Volodymyr Zelensky a appelé à utiliser l’arme nucléaire contre la Russie ? C’est faux

Fake off Le président ukrainien s’exprimait ce jeudi à l’invitation d’un think tank australien

Romarik Le Dourneuf
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Volodymyr Zelensky dans le bureau présidentiel à Kiev le 8 août 2022
Volodymyr Zelensky dans le bureau présidentiel à Kiev le 8 août 2022 — Levine/Washington Post/SIPA
  • De nombreux internautes français avancent que Volodymyr Zelensky aurait appelé l’OTAN à utiliser l’arme nucléaire de manière préventive contre la Russie.
  • Cette rumeur vient des autorités russes qui s’appuient sur une interview accordée par le président ukrainien à un Think Tank australien ce jeudi.
  • En réalité, Volodymyr Zelensky demande des sanctions préventives semblables à celles appliquées avant l’invasion en Russie. Il n’a pas parlé de frappes nucléaires.

La guerre de communication se poursuit entre l’Ukraine et la Russie. Depuis l’invasion du pays d’Europe centrale par les troupes de Moscou en février dernier, les deux chefs d’Etat, Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine, se livrent une bataille féroce pour gagner les faveurs du reste du monde.

De nombreux internautes avancent que le président ukrainien demanderait l'utilisation de l'arme nucléaire contre la Russie
De nombreux internautes avancent que le président ukrainien demanderait l'utilisation de l'arme nucléaire contre la Russie - Capture d'écran

Ce vendredi, plusieurs internautes français s’insurgent contre le président ukrainien qui aurait demandé à l’OTAN des frappes nucléaires préventives contre la Russie, afin de la dissuader d’utiliser elle-même l’arme nucléaire. Selon ces mêmes Twittos, Volodymyr Zelensky serait ainsi coupable d’encourager l’escalade du conflit, et pour certains, un génocide à l’encontre du peuple russe.

Pourtant, il n’en est rien. 20 Minutes fait le point.

FAKE OFF

Cette rumeur est alimentée depuis jeudi par les autorités russes et relayée par des comptes de soutien à la cause de Moscou, dont l’ancien sénateur Yves Pozzo di Borgo, qui s’appuient sur un discours donné, ce jeudi, par le président ukrainien au think tank australien Australian Lowy Institute.

Comme il en a pris l’habitude depuis le début du conflit, Volodymyr Zelensky en appelle au soutien de l’Australie devant un parterre d’invités. Le chef d’Etat y est interrogé sur l’aide militaire occidentale, les risques d’escalade et le chantage à l’arme nucléaire de Vladimir Poutine.

« Éliminer la possibilité que la Russie utilise des armes nucléaires »

Après plusieurs dizaines de minutes d’échanges, l’intervieweur lui demande quelle devrait être la réponse de l’OTAN à ces menaces pour dissuader la Russie d’utiliser l’arme nucléaire.  « Que doit faire l’OTAN ? Éliminer la possibilité que la Russie utilise des armes nucléaires. Mais surtout, je lance à nouveau un appel à la communauté internationale, comme avant le 24 février : des frappes préventives, pour qu’ils sachent ce qui leur arrivera s’ils les utilisent. »

C’est cette réponse qui a été utilisée par les opposants de Zelensky pour faire monter la rumeur. Pourtant, le président ukrainien ne parle pas de frappes nucléaires. Et si on s’intéresse au contexte même, il ne parle pas de frappes militaires au sens propre puisqu’il parle de la situation antérieure à l’invasion par les troupes russes de son pays. Une époque où il n’y avait pas d’échanges de tirs ou d’affrontements militaires directs entre les deux pays.

Des sanctions plutôt que des frappes

Si le terme ukrainien n’a pas de traduction stricte en français, en regardant la vidéo de la conférence, on entend l’interprète, qui traduit les propos en anglais, se reprendre dans sa traduction lorsqu’il comprend le contexte et remplace le terme « preventives strikes » (frappes préventives) par « preventives actions » (mesures préventives) (à 25’30 de la vidéo).

Post Facebook de l'attaché de presse du président ukrainien
Post Facebook de l'attaché de presse du président ukrainien - Capture d'écran

Cette version a d’ailleurs été confirmée par son attaché de presse, Sergii Nykyforov, qui, dans un post Facebook, appelle aux mesures préventives d’avant le 24 février dernier.