Russie : Une pluie d’éloges pour les 70 ans de Vladimir Poutine

Cadeaux L’élite russe a multiplié les déclarations laudatrices et dithyrambiques sur le chef d’Etat russe, sans jamais faire référence aux récentes défaites militaires russes

20 Minutes avec AFP
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Le président russe Vladimir Poutine assiste à une réunion par vidéoconférence à la résidence Novo-Ogaryovo à l'extérieur de Moscou, en Russie, jeudi 20 août 2020.
Le président russe Vladimir Poutine assiste à une réunion par vidéoconférence à la résidence Novo-Ogaryovo à l'extérieur de Moscou, en Russie, jeudi 20 août 2020. — Alexei Nikolsky/AP/SIPA

Une pluie d’éloges des responsables russes. C’est le cadeau auquel a eu le droit Vladimir Poutine qui célébrait vendredi son 70e anniversaire. Le patriarche orthodoxe allant jusqu’à voir en lui un cadeau de Dieu, en dépit de l’isolement de la Russie et de ses revers en Ukraine. Hasard du calendrier ou non, le même jour le prix Nobel de la paix a une teinte résolument critique du système poutinien, de son allié biélorusse et de l’offensive en Ukraine, le Comité ayant récompensé le militant biélorusse emprisonné Ales Bialiatski, l’ONG russe de défense des droits Mémorial et Centre ukrainien pour les libertés civiles.

En Russie, l’élite a multiplié les déclarations laudatrices et dithyrambiques sur le chef d’Etat russe, sans jamais faire référence aux récentes défaites militaires russes sur le front ukrainien ou l’isolement croissant de Moscou, visé par une pluie de sanctions. « Dieu vous a placé au pouvoir pour que vous puissiez effectuer une mission d’une importance particulière et d’une grande responsabilité pour le sort du pays et de son peuple », s’est enthousiasmé le patriarche Kirill, appelant à des prières pour la santé du président russe.


Il a salué un « dirigeant national, loyal à sa Patrie », alors que le chef du Kremlin a revendiqué la semaine dernière l’annexion de quatre régions ukrainiennes occupées au moins en partie par les troupes russes. Kirill a aussi souhaité au président russe, au pouvoir depuis plus de vingt-deux ans et qui peut se maintenir jusqu’en 2036, « des forces physiques et morales pour beaucoup d’années ». Le patriarche, chef des orthodoxes russes depuis 2009, a mis son Eglise au service du pouvoir de Vladimir Poutine et l’avait déjà qualifié en 2012 de « miracle ».

Sommet informel

Vladimir Poutine a alterné suivant les années les séjours dans la taïga avec son ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, et des réunions de travail, sans célébrations publiques, se rendant le plus souvent pour son anniversaire à Saint-Pétersbourg (nord-ouest), sa ville natale. C’est dans cette ancienne capitale impériale qu’il réunit dans l’après-midi les dirigeants de pays de la Communauté des Etats indépendants, une organisation qui rassemble plusieurs pays d’ex-URSS, pour un « sommet informel », selon le Kremlin.

Avant cette rencontre, plusieurs présidents des pays de la CEI (Communauté des États indépendants) lui ont déjà adressé leurs messages de félicitations, le dirigeant tadjik Emomali Rakhmon saluant un « leader fort et sage », alors que le président kirghiz Sadyr Japarov lui souhaitait « une robuste santé et du succès ». Les responsables russes se sont également empressés de féliciter le maître du Kremlin.

L’autoritaire dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov a publié un message sur Telegram louant le « dirigeant de tout un peuple » et « l’une des personnalités les plus influentes et exceptionnelles de l’époque contemporaine ». Ce dernier, proche de Vladimir Poutine, est accusé de multiples exactions en Tchétchénie, a été promu au grade de colonel-général mercredi par Vladimir Poutine, le jour de son propre anniversaire. Le président de la chambre basse du Parlement, Viatcheslav Volodine, a lui publié sur Telegram un portrait dessiné du président russe en proclamant : « s’il y a Poutine, il y a la Russie ».

« La grande Russie »

Les dirigeants des territoires ukrainiens annexés par Moscou y sont aussi allés de leur compliment, le dirigeant séparatiste Denis Pouchiline exprimant son « immense gratitude » pour l’offensive contre l’Ukraine.

Si les responsables russes ne critiquent par principe jamais Vladimir Poutine, des signes de mécontentement sont récemment apparus au sein de l’élite russe du fait des défaites en Ukraine, sans remettre pour autant en cause le bien-fondé, selon eux, de l’attaque. Ramzan Kadyrov a ainsi critiqué le commandement militaire après la perte du nœud logistique de Lyman dans l’Est et un haut responsable parlementaire Andreï Kartapolov, a appelé publiquement l’armée à « arrêter de mentir » sur ses revers.

Plusieurs officiels et propagandistes ont aussi critiqué la manière chaotique dont est menée la mobilisation décrétée par Vladimir Poutine, sans s’en prendre toutefois au chef de l’Etat. Cette mobilisation a poussé des dizaines de milliers de Russes vers l’exil.