Guerre en Ukraine : Quatrième faille et accusations, le point sur les fuites du gazoduc Nord Stream

ALERTE ROUGE Plusieurs pays européens ont élevé leur niveau de sécurité autour des sites stratégiques alors que le dialogue se tend avec Moscou

X.R. avec AFP
Une quatrième fuite a été repérée par les autorités suédoises.
Une quatrième fuite a été repérée par les autorités suédoises. — SWEDISH COAST GUARD/AP/SIPA

De gros bouillonnements en mer Baltique et un échauffement généralisé sur la scène internationale. Voilà pour les conséquences les plus immédiates des fuites détectées sur les gazoducs Nord Stream, au large de l’île danoise de Bornholm, en plus des suites écologiques et économiques qu’elles impliquent. Que sait-on de l’état des gazoducs ? Qui a dit quoi ? 20 Minutes fait le point.

Une quatrième fuite détectée

Après les deux fuites observées sur le gazoduc Nord Stream 1, ainsi que celle trouvée sur Nord Stream 2, après deux explosions suspectes lundi, les garde-côtes suédois ont rapporté l’existence d’une quatrième fuite. Au total, il y a désormais deux fuites côté danois, et deux fuites côté suédois, dans une zone réduite. « La distance est quelque chose de subjectif mais elles sont à proximité l’une de l’autre », a déclaré le responsable des gardes-côtes, qui n’a pas expliqué pourquoi la découverte de cette fuite était plus tardive. Selon des médias suédois, elle serait située au-dessus du gazoduc Nord Stream 2.

Reste à savoir quelle quantité de gaz a été perdue, et si d’autres fuites peuvent faire empirer la situation. Si Nord Stream 2 n’est jamais entré en service, à cause de la guerre en Ukraine, Nord Stream 1 était de toute façon aussi à l’arrêt, officiellement pour une maintenance de pièces - concernées par les sanctions. Selon les autorités danoises, plus de la moitié du gaz contenu dans les deux gazoducs s’est déjà échappée dans l’atmosphère avec ces fuites, et le reste pourrait suivre d’ici dimanche.

L’Otan dénonce un sabotage, la Finlande et la Suède se préparent

Alignée sur les déclarations de l’Union européenne plus tôt dans la semaine, l’Otan a dénoncé des actes de sabotage « délibérés, inconsidérés et irresponsables ». L’Alliance se dit prête à défendre ses infrastructures « face à l’utilisation, à des fins coercitives, du levier de l’énergie ou de tout autre procédé hybride par des acteurs étatiques ou non étatiques ». Le timing de ces fuites coïncide d’ailleurs avec l’inauguration d’un gazoduc entre la Norvège et la Pologne, censé transporter 10 milliards de mètres cubes de gaz chaque année, et qui passe également à proximité de l’île de Bornholm.

La Norvège va donc renforcer la sécurité sur ses plateformes pétrolières, et souhaite améliorer le déploiement de son armée en mer, ayant identifié les gazoducs comme un véritable maillon faible du réseau d’approvisionnement européen. « Avant, l’idée que la Russie s’en prenne à des installations norvégiennes aurait semblé complètement absurde mais on ne peut plus se permettre d’exclure cette possibilité » pour entamer le soutien que les Européens apportent à l’Ukraine, estime Sven Holtsmark, directeur de l’Institut norvégien d’études sur les questions de défense. La Finlande, voisine de la Russie, va également renforcer la sécurité de ses infrastructures stratégiques, en particulier son réseau électrique, et les deux centrales nucléaires suédoises sont passées en « vigilance accrue ».

La Russie accuse un Etat étranger

Cible de nombreux soupçons occidentaux, Moscou a rejeté des allégations « stupides et absurdes ». Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a toutefois indiqué qu’il était « très difficile d’imaginer qu’un tel acte terroriste puisse avoir lieu sans l’implication d’un État », et appelle à « une enquête urgente ». Le porte-voix de Vladimir Poutine a d’ailleurs ciblé indirectement les Etats-Unis, demandant « des réponses » à Joe Biden sur l’implication de son pays.



Entre les deux puissances, le dialogue n’est cependant pas totalement rompu. Jake Sullivan, plus haut conseiller à la sécurité du président Joe Biden, a indiqué que le « téléphone rouge », rendu célèbre par la guerre froide, « fonctionnait à nouveau ». « Nous avons la capacité de parler directement à haut niveau [aux Russes], de leur dire clairement quel est notre message et d’entendre le leur ».