’est de l’Ukraine, à moins de 100 Kilomètres de Kherson
Lundi, à la mi-journée, le ministère russe de la Défense a communiqué la mort de 63 de ses soldats lors une frappe tactique ukrainienne à Makiïvka, ville prorusse située en territoire occupé de longue date par Moscou, à l'est de celle de Donetsk. (illustration)
Lundi, à la mi-journée, le ministère russe de la Défense a communiqué la mort de 63 de ses soldats lors une frappe tactique ukrainienne à Makiïvka, ville prorusse située en territoire occupé de longue date par Moscou, à l'est de celle de Donetsk. (illustration) - ARIS MESSINIS /AFP / AFP
Nathan Tacchi

N.T. avec AFP

L'essentiel

  • Dans la nuit du 31 décembre, d’après les autorités ukrainiennes, quatre missiles longue portée ont frappé une ancienne école abritant depuis quelques mois des mobilisés russes.
  • Lors de ce raid, pas moins de 63 soldats russes ont perdu la vie, ont annoncé les autorités russes ce lundi. Un fait plutôt rare de la part du Kremlin que de communiquer sur ses propres pertes militaires.
  • Suite, à cette attaque, dont le bilan humain est estimé sous-évalué par certains responsables ukrainiens, de nombreuses critiques internes ont été adressées aux autorités russes, certains parlant « d’incompétence » des haut gradés de l’armée russe. 20 Minutes revient sur ce bombardement ukrainien inédit.

Lundi, l’Ukraine a lancé plusieurs missiles en direction de Makïivka, ville à l’est de Donetsk, bastion prorusse depuis la révolution de Maïdan en 2014. Les frappes ont touché une ancienne école abritant des militaires russes, faisant, a minima, 63 morts. Fait plutôt rare depuis le début du conflit il y a de ça plus de 300 jours, les autorités russes ont d’elles-mêmes reconnu ces lourdes pertes humaines. Cette annonce est exceptionnelle : il s’agit non seulement du plus lourd bilan en une seule attaque admis par Moscou depuis le début de son invasion en février, mais elle représente aussi la première communication sur des pertes militaires depuis septembre, lorsque le ministre de la Défense Sergueï Choïgou avait évoqué 5.937 morts dans les rangs de l’armée russe. 20 Minutes revient sur les enjeux de cette frappe inédite de l’Ukraine.

Que s’est-il passé lundi en début d’après midi ?

Alors que Kiev et autres principales villes du pays avaient essuyé plusieurs frappes simultanées dans la nuit de dimanche à lundi, à la mi-journée, le ministère russe de la Défense a communiqué la mort de 63 de ses soldats lors une frappe tactique ukrainienne à Makiïvka, en territoire occupé de longue date par Moscou. Les forces ukrainiennes ont tiré six missiles dont quatre ont atteint leur cible, peut-on lire sur la chaîne Telegram Ukraine Now. Ce bombardement a été réalisé à l’aide d’un système lance-missile HIMARS, une arme fournie par les Etats-Unis à l’Ukraine, permettant des bombardements loin derrière les lignes ennemies.

Selon le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konachenkov, qui n’a pas donné d’heure précise à cette frappe, les quatre missiles ont visé « un centre de déploiement provisoire » de l’armée, originellement une école professionnelle. Sur place, d’après les autorités ukrainiennes, des centaines de militaires russes, principalement des réservistes, étaient stationnées.

Selon l’ancien commandant séparatiste Igor Strelkov, très au fait de la situation sur le terrain, de tels dégâts ont pu être causés à ces infrastructures, car elles abritent « sans le moindre signe de camouflage » un stock de munitions. D’après les autorités ukrainiennes, un grand réservoir de carburant diesel à proximité du site a également été ciblé.

Quelles sont les réactions ukrainiennes après cette frappe ?

De son côté, l’Ukraine revendique pleinement ce bombardement, datant du samedi soir, lors du passage de la Nouvelle Année. Cependant, leurs chiffres avancés sur les pertes militaires russes a posteriori de leur attaque sont contradictoires avec celles des Russes, estimant que ces derniers « sous-estiment considérablement les pertes », comme l’a décrit la chaîne Telegram Ukraine Now.


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En effet, le département des communications stratégiques de l’armée ukrainienne a évoqué sur Telegram « plusieurs centaines de mobilisés […] éliminés d’un seul coup » et parle de plus de 400 morts et de 300 blessés. D’autres sources avancent un chiffre encore plus élevé, jusqu’à 600 tués russes. Des informations à relativiser, d’après Steve Rosenberg, rédacteur en chef de la BBC sur la Russie, « les chiffres [étant] inférieurs à ceux annoncés par l’Ukraine ».

Plus réservé, l’état-major ukrainien a indiqué ne pas avoir établi, pour le moment, de bilan définitif des victimes russes, chiffrant par ailleurs à maximum 10 le nombre de véhicules militaires « de tous types » détruits dans ce bombardement. « Les pertes en matière de personnel […] sont en train d’être précisées », a-t'il notifié dans un message sur Facebook lundi.

Pourquoi cette attaque affaiblit-elle l’image des stratèges russes ?

L’annonce de ces pertes a provoqué un choc en Russie, mais aussi des fortes critiques internes envers le commandement militaire russe, déjà embarrassé par une série d’humiliantes défaites sur le front ukrainien ces derniers mois. De plus, l’armée russe n’a pas officiellement souhaité expliquer la raison de ce bilan particulièrement lourd.

« Malgré plusieurs mois de guerre, certaines conclusions n’ont toujours pas été tirées », constate ainsi le reporter de guerre russe Boris Rojine, proche des milieux séparatistes ukrainiens, fustigeant « l’incompétence » des haut gradés de l’armée russe. « Dix mois après le début de la guerre, il est dangereux et criminel de considérer l’ennemi comme un imbécile qui ne voit rien », a déclaré Andrey Medvedev, vice-président de l’assemblée législative de la ville de Moscou.

« Pourquoi continuons-nous à installer (les mobilisés) dans des hôtels, des auberges et des écoles professionnelles… », s’interroge de son côté le correspondant de guerre russe Alexandre Kots. Igor Strelkov, politicien russe, avertit lui qu’une telle frappe meurtrière peut se reproduire « à tout moment », regrettant que les généraux russes soient « incapables d’apprendre en principe ».



Selon l’Institut américain pour l’étude de la guerre (ISW), le ministère russe de la Défense va probablement tenter de « rejeter la responsabilité de sa mauvaise sécurité opérationnelle sur les responsables (séparatistes) et le personnel mobilisé ». Lundi, une source anonyme au sein des autorités séparatistes de Donetsk a confié à l’agence de presse publique russe Tass que la réussite ukrainienne de cette frappe a été rendu possible grâce à l'« utilisation importante de leurs téléphones portables par les militaires qui venaient d’arriver  », ce qui aurait permis leur géolocalisation par l’armée ukrainienne.

Lundi, fait également du moins inhabituel en Russie, environ 200 personnes ont participé à un rassemblement en hommage aux victimes du bombardement dans la ville de Samara, d’où étaient originaires certains des soldats tués.

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